C'était un matin neigeux où les flocons tombaient dru quand Yvette sortit du lit et parcourut le long couloir, remarquant le silence qui régnait dans la salle de l'abri antiaérien. Seul un dragon noir était lové dans un coin, sur une botte de foin, laissant échapper par moments des respirations régulières.
Il était environ quatre heures du matin — l'aube à peine levée. Les poupées mécaniques imitaient les habitudes de sommeil des humains, aussi aucune n'était éveillée, ce qui offrait l'occasion idéale pour se faufiler dehors et entamer sa première exploration de Cookes.
En poussant la porte de pierre de l'abri et en inhalant l'air glacial, Yvette sentit sa somnolence se dissiper légèrement. Elle se tourna vers la pente enneigée au-delà de la vallée, sa cible d'exploration initiale fixée quatre ans plus tôt. Le départ de cette première exploration avait été si longtemps retardé que cela l'étonnait elle-même.
Heureusement, tous ici étaient des êtres longévites ; quatre ans correspondent à peu près au temps qu'un humain met pour boucler ses études supérieures, aussi cela n'avait pas compté pour ses camarades poupées ni pour les dragons.
Qui plus est, ces quatre années avaient été passablement riches. Elle ne s'était pas investie aussi à fond dans l'optimisation de sorts depuis très, très longtemps.
Après tout, un sort à spécification 100 000, même pour un travail d'optimisation à l'époque de la Civilisation Originelle, mobilisait souvent des dizaines de personnes jour et nuit pendant six mois.
Pourtant, elle était parvenue à optimiser sept sorts toute seule au cours des quatre dernières années — de quoi faire douter même dans la Civilisation Originelle.
Si elle avait fait d'immenses progrès, son application pratique restait en retrait. En franchissant le cap des 100 000 de spécification, l'opérabilité et la variabilité des sorts avaient considérablement augmenté ; ce qu'il lui fallait maintenant, c'était sans doute de l'expérience de combat…
Pour ce voyage à Cookes, son objectif principal n'était ni de massacrer sans discrimination ni de percer tous les secrets de la ville d'un coup.
Elle voulait d'abord glaner du renseignement. Si possible, elle y retournerait plusieurs fois pour recharger son mana par la méditation. Après tout, sa devise restait la sécurité avant tout.
En usant de l'élément vent, elle flotta jusqu'aux abords de la ville. Contemplant la cité enveloppée de brume blanche, Yvette ressentit bien l'atmosphère décrite dans le rapport de mission de l'envoyé divin.
Ni êtres mutés, ni créatures vivantes. Toits, rues et panneaux publicitaires penchés étaient tous recouverts d'épaisses couvertures de neige blanche. Dans le silence sans bornes, même le gémissement du vent dans les ruines semblait s'être figé.
Elle atterrit dans un coin de rue désert, avançant d'un pas léger à une allure ni bien rapide ni bien lente, contournant le quartier résidentiel proche pour gagner le centre-ville.
Après une vingtaine de kilomètres, le centre commença à se profiler, et enfin un être muté surgit de l'ombre pour l'attaquer, lui tirant un éclat de glace. Yvette, souhaitant tester la défense de son Armure Cramoisie, n'esquiva pas mais leva la main pour attraper l'éclat, le pulvérisant sans effort.
L'attaque de cet être muté était bien faible… songea Yvette avec quelque déception en relevant les yeux sur un mutant humanoïde. Il ressemblait à un zombie exhumé du pergélisol — voûté, la peau tendue sur les os, laissant voir quelque chair, une plaie violacée sur le crâne. Bien que ce ne fût qu'un mutant de premier stade, sa capacité à condenser des éclats de glace pour attaquer prouvait qu'il avait de la ressource.
Mais de plus fortes menaces se tenaient derrière lui. Réalisant que son attaque n'avait eu aucun effet, ce mutant parut s'enrager, formant en un clin d'œil des dizaines d'éclats de glace autour de lui pour les lancer sur Yvette.
Cette mitraille insensée lui fit entrevoir un pan de son propre passé dans ce mutant.
Chuintement, chuintement, d'innombrables éclats de glace frappèrent Yvette, soulevant une brume givrée scintillante mais ne causant aucun dommage réel — seulement un effet additionnel. Elle leva la main et claqua légèrement des doigts, créant une explosion de feu qui jaillit sur le mutant, le réduisant en cendres.
Hum… S'il savait utiliser des sorts, sa puissance de combat semblait inférieure au stade trois — disons 2,5. Mais même ainsi, c'était remarquable ; d'ordinaire, de tels mutants dans d'autres villes ne sont que des nuisances de rue…
Elle fut secrètement impressionnée tout en continuant son chemin. En route, elle essuya des attaques sporadiques de divers êtres mutés. Néanmoins, qu'ils soient humanoïdes ou bestiaux, ces mutants de premier stade manifestaient une puissance de combat au-delà du stade trois.
