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Millennium Witch

Chapitre 88

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Chapitre 88

Chapitre 88

Chapitre 88/10981%~7 min de lecture1 318 mots

La retraite du Commandant Pourpre depuis Kux dura une nuit entière. La visibilité étant médiocre durant la nuit, Yvette avait choisi de dormir, pour se réveiller le lendemain matin et découvrir que Kux était devenue une ville fantôme, dépourvue de toute vie.

Silencieusement, elle regagna les ruines gelées de la ville où se dressait autrefois le Nid de la Mère Pâle, arrivant au vaste cratère qui en marquait l'emplacement.

Debout au bord du gouffre, elle invoqua un rayon de magie illuminatrice tel une lampe torche, scrutant les détails révélés dans les profondeurs.

À première vue, le trou ne semblait être rien d'autre qu'une excavation banale, ses parois montrant des couches de remblai moderne mêlées d'armatures en acier, de tuyaux et de divers débris. Le milieu était composé de couches alluviales formées de sable, d'argile et de gravier, et plus profond encore commençaient à apparaître des calcaires blanc-grisâtre, indiquant probablement la couche de soubassement.

Cependant, à mesure que sa lumière pénétrait plus loin dans le puits, ce qui apparut ne fut pas le socle rocheux habituel.

Elle distingua à la place des parois métalliques lisses et réfléchissantes, nettement rouillées par endroits, ressemblant à des carreaux solidement fixés aux parois latérales du cratère, s'enfonçant davantage vers l'intérieur.

La surprise d'Yvette grandissait. Sur les cartes et documents copiés de la Civilisation Originelle, Kux n'était qu'une jolie petite ville enneigée — économiquement sous-développée, comparable à une grande zone périurbaine rurale. Son seul atout notable était un secteur touristique impressionnant, ce qui en faisait l'une des villes en vogue de la Confédération des Nouveaux Éden.

En un lieu qui ressemblait à une petite localité rurale hors saison, qu'est-ce qui pouvait bien se trouver au cœur de la ville, un tunnel métallique enseveli et scellé menant sous terre ?

De surcroît, ce tunnel était si vaste qu'une aberration géante comme une Baleine des Montagnes aurait pu en émerger aisément.

Cela ressemblait davantage à l'entrée d'une installation aéronautique d'une base militaire. En activité, le tunnel pouvait s'ouvrir, laissant décoller avions de chasse, vaisseaux spatiaux ou machines magiques en succession rapide pour appuyer le champ de bataille.

Après avoir observé un peu plus longtemps, Yvette prit sa décision. Elle plongea dans l'obscurité d'encre en contrebas.

Parcourant une centaine ou deux de mètres, elle pénétra dans un vaste espace souterrain. D'innombrables piliers porteurs s'élevaient comme des tours colossales, soutenant le plafond. Le sol, en alliage, paraissait quelque peu vétuste, craquant sous ses pas et renvoyant des sons nets dans l'obscurité qui s'étendait au loin.

Yvette lança un sort d'illumination plus puissant, projetant autour d'elle une lumière pareille à un soleil d'or, restaurant la splendeur dans ce vaste tombeau métallique scellé depuis des centaines d'années.

Pourtant, après avoir éclairé les environs et s'être élevée pour inspecter la zone, elle ne découvrit rien de notable.

Peut-être le Commandant Pourpre avait-il nettoyé les lieux avant de partir, car elle ne trouva nulle trace d'informations écrites ni d'objets utiles. La base entière était immense mais vide.

Cela rappelait un jeu en monde ouvert, avec une grande carte mais dépourvue de tout dispositif d'exploration ; après avoir fouillé un moment, Yvette ne parvint sincèrement pas à identifier à quelle faction appartenait la base.

Deux heures plus tard, après avoir achevé son inspection de la vaste caverne souterraine sans aucune découverte fructueuse, Yvette refit surface.

Elle supposa que le Commandant Pourpre avait choisi cet emplacement non seulement parce qu'il était assez spacieux pour que le Nid de la Mère Pâle puisse s'y déployer, mais aussi parce qu'il recelait d'autres secrets importants. Peut-être avait-il effacé toute preuve de ces secrets avant de partir.

Cela devait être un vestige d'avant la fin ; si elle avait un jour l'occasion de replonger dans un état de rêve, elle chercherait certainement des informations à ce sujet.

Lorsqu'elle quitta Kux, il était près de midi.

