Plusieurs jours s'étaient écoulés, et une foule de nobles s'était rendue à la capitale impériale.
Le château impérial qui s'élevait au cœur de la capitale était un édifice colossal dont la renommée traversait le monde entier.
Depuis la fondation du pays, il n'avait jamais permis l'intrusion d'un seul ennemi, et il se dressait encore aujourd'hui dans une majesté inchangée, symbole de la puissance de Leomer.
La plus grande salle de conférence du château dépassait largement l'échelle d'une simple pièce.
Elle était plus vaste que le grand auditorium de l'Académie des officiers impériaux, et rivalisait sans peine avec le palais du parlement où siégeait la diète de la capitale.
Plusieurs salles de conférence s'alignaient les unes à la suite des autres, reliées par de larges couloirs. Toutes, aujourd'hui, fourmillaient de monde.
Les nobles qui s'étaient rendus dans chaque salle discutaient des points mis à l'ordre du jour depuis plusieurs jours.
La Conférence du château impérial.
Un rassemblement qui se tenait tous les quelques années, réunissant praticamente tous les nobles de Leomer.
On y abordait l'administration des territoires, les échanges entre fiefs, l'entretien des routes, et bien d'autres sujets encore.
Cette année surtout, les troubles de l'hiver dernier, l'affaire de l'Émissaire du Titan, les événements de Windea, et par-dessus tout la question du descendant du héros Ruin étaient au cœur des débats, donnant à la faction des héros une vigueur particulière.
Pourtant, Ulysse et Radius ne montraient aucun mécontentement. Ils occupaient leurs sièges en sachant pertinemment que les choses tourneraient ainsi.
Cette résignation faisait bouillonner les partisans de la faction impériale, mais nul ne leur adressait le moindre reproche.
Pour la faction impériale, la rumeur selon laquelle Radius deviendrait prince héritier était un pilier.
C'est sans doute sur cet espoir qu'ils s'appuyaient.
Face aux nobles qui mettaient de l'ardeur non seulement dans la conférence mais aussi dans les luttes de faction,
« Vraiment, ils ne se lassent pas, hein, eux. »
Ulysse adressa un sourire à Radius, assis à ses côtés.
Dans cette plus grande des salles, contrairement aux autres.
« Comment ça se voit, une querelle de factions, depuis la place du futur empereur ? »
« Je ne peux pas me permettre de paroles légères. Certains font des bêtises, il faut garder l'œil ouvert. Et toi, Ulysse, comment ça va de ton côté ? »
« Moi, pas du tout. Depuis toujours, les luttes de faction, c'est pas trop mon truc. »
Même s'on le dit chef de file de la faction impériale.
« C'est ça qui est bête. Y'en a eu pas mal qui ont cherché noise à Ulysse. Surtout le ministre de la Justice d'il y a plus de dix ans. »
Ce ministre secondé par le vicomte Given avait perdu une lutte de pouvoir face à Ulysse et avait été renversé. Cette bataille avait fait connaître le nom du jeune noble Ulysse dans tout le pays et à l'étranger.
« Aucun d'eux, c'est pas moi qui ai cherché noise. »
« Hou, seulement ça ? »
« Mais moi non plus, si on me cherche, je résiste. Là, ça n'a rien à voir avec les factions. »
« On peut le dire comme ça, hein. »
Tandis qu'ils parlaient, Vein et les siens étaient présentés.
Quand Vein, tendu, salua l'assemblée des nobles, il fut enveloppé d'acclamations à faire trembler les murs.
L'unique porteur du sang du héros Ruin.
Maintenant que les sept étaient réunis, plus d'un noble de la faction impériale était ému aux larmes.
Une fois la Conférence du château terminée.
Ulysse regardait par la fenêtre d'un couloir du château.
Bras d'acier. Ce n'était pas lui qui s'était donné ce surnom ; naturellement, au fil du temps, ceux qui le craignaient et le respectaient avaient fini par l'appeler ainsi.
D'innombrables nobles, des hauts gradés de l'armée.
Beaucoup d'humains, en apercevant Ulysse devant la fenêtre, ne manquaient jamais de sursauter, et s'en allaient en baissant légèrement la tête, l'air un peu intimidé. Même les nobles de la même faction impériale n'échappaient pas à la règle.
