Après sa première expérience du combat, Yvette en devint quelque peu accro. Pendant les mois qui suivirent, elle mena des missions de « bombardement piscicole » sur la plate-forme aquatique deux à trois fois par mois.
Bien que chaque affrontement fût bref — quelques frappes avant de prendre la fuite —, cela l'aida considérablement à s'habituer aux sensations du combat. Elle n'était plus aussi frénétique qu'au début, lorsqu'elle tirait souvent des Traits de givre à des angles absurdes.
Elle découvrit même le maître caché de ce domaine : une aberration monstrueuse, longue de plus de trente mètres, aux écailles pourries et dotée d'un unique œil sur le front.
L'apparition de ce « Roi-serpent monoculaire » bouleversa totalement les plans de fuite d'Yvette. Sa présence signifiait que si elle comptait partir un jour à l'aide d'une « Planche volante », elle aurait besoin d'une force suffisante pour affronter les attaques d'une bête lacustre géante.
Cette pression pesait lourd sur elle.
Avant qu'elle ne s'en rende compte, vingt autres années s'étaient écoulées.
Désormais, soixante-treize ans pleins s'étaient écoulés depuis le début du périple d'Yvette.
En raison de la menace que représentait le Roi-serpent monoculaire, elle réduisit ses visites à la plate-forme aquatique, évitant le risque d'être tuée sur le coup par l'effroyable gueule géante jaillissant du lac.
Selon la théorie de l'« effet de siphonage runique », un noyau magique à haute densité attirerait naturellement les éléments magiques environnants. En effet, son efficacité d'entraînement s'améliora significativement, lui permettant de gagner 2,5 points de magie par an. À ce rythme, en à peine cent ans, elle pourrait potentiellement augmenter sa puissance magique de 250 points — peut-être serait-elle alors assez forte pour défier ce Roi-serpent.
À peine cent ans…
Au-delà de sa percée en puissance magique, au cours des vingt dernières années, Yvette avait aussi abouti aux formes finales de ses sorts : Trait de givre, Danse des flammes et Marche du vent.
Parmi eux, le coût magique du Trait de givre était tombé au chiffre terrifiant de « 1 », réalisant véritablement une relation un-à-un entre points de magie et nombre de projectiles. Elle avait également ajusté la méthode d'attaque, lui permettant de créer plusieurs points de lancement virtuels au besoin, déchaînant des Traits de givre comme une mitrailleuse Gatling et produisant une tempête glaciale.
La Danse des flammes s'était améliorée non seulement dans son ressenti opérationnel et son coût magique, mais lui permettait aussi de spécifier les positions de lancement. Grâce à la technologie de « groupe de runes à double usage », chaque pilier de feu supplémentaire ne coûtait que 10 points de magie supplémentaires, et elle pouvait en déclencher jusqu'à quatre simultanément, créant un « mode pleine puissance » équivalent à 50 points d'énergie magique.
Quant à la Marche du vent, elle avait été rebaptisée « Maîtrise du vent ». Elle consommait 8 points de magie par seconde, capable de générer de forts vents — que ce soit pour s'accélérer, flotter brièvement ou repousser les ennemis, elle était pleinement fonctionnelle.
Malheureusement, Yvette n'avait pas encore maîtrisé de concepts théoriques plus avancés ni acquis d'outils haut de gamme.
Sinon, elle aurait pu créer une magie mieux adaptée au vol, lui permettant de contourner la menace du Roi-serpent et de s'enfuir aisément.
Pendant plus d'un siècle qui suivit, à part un unique sort d'attaque appelé « Fureur du tonnerre », Yvette ne tenta pas de concevoir de nouveaux sorts.
Après tout, la magie à incantation instantanée requiert deux conditions : une mémorisation experte et une pratique intensive.
Vu sa capacité de mémoire actuelle, ajouter 500 runes pour la « Fureur du tonnerre » était déjà sa limite. S'obstiner à mémoriser un cinquième ou un sixième sort provoquerait de la confusion, mettant en péril sa maîtrise des sorts déjà mémorisés.
Ainsi, elle continua de répéter des tâches comme la « méditation », « l'entraînement magique », « la collecte de ressources sur la plate-forme aquatique », « l'observation des combats d'aberrations » et « l'espionnage du Roi-serpent ». Sa vie était calme et rythmée, au point qu'elle perdit la trace du temps qui passe.
Seuls les mois d'hiver les plus froids lui rappelaient douloureusement qu'une année de plus s'était écoulée en un clin d'œil, si vite qu'elle peinait à créer le moindre point de repère mémorable.
À cet instant, sa puissance magique approchait les 400 points.