Le soleil printanier radieux se déversait comme un sirop fondu sur les prairies, et les montagnes enneigées au loin projetaient des ombres déchiquetées sur le ciel bleu. Le basalte noir des flancs semblait tordu, des reliques de glace de l'hiver passé subsistant dans les crevasses.

Ayant prévenu tout le monde qu'elle partirait cet après-midi, Yvette ralentit le pas en contemplant les nuages blancs et duveteux flottant au loin.

C'étaient les moutons élevés par les bergers du royaume, principalement pour la subsistance de Dugrabi.

Toutefois, sans doute en raison des attaches formées pendant leur séjour, le berger du village était le seul à manifester quelque joie à l'annonce de leur départ imminent. Peut-être croyait-il que ses moutons pourraient enfin vivre en sécurité.

Debout sur une crête de roche noire, Yvette observa les moutons paître un moment, songeant soudain au rôle des animaux sauvages, notamment des herbivores, dans la chaîne écologique du Monde de la Fin.

Après tout, les aberrations se dévoraient entre elles sans merci jusqu'à ce qu'il ne reste finalement qu'une aberration de haut rang, entraînant un déclin de leur nombre et une concentration de facteurs aberrants. De plus, les aberrations ne peuvent pas se reproduire, et le seul moyen d'accroître leur espèce est l'infection de divers animaux sauvages.

Ainsi, si la population animale sauvage d'une région diminuait, le nombre d'aberrations de bas rang chutait bientôt également. Durant cet intermède, les animaux sauvages profitaient de l'occasion pour se reproduire, provoquant une hausse subséquente des aberrations de bas rang.

Si les insectes faisaient partie de ce modèle, leur petite taille et leur faible absorption de facteurs aberrants rendaient leur transformation en aberrations considérablement plus ardue. De plus, une fois transformés, ils finissaient généralement par servir de sources nutritives pour d'autres aberrations. Bien sûr, cela valait ici dans les régions enneigées ; au sud, la prévalence des aberrations insectes pourrait être plus forte…

Quant aux aberrations de haut rang ?

Cette catégorie pourrait sans doute relever d'un groupe à part appelé les Dieux, vu leurs niveaux d'intelligence distincts ; elles existaient véritablement en dehors de la norme.

Perdue dans ces réflexions écologiques ni romantiques ni poétiques, Yvette observait les moutons paissant au loin, l'esprit vagabond, jusqu'à ce qu'une ombre tapie en contrebas attire son attention.

Les yeux d'Yvette s'écarquillèrent de surprise lorsqu'elle reconnut la seigneur de cinquième stade qui avait jadis brisé un automate de combat magique d'un seul coup. À présent, elle était accroupie derrière un gros rocher, le regard fixé sur un mouton proche avec une lueur prédatrice, rappelant un léopard en embuscade.

Cependant, comparée à la dernière fois qu'elle avait été libérée, Abella avait bien plus mauvaise mine. Sa robe noire élégante au dos nu s'était réduite à de simples lambeaux qui recouvraient à peine son armure noire en dessous. Sa peau autrefois claire semblait boueuse et boursouflée, un seul talon haut demeurait intact — elle semblait s'y accrocher de toutes ses forces.

Yvette ne put réprimer sa surprise. Après tout, Abella était une aberration de cinquième stade, douée d'une intelligence humaine. Même si elle avait perdu la majeure partie de ses facteurs aberrants, il n'était pas concevable qu'elle en soit réduite à un tel état.

Comment avait-elle pu devenir si sauvage ? Sa capacité de survie était-elle vraiment si préoccupante ?

Après un moment d'hésitation, Yvette choisit de ne pas intervenir immédiatement ; après tout, Abella chassait. Si elle s'approchait maintenant, elle risquait de faire fuir la proie.

Elle resta sur sa position surélevée, observant un mouton s'approcher de la pierre derrière laquelle Abella guettait.

Cela semblait de bon augure ; dans des circonstances normales, un chasseur aurait connu une issue favorable. Pourtant, à son incrédulité, elle vit bientôt Abella bondir en avant. Bien qu'elle attrape le mouton, l'animal se débattant parvint à la secouer.

La scène prit une tournure tragique lorsque le mouton dominant, saisissant l'occasion, chargea Abella, la percutant en plein flanc et l'envoyant rouler au sol sur la pente herbeuse. Même après s'être relevée, elle fut chassée par le mouton dominant, totalement dépourvue de tout moyen de riposte…

Yvette baissa silencieusement le regard, songeant que c'était absolument terrifiant.

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