« Oy. »
Ce n'était pas un monologue.
Sa voix avait repéré des gens qui marchaient dans ce couloir vers lui.
Des adolescents en uniforme de l'Académie des officiers impériaux.
Pour eux, il n'y a pas de tenue plus formelle que cet uniforme.
« Celui-là, c'est... »
L'un d'eux remarqua Ulysse.
Ulysse sourit, fit un signe de tête : « Salut. »
C'est Vein qui le remarqua le premier. Derrière lui suivaient les enfants de la famille comtale.
Un peu plus loin, d'autres nobles observaient la scène.
« C'est un honneur de vous rencontrer, marquis Ulysse Ignart. »
« Quelle politesse. Être abordé par le descendant du héros Ruin, je vais devoir m'en vanter auprès de mon défunt père. »
En disant cela, le Bras d'acier s'inclina respectueusement.
« Je suis un homme sans talent, mais j'ai la charge de marquis. Enchanté de faire votre connaissance. »
La force qui dormait au fond de son sourire, Vein la perçut plus nettement que ses compagnons.
Tous deux s'étaient déjà croisés sans vraiment se rencontrer.
Ils avaient assisté aux mêmes réceptions dans la même salle plus d'une fois. Mais jamais, à aucune occasion, ils n'avaient échangé un mot.
L'impression de Vein, pour ce premier dialogue direct, fut :
... Cet homme, c'est Ulysse Ignart.
Le sourire du Bras d'acier dont le nom résonne dans tous les pays.
Devant la puissance tapie derrière, il sentait inconsciemment la sueur monter dans ses poings serrés.
Ulysse trouva cette réaction adorable.
« Pas la peine d'être tendu. Je ne suis qu'un simple noble. Pas un descendant de héros comme toi. »
« Qu'est-ce que vous dites, tout à coup... »
« C'est bizarre ? Mais je ne pense pas avoir tort. »
Cet échange avait-il un sens, ou pas ?
Vein y réfléchissait, mais sa conclusion fut « pas de sens ».
Sans aller jusqu'à dire qu'il se faisait mener en bateau, cet Ulysse Ignart se contentait d'observer sa réaction pour prendre sa mesure.
Dans les joutes, y compris les calculs politiques, la seule présence d'Ulysse dégageait une aura trop écrasante.
Tous les nobles, quelle que soit leur faction, en percevaient la raison à chaque fibre de leur être.
« Qu'est-ce qu'il y a ? »
Même cette question bienveillante, si on baissait la garde, donnait l'impression qu'il allait tout deviner.
« ... Non. Rien. »
« Ah bon ? Tant mieux. »
La conversation en était là quand,
« Oy, déjà cette heure ? Désolé, j'ai un truc à faire. »
Ulysse jeta un coup d'œil à sa montre et s'éloigna de Vein et des siens.
Tandis qu'ils regardaient son dos s'éloigner, Vein et les autres parlèrent.
« Pfiou ! Moi, j'ai entendu la voix du marquis Ignart d'aussi près pour la première fois ! »
Kaito rit, la tension retombant.
Lui aussi avait vu Ulysse en réception, mais c'était tout.
Entendre sa voix à une telle distance, c'était aussi une première.
« T'es costaud, Vein. T'as pas eu peur ? »
« Comment dire... »
L'expression « peur » n'est peut-être pas la bonne.
Mais le fait d'avoir été dans un état de tension extrême est indéniable, et Vein ne réalise qu'ici qu'il avait les paumes moites dans ses poings.
Un sourire amer flottait sur son visage.
« C'est quelqu'un qui cache une sacrée intensité derrière son visage. »
« Ouais. Juste à côté de lui, j'avais les mains moites. »
« Moi aussi. ... Au fait, Seira, t'as déjà causé avec lui plusieurs fois, non ? »
« Ouais, mais moi non plus j'suis pas habituée, à chaque fois je suis tendue. Licia dit qu'elle a l'habitude, mais ça c'est encore plus incompréhensible. »
Beaucoup de nobles disent qu'il ne faut pas chercher noise au marquis Ignart.