Assise à l'entrée de l'installation ce matin-là, regardant la neige tomber une fois de plus pour l'année, elle songea qu'elle pourrait enfin être capable d'affronter ce serpent géant dans le lac.
Grâce à de longues observations, Yvette avait acquis une compréhension considérable du Roi-serpent monoculaire. Elle découvrit qu'il n'avait pas d'habitudes diurnes ; il ne semblait jamais dormir, capable de faire surface à tout moment.
Ainsi, elle marcha hardiment jusqu'au bord de la plate-forme aquatique et jeta quelques tiges de vignes lueur-magique dans l'eau, espérant l'attirer.
L'appâtage prit un certain temps, mais Yvette ne se découragea pas. Elle savait que le serpent géant devait se trouver sous la surface ; sinon, les autres créatures aberrantes ne seraient pas restées si éloignées.
Finalement, alors que le crépuscule approchait, l'énorme œil de serpent pâle, sans pupille, porteur de cauchemars, jaillit soudain des profondeurs. Bien qu'on n'en aperçût qu'un aperçu, cela suffisait à inspirer la terreur.
Sans attendre le bon moment ni hésiter, le serpent géant jaillit de l'eau, projetant des gerbes d'eau à des dizaines de mètres dans les airs !
Yvette était déjà prête ; utilisant rapidement la Maîtrise du vent, elle se tira en arrière de plusieurs dizaines de mètres derrière la plate-forme pour esquiver l'attaque.
Devant elle, le serpent colossal surplombait le lac, la dévisageant comme une divinité regarde des fourmis.
Puis, la gueule du serpent s'ouvrit, sa mâchoire inférieure se scindant en plusieurs tentacules rouges et visqueux entrelacés. En y regardant de plus près, ce n'étaient pas des langues mais une masse de vrilles gluantes.
Alors qu'elles se séparaient, fonçant vers Yvette à une vitesse fulgurante, on aurait dit qu'elles visaient à l'attraper comme un morceau délicat.
Yvette sentit ses nerfs se tender. Puisque c'était sa première confrontation avec ce maître du lac, couplée à sa phobie des grandes profondeurs et sa peur des grandes créatures, elle ne pouvait pas se permettre d'être négligente. Après avoir esquivé les vrilles, elle déclencha immédiatement sa magie, mi-contrôlée mi-déchaînée.
Trait de givre — en mode Gatling !
Des projectiles bleus jaillirent sous de multiples angles, tirant quatre à cinq douzaines de traits en quelques secondes à peine, gelant la tête et les tentacules du serpent en une solide sculpture de glace. La tête déséquilibrée du serpent s'abattit sur la plate-forme, faisant trembler toute la structure.
Alors qu'elle observait le serpent géant se débattre, Yvette ne choisit pas la Danse des flammes, craignant qu'elle n'aide à sa fuite. Elle activa plutôt un autre sort — la seule nouvelle réussite de ses années passées à déchiffrer les runes — la Fureur du tonnerre !
Cette magie divergeait de ses approches précédentes, renonçant à la quête d'efficacité maximale. Elle visait plutôt à porter les dégâts sur cible unique au sommet dans la contrainte de 500 runes, atteignant les dégâts les plus élevés possibles au prix d'une consommation magique élevée.
La bagatelle de 240 points de magie !
Ne serait-ce qu'un seul lancer épuiserait plus de la moitié de ses réserves magiques !
Alors que le sort s'activait, un anneau runique de plus de dix mètres de diamètre apparut dans les airs, et un immense éclair éblouissant s'abattit sur la tête du serpent, convulsée et emprisonnée dans la glace, paralysant son corps et le envoyant dans de violents spasmes, impuissant même alors que sa carapace de glace se brisait.
Retenant son souffle, le cœur d'Yvette battait la chamade. Il lui restait moins de 100 points de magie, lancer une seconde fois la Fureur du tonnerre était impossible, alors elle invoqua l'anneau runique représentant la Danse des flammes, prête à lancer des piliers de feu.
Mais…
Avant qu'elle ne puisse attaquer davantage, les mouvements du serpent s'arrêtèrent soudain. Sa tête massive pendit mollement au-dessus du grillage métallique de la plate-forme, ses yeux et ses tentacules avaient viré à une teinte sombre tandis que l'acre odeur de chair brûlée emplissait l'air.
Yvette fut surprise, mais elle n'interrompit pas ses actions, utilisant rapidement la Danse des flammes pour incinérer la partie restante du corps collée à la plate-forme, carbonisant chaque pouce de sa peau de toutes ses forces.
Ce n'est qu'après avoir brûlé à fond la moitié de la carcasse du serpent qu'elle la jeta dans le lac avec l'aide de la Maîtrise du vent, se sentant enfin certaine que cette créature était bel et bien morte.