Et parmi ceux qui poursuivent la voie de l'épée, comme Seira, certains affirment qu'il faut éviter de croiser le fer avec un maître de l'épée rigide.
Tout cela ne prouve pas à lui seul l'élan de la faction impériale, mais...
Autant dans le monde politique que dans celui de l'épée.
Il existe absolument, partout, des gens qu'il ne faut pas effleurer imprudemment.
***
Pendant qu'on est étudiant, l'uniforme fait office de tenue formelle, c'est commode.
Surtout celui de l'Académie des officiers impériaux.
Mais pour une réception, on pourrait quand même porter quelque chose de plus élégant.
Avant le printemps, Ren était allé à la capitale avec Lezard tous les deux, et chez le tailleur qui confectionne habituellement les robes de Licia, ils avaient commandé plusieurs costumes.
Par la même occasion, ils avaient acheté des tenues d'été et demandé qu'on les livre au manoir d'Erendil.
Les costumes arrivèrent la veille du dernier jour de la Conférence du château.
Une fois les derniers ajustements faits au manoir, il ne restait plus qu'à les enfiler pour se rendre sur place.
Dernier jour de la Conférence, soir de la réception.
Ren, vêtu d'un costume flambant neuf, se dirigeait vers un immense hôtel de luxe qui longeait la grande avenue de la capitale. Devant l'entrée principale, plusieurs calèches étaient stationnées.
Ren descendit de la calèche et entra dans la salle aux côtés de Licia.
Ulysse et Fiona les attendaient.
« Je vais saluer le vicomte, vous trois, profitez-en pour vous détendre. »
Sur ces mots d'Ulysse, les trois restèrent là.
Les adultes semblaient affairés ; un peu partout, des nobles profitaient du buffet debout pour échanger quelques mots.
Deux jeunes filles en robe, scintillantes à en être éblouissantes. Ren dans son costume neuf.
Les trois trinquèrent en levant leur verre.
Ils commençaient à apprécier le buffet depuis un moment quand un homme en tenue de chevalier, chargé de la sécurité, s'approcha de Ren.
« J'ai un message pour vous trois. »
Dans ce genre de réception, ce genre de chose arrive.
La plupart du temps, c'est pour un rendez-vous discret entre personnes de haut rang qui ne veulent pas se montrer, ou pour discuter tranquillement avec un noble proche sans attirer l'attention.
Ren ne pensa ni à l'un ni à l'autre, et se demanda qui envoyait ce message.
« Pour nous ? De la part de qui ? »
« De la part d'Arkhaise-sama, qui vous attend sur le balcon juste à la sortie de la salle. »
Le nom de la maison natale de Mireille, une famille comtale.
L'affaire changeait du tout au tout selon que le message venait du chef de la maison Arkhaise ou de Mireille elle-même, mais cette fois, c'était bien de Mireille.
Sans aucun doute, ce n'était pas une invitation à une rencontre galante.
Ren emmena les deux autres vers le balcon.
Le balcon offrait une vue imprenable sur la nuit de la capitale.
Des nobles venaient s'y rafraîchir de la chaleur de la salle, et de jeunes aristocrates y invitaient leur bien-aimée pour admirer le paysage.
De fines tentures blanches, comme des rideaux, séparaient chaque alcôve.
Devant l'une d'elles, Mireille se tenait seule.
Elle portait une robe comme on ne l'avait jamais vue sur elle, maquillée et coiffée avec une élégance digne d'une dame de haut rang, bien au-delà de d'habitude.
« Je vous attendais, nya. »
Dès qu'elle ouvre la bouche, c'est son ton habituel, ce qui mit Ren et les autres à l'aise.
« Bon, alors, entrez vite, nya. »
En passant derrière la tenture, ils trouvèrent Radius.
Ren comprit tout de suite pourquoi ce message avait été utilisé.
Si Radius s'était pointé à la réception pour leur parler, ça aurait fait tache, quoi qu'on en pense. Le nom d'Arkhaise avait peut-être servi à ça.
Au fond de l'alcôve, une grande table ronde. Ils s'assirent tous les trois côte à côte.
À une distance pas si lointaine, face à eux, Radius. Leurs regards se croisèrent.
« Désolé de vous appeler comme ça. »
« C'est bon. Je m'en fiche. »
Mireille se tenait en retrait, en biais derrière Radius.
Elle souriait.
« Qu'est-ce qui vous prend ? »
« Nya haha. C'est juste que c'est marrant, nya. »
Le troisième prince répondit au rire.
« Moi aussi. Se retrouver comme ça le soir, ça me rappelle l'été dernier. À l'époque aussi, on était restés des jours entiers à l'Académie à bosser à cinq. »
Les cinq réunis ici étaient le comité d'organisation de la Fête du Roi Lion.
Même maintenant, ils se retrouvent parfois dans la petite pièce au fond de la bibliothèque, mais se rassembler à une heure pareille fait remonter les souvenirs.
En même temps, on avait le sentiment d'avoir des camarades sur qui compter.
« Alors Radius, c'était quoi le truc pour moi ? »
« J'ai compilé les infos que tu m'avais demandées. »
Le troisième prince poussa vers Ren les documents posés sur la table.
En les voyant, Licia et Fiona penchèrent la tête sur le côté, *coton*, intriguées.
Elles sentaient depuis peu que Ren tramait encore quelque chose, mais en entendant qu'il avait demandé ça à Radius, elles purent deviner.
« Ooh. »
« C'est quoi, ce son dégonflé ? »
« Désolé. J'ai eu un choc, le dossier est plus épais que prévu. »
« C'est pour un ami. Et c'est aussi pour Leomer. »
« Si tu inversais l'ordre, ça ferait plus "futur prince héritier", ceci dit. »
« Peut-être », rigola Radius en lui faisant un clin d'œil.
Ren sait que son ami ne méprise pas son pays, alors il ne creusa pas.
« Comme on en a parlé avant. Si ils apparaissent, ce sera par là... quelques zones où on s'attendait à des attaques ont été visées. Depuis midi. »
« Comment ça a été géré ? »
« Les forces dépêchées ont mené plusieurs opérations. Mais on n'a pas encore repéré ce qui semble être le corps principal de l'ennemi. Un rapport dit que la maison comtale prendrait la tête et que la faction des héros enverrait aussi ses propres forces. »
Tandis qu'il écoutait Radius et lisait le rapport, Ren réfléchissait à plein de choses quand Licia lui parla.
« Dis, Ren, depuis quand vous parliez de ça, tous les deux ? »
« Depuis le printemps. Y'a eu l'histoire de l'anneau de la déesse de l'eau que quelqu'un essayait de récupérer, et l'affaire de l'Émissaire du Titan. Mieux vaut trop se méfier que pas assez. »
Donc, pour Ren, c'était prévisible.
Contrairement à *La Légende des Sept Héros*, l'histoire n'étant pas figée, il peut agir sans subir les événements, ce qui facilite l'enquête sur le Culte du Roi Démon.
( ———— C'est ça. )
Au milieu des paperasses, une page attira particulièrement son attention.
C'était le point d'orgue du chapitre 1 « La Lignée du Héros » de *La Légende des Sept Héros II*.
Dans une ville près de Windea, où Vein et les siens devaient retourner, on avait découvert la trace du Culte du Roi Démon.
La maison comtale prend la tête de la poursuite du Culte apparu. Le descendant du héros Ruin, Vein, dont l'identité est désormais connue, accule un cadre du Culte.
La bataille est imminente.
***
Pendant que Ren quittait le balcon, dans la salle de réception, Vein et les siens s'étaient rassemblés.
Seira, qui les avait tous réunis, s'apprêtait à partager l'info qu'elle venait de recevoir.
Le contenu était le même que ce que Ren avait entendu de Radius.
« Le Culte du Roi Démon. »
Un mot, concis.
Une tension parcourut les visages des six qui écoutaient.
C'était une scène qui existait aussi dans *La Légende des Sept Héros*.
« Plusieurs villes ont été attaquées. Y'a eu des victimes, paraît-il. »
« Encore une attaque soudaine... Faut qu'on y aille vite, nous aussi ! »
Le bouclier de Kaito est le symbole de la protection.
Face à la menace du Culte qui montre les crocs à Leomer, il fut saisi par un sens du devoir.
Comme ses ancêtres, lui aussi doit protéger les gens, pensa-t-il.
S'il avait déjà mis la main sur l'équipement des héros, le trésor secret de la famille Léonard, à cet instant s'ajoutait la réplique : « Je le jure sur le bouclier de mes ancêtres, je me battrai. »
Mais cette fois, plusieurs choses étaient différentes.
« Plusieurs villes ont été attaquées. Mais y'a pas eu de victimes, paraît-il. »
« Vrai ?! Ils ont attaqué sans prévenir, comment ça se fait que tout le monde soit sain et sauf ?! »
« C'est grâce à Son Altesse le troisième prince et au marquis Ignart. Ils avaient secrètement déployé des forces dans les zones où des attaques étaient prévues. Moi aussi j'ai été surprise quand je l'ai appris... mais c'est impressionnant, quand même. »
Les six étaient stupéfaits.
« Donc, si le troisième prince n'avait pas bougé, on aurait pris du retard. »
Tous acquiescèrent.
Vin dit alors « mais » :
« La bataille n'est pas finie. Nous non plus, on ne peut pas rester à ne rien faire. »
« C'est ça. Papa et les autres ont l'air d'avoir déjà bougé, mais nous non plus on peut pas faire comme si de rien n'était. »
Vin et Seira passèrent au crible les visages de leurs camarades.
« Moi, je suis pour. »
« Nem aussi ! Puisque c'est décidé, faut se dépêcher ! »
Charlotte et Nem approuvèrent.
« Il faudra bien la magie d'Arkay, non ? »
Et Kaito :
« Alors moi, je serai le bouclier qui protège tout le monde. »
La famille comtale s'est toujours précipitée sur les champs de bataille quand Leomer était en danger. Par un courage que les nobles ordinaires ne possèdent pas, ils ont maintes fois redonné du cœur aux gens.
C'est pourquoi ils sont différents des autres nobles.
L'idée que leur rang élevé les mettrait à l'abri n'existe pas. C'est la mission de la famille comtale.
Les sept ici ne sont pas de simples étudiants, ce sont les descendants des sept héros.
Ce qu'ils doivent faire, c'est brandir leur pouvoir pour Leomer. S'ils se rendent sur le front, ceux qui se battent et le peuple en seront grandement encouragés.
Mais ce n'est pas tout.
Ce n'est pas seulement par émotion ; il y a une raison concrète pour qu'ils aillent au front.
Cette raison se trouve dans la famille Merdeg, où est né Scorch —.
***
Dans la nuit de la réception, le vaisseau magique Deus quitta la capitale avec Vein et les siens à son bord.
Le fait que la famille comtale prenne la tête du mouvement, c'en est un. Pour exterminer le Culte du Roi Démon qui fait rage en cherchant à blesser les gens, ils se dirigent vers le champ de bataille.
Mais pas seulement. Il y a une mission que seuls les sept peuvent accomplir.
C'est quelque chose dont Ren ne peut pas les aider, quelque chose de spécial.
En revanche, la faction impériale ne reste pas inactive. En remontant aux sources, celui qui a bougé le plus tôt, c'est le troisième prince Radius, qui partageait l'info avec Ren et Ulysse.
Les forces de l'Empire sont en mouvement, et elles continuent d'exterminer les adeptes du Culte qui apparaissent.
Ce jour-là, l'Académie était fermée, mais Ren s'y était rendu.
La veille, après la réception, il avait dormi à la capitale.
« Cronoa-san, c'est moi. »
Il frappa et appela, et la réponse habituelle arriva : « Entre, entre ! »
En fait, Ren était venu voir Cronoa peu de temps avant, à l'époque où il avait commencé à discuter avec Radius des attaques du Culte, pour la même raison.
En entrant dans le bureau du directeur, il trouva Estelle aussi.
« Estelle-sama, vous étiez déjà là. »
« Hum. C'est moi. On m'a appelée, je suis venue. »
Elle dit « Assieds-toi » et tapota *bon, bon* le canapé où elle était assise. Sans la moindre gêne, alors que ce n'est même pas sa pièce.
Cronoa était assise sur une chaise face au bureau près de la fenêtre.
« Wouah... c'est vrai que Ren a appelé Estelle. »
« Désolé. J'avais des trucs à voir avec Radius, et j'avais absolument besoin du pouvoir d'Estelle-sama. »
« J'entends que tu veux compter sur mon épée. »
« C'est pour ça que je t'ai dit plein de fois de me raconter la conversation, aussi ! »
« Je t'ai dit, moi, d'attendre parce que Ren allait arriver tout de suite. »
« ... Qu'est-ce que t'en penses, Ren, cette réponse d'Estelle ? »
« En tant que personne impliquée, moi aussi je suis désolé... »
Comme Ren le disait avec mine désolée, Estelle, à côté, riait aux éclats.
« Du coup ? Estelle, t'es venue à l'Académie pour quoi ? »
« Je vais au combat après. Ren a dit qu'il voulait causer avant, alors je me suis dit que cette pièce irait bien, je squatte. »
« ... Dans ce cas, tu aurais pu le dire dès le début, non ? »
« Peut-être. Mais c'est Ren qui m'a dit de causer ici. »
Quand Cronoa l'invita à continuer, Estelle posa les yeux sur Ren.
« Un homme qui utilise un pouvoir étrange dirige les adeptes du Culte. À l'étranger, un homme qui a visé un temple où de nombreux chevaliers du palais sacré d'Elfen avaient été dépêchés. »
« J'en ai entendu parler. La ville a été réduite en ruines, et tous les objets sacrés ont été volés, c'est ça ? »
« Exact. En dehors de cet homme au pouvoir étrange, il y a des traces d'autres adeptes du Culte, mais à la base, c'est lui seul qui a tout détruit. »
Le sujet central, c'est ce pouvoir étrange.
« Même si on dit "pouvoir de régénération" en un mot, y'en a plein. Mais la capacité de régénération de cet homme a même régénéré les vêtements qui couvraient son corps. »
Même transpercé tout entier par les chevaliers du palais sacré, même brûlé par la magie, il régénère.
Cronoa aussi avait entendu plusieurs infos de la part de l'armée.
Et elle enquêtait sur la nature de la capacité de régénération utilisée par cet homme.
... La régénération de ce type est anormale.
Au fond, c'est peut-être juste une connaissance de jeu.
Mais既然 on sait qu'il y aura un combat, on enquête avant, et pas seulement pour quand Ren se bat — je voulais agir pour qu'on soit en position favorable face au Culte.
C'est pour ça que Cronoa aussi enquêtait, sur ce parcours.
« T'as trouvé quoi, en enquêtant ? »
Pourtant, Cronoa dit n'avoir aucune idée de la capacité en question.
« Réparer les vêtements, c'est possible avec la magie. Mais en même temps que le corps... et d'après ce qu'on entend, c'est d'un niveau complètement différent de la régénération normale. »
« Finalement, l'info manquait trop. »
« ... Désolée. J'ai servi à rien du tout. »
« T'en fais pas. C'est le Culte du Roi Démon. Qu'il y ait des types qui utilisent des pouvoirs inconnus, c'est pas étonnant. Mais comme ça, c'est un pouvoir chiant. »
« ... On dirait qu'on ne peut pas l'expliquer autrement que par un pouvoir spécial imprégné de divinité. »
Une chose est sûre : le pouvoir de Vein. La force du héros peut ralentir la vitesse de régénération de l'ennemi, c'est le seul contre connu pour l'instant.
( Alors, à part ça, y'a pas d'autre moyen de se battre efficacement ? )
Ren, qui réfléchissait, posa une autre question.
« Supposition : même si le pouvoir de Vein marche, les détails de la capacité de régénération restent inconnus, non ? »
Purement hypothétique.
Cronoa y pensait aussi depuis avant.
« ... Oui. Le pouvoir du héros, c'est la bénédiction du dieu suprême Elfen, donc contre ceux qui utilisent le pouvoir résiduel du Roi Démon, ça marche à coup sûr. »
« Bon, peu importe. Leur gestion, c'est la faction des héros qui s'en charge en priorité. Au besoin, j'irai moi aussi, mais pour l'instant c'est comme ça. »
Comme elle l'avait dit au début, Estelle part aussi swinguer son épée.
« Estelle, tu vas coopérer avec les gens de la famille comtale, les chevaliers ? »
« Non. Moi, j'y vais avant, pour un autre truc, à la Grande Mer d'Arbres. »
Une zone secrète dans le territoire comtal de Lofelia.
Parce que l'interlocutrice est Cronoa, elle peut tout dire sans filtre : les chevaliers ont détecté une magie trouble aux alentours, d'après le rapport.
« La Grande Mer d'Arbres ? Y'a le territoire du Béhémoth Corne Noire Impériale, dans les profondeurs ? »
Le nom du monstre que Ren avait trouvé parmi ceux à blason.
Généralement, un individu de rang S, le plus haut.
« Si la magie trouble vient du Culte, c'est chiant. Si le Culte essayait de contrôler ce monstre... ou même sans ça, s'ils le provoquent et qu'il part en vrille, c'est la catastrophe. Donc j'y vais en urgence pour vérifier, et selon la situation, je l'élimine sur place. »
Dans *La Légende des Sept Héros*, Estelle n'était pas souvent à la capitale.
Après l'enlèvement et la mort du troisième prince Radius dans le I, elle courait tout le pays à la recherche du Culte.
Mais maintenant, c'est pas pareil.
Estelle a reçu l'ordre de Radius, une autre mission.
« Je pense pas que ce soit réaliste de contrôler un monstre aussi noble... mais ça va ? Moi, je viens aussi ? »
« Kukku, tu me prends pour qui, Cronoa ? »
« Oui oui, t'as pas compris que je m'inquiète, juste ? »
« Je sais. Mais inquiète-toi pas. En plus, si Cronoa quitte ce coin, c'est embêtant. Use de ton pouvoir pour rassurer le peuple. »
Ren comptait, comme il en avait parlé avec Radius, rester près de ceux qu'il doit protéger à Erendil et à la capitale, en veillant. Il pensait rester auprès de Licia et Fiona.
Au début, il avait hésité à aller se battre avec Vein et les autres, mais eux non plus ne manquent pas de forces de la famille comtale autour d'eux, et le maître de l'épée rigide est dépêché en secret.
Il y a aussi un travail spécial que seuls les gens de la famille comtale peuvent faire, alors même si Ren voulait fourrer son nez, c'était délicat.
Et comme il pensait pouvoir confier l'affaire Orphide à Vein et aux siens, il jugea que sa place était auprès de Licia et les autres, pour parer au pire.
Une fois la nuit tombée, tout ce tumulte devrait être fini.
Peu après, Estelle quitta le bureau du directeur, et Ren en fit de même.
( ... Vein, je lui ai bien dit. )
La veille, avant la fin de la réception.
Avant que Vein et les siens ne quittent l'hôtel, Ren avait attrapé Vein pour lui transmettre un truc.
Il avait hésité sur la façon de le dire, mais il avait brouillé les pistes en faisant passer ça pour une rumeur entendue à la guilde.
« ... C'est vrai ? »
« Je sais pas. Mais je pense que ça vaut le coup d'essayer. »
« Compris. Si le combat s'engage, j'essaierai ! »
En se battant comme ça, ils pourraient avoir l'avantage.
Une sorte d'info d'attaque, comme dans un jeu.
Comme il n'était pas sûr que les connaissances de *La Légende des Sept Héros* fonctionnent ici non plus, il l'avait présenté comme une rumeur, en mode « si ça peut aider, essaye ».
Ren retrouva Radius au tournant d'un couloir.
Même si l'Académie était fermée, ils avaient rendez-vous pour parler.
« Ils bougent comme prévu. En gros. »
Radius égrena les nouveaux rapports.
« L'évacuation des civils s'est terminée avant l'arrivée de l'ennemi, les chevaliers et les forces de la famille comtale sont déjà en combat dans les villes. Les armes magiques et autres forces anti-armée sont prêtes, mais l'ennemi est nombreux et le corps-à-corps est inévitable. »
« La situation ? »
« Rien de spécial. Tout se passe sans accroc. »
Mais.
« Comme je l'ai dit, "en gros". À ce rythme, y'a de fortes chances qu'ils aient déployé plus de forces que ce qu'on imaginait. »
« Des renforts ? »
« Juste des signes. Et s'ils en envoient, ce sera vers la capitale ou les alentours d'Erendil. Ils se méfient probablement parce qu'on a bougé trop vite. On dirait même qu'ils bougent pour ne pas laisser deviner leur vrai objectif. »
« D'où les renforts. »
« Ouais. »
La Conférence du château vient à peine de finir.
Si on déclenche du grabuge autour d'une grande ville comme la capitale, on peut attirer les forces de Leomer.
Pour Leomer, c'était inévitable de les déplacer.
Par exemple, le Roi de l'Épée ou Cronoa.
Elles ne peuvent plus être envoyées ailleurs.
( ... Ouais, le Culte réfléchit, hein. )
Le Culte du Roi Démon, contrairement à *La Légende des Sept Héros*, n'a pas pu provoquer de grands troubles comme le grand événement de la chaîne de montagnes Baldor.
C'est en partie grâce à l'action de Ren dans l'ombre, mais on peut aussi y voir un effet pervers.
Il est naturel que des développements inconnus de Ren surviennent parfois, et on sent bien que le Culte cherche à abaisser Leomer.
« Ce qui m'inquiète, c'est l'homme dont on a parlé. »
L'homme en question. Celui dont Radius avait parlé à Ren之前. Son nom : Orphide.
« C'est sans doute le cerveau de ce tumulte, mais quel est son but, au juste ? »
Ren se posait la même question.
Le Culte fait rage dans le monde entier, mais c'est Leomer qui subit le plus de dégâts.
La raison pour laquelle le Culte vise Leomer reste inconnue.
Pareil pour la raison qui fait bouger Orphide.
Mais Radius dit :
« En visant Leomer, le Culte doit approcher de quelque chose qui rapproche de la résurrection du Roi Démon. Les détails sont flous, mais l'objectif de les arrêter ne change pas. »
« Après, y'a aussi la possibilité qu'un pays qui déteste Leomer manipule le Culte pour l'attaquer. »
C'était une blague, mais.
« J'y ai pensé. Mais les autres pays subissent aussi de gros dégâts, donc c'est pas trop l'idée qu'ils utilisent le Culte comme main-d'œuvre... ceci dit. »
Et Radius de soupirer :
« L'Empire Shellgad, ça je sais pas. À cause de leur vol permanent, les infos sur l'apparition d'adeptes du Culte sur le continent céleste sont quasi inexistantes. »
Lui aussi, c'était sur le ton de la blague, comme Ren tout à l'heure.
« Et toi, Ren, tu vas faire quoi ? »
« Moi, je fais quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Le Ren d'habitude, à ce stade, il dirait "moi aussi je vais me battre", j'ai l'impression. »
« C'est... ouais. »
Lui aussi y a pensé.
Puisque Vein et les autres vont se battre, lui aussi devrait coopérer.
Mais là, Ren pense à Licia et Fiona. Il a jugé qu'il devait rester sur place pour les protéger au plus près.
À la place, sans aller jusqu'à dire que c'est sa responsabilité en tant que connaisseur de *La Légende des Sept Héros*, il a fait tout ce qu'il pouvait.
Dès avant le printemps, il a multiplié les échanges minutieux pour bouger avant l'ennemi.
... Mais même comme ça, il hésite : est-ce que rester là à ne rien faire, c'est vraiment bien ? Puisqu'il s'est battu activement contre le Culte jusqu'ici, il a des pensées.
Avec seulement ça, j'ai l'impression de ne pas en faire assez.
En voyant Ren réfléchir, son ami :
« Je respecte ton choix, Ren. Mais promets-moi un truc. »
Promis ? Ren pencha la tête.
« Fais pas de conneries. Ces deux-là seraient tristes. »
Là, Radius lui donna un petit coup de coude dans le flanc et rit.
« Et si je bouge sans que je trouve ça déraisonnable ? »
« Ben ça, c'est ta responsabilité, évidemment. »
« ... Je m'y attendais. »
« Alors fais gaffe, ami. »
« J'ai pas dit que j'allais me battre, moi. »
« Hum, c'est vrai, tiens. »
Radius lui sourit dans le dos, et dans son cœur —
Le même visage qu'à la Grande Horloge, hein, Ren.
Il le murmura, sans le dire à voix haute.