En à peine une dizaine de kilomètres, elle en avait déjà abattu plus de dix dotés de capacités de stade trois, quasi l'équivalent de dix seigneurs de ruche. Heureusement, les affrontements se soldaient le plus souvent par des mises à mort rapides, réduisant d'autant la dépense de mana et l'aidant à ne pas réitérer ses erreurs passées.
Elle s'était aussi imposé des règles, comme la retraite inconditionnelle dès que son mana descendait sous le tiers, et l'interdiction d'utiliser sa capacité d'œil noir sauf nécessité absolue.
Sous ces contraintes auto-imposées, elle devint encore plus méticuleuse dans sa gestion du mana.
Environ une heure plus tarde, alors qu'elle approchait du centre-ville, une voix froide résonna d'en haut : « Qui es-tu ? »
Yvette leva les yeux et vit une silhouette élancée se tenir au sommet d'un bâtiment — une église — la toisant du regard. Vêtue d'une tenue moderne à la mode, si l'on ignorait ses appendices non humains, on l'aurait prise pour une lycéenne pleine de vie.
Malheureusement, les huit pattes d'araignée et les six yeux ponctiformes rouges gâchaient cette beauté. Sans surprise, il s'agissait bien de la Femme-Araignée mentionnée dans le rapport de mission de l'envoyé divin.
Un instant plus tard, voyant Yvette la scruter en silence sans parler, la Femme-Araignée recommença : « Ici, c'est le territoire du Roi du Ciel et de la Mer. À quel souverain sers-tu ? Qui t'a autorisée à empiéter ? »
Roi du Ciel et de la Mer ? Souverain ? Cela semblait indiquer une hiérarchie parmi les êtres mutés de haut niveau.
Le premier désignait probablement un mutant de niveau supérieur, tandis que le second, appelé « souverain » — était-ce un rang ou un statut ?
Yvette ne s'attendait pas à glaner autant d'informations sur les mutants en une seule rencontre, mais elle restait perplexe quant à la raison pour laquelle la Femme-Araignée ne l'avait pas attaquée d'emblée après qu'elle eut frayé son chemin par la force.
Pouvait-elle se méfier de la présence potentielle de « quelqu'un » derrière elle ?
« Qui es-tu ? » demanda Yvette.
« C'est moi qui ai posé la question la première », répondit la Femme-Araignée.
« Je suis Pluie de Glace, membre de la race mécanique », dit Yvette.
« Tu me prends pour une idiote ? »
« Soit. » Yvette eut un regret fugace. Il semblait que les mutants de haut niveau aient l'esprit plus affûté que les poupées mécaniques ; on avait percé son déguisement impeccable. Elle changea d'approche : « En fait, je suis une mutante sauvage, et je ne sais rien. »
« Tu crois me provoquer ? » Le ton de la Femme-Araignée se glaça davantage. « Tes performances montrent au moins quatre à cinq instances de "promotion". N'as-tu reçu aucun sens ? Est-ce le genre de mensonge qui se voit comme le nez au milieu de la figure… ? »
Sens ? Sens de quoi ? Serait-ce que les mutants acquièrent des informations spéciales lors de leurs stades d'élévation, ce qu'elle appelle « promotion » ?
Yvette répondit : « Je ne mens pas ; je ne sais vraiment rien. Peux-tu m'apprendre ? »
« C'est bon ; pas la peine », dit froidement la Femme-Araignée. « De toute façon, tu vas mourir ; fais juste attention dans ta prochaine vie. »
Sur ces mots, les pattes d'araignée derrière elle se mirent en branle, la transformant en une ombre qui fonça sur Yvette, déchaînant une énergie noire étrange qui ressemblait à un sort élémentaire inconnu.
Yvette, qui s'était préparée au combat pendant des années, attendait ce moment. Elle s'enveloppa d'éléments vent et heurta la Femme-Araignée dans les ruines enneigées de la ville. À chaque choc, trois des quatre couches de son Armure Cramoisie volaient en éclats, pour se reconstituer presque aussitôt.
Ses méthodes d'attaque s'étaient aussi considérablement diversifiées par rapport au passé. Tantôt elle façonnait des lames de feu dans ses mains pour trancher, tantôt elle déchaînait du tonnerre bondissant, pour se heurter à la barrière magique noire de la Femme-Araignée.
D'innombrables éléments magiques se répandirent dans le quartier comme des marées reflues, balayant tout dans les rues. Les éléments noirs inconnus s'y mélangeaient, évoquant quelque poison corrosif ; bien des magies élémentaires conventionnelles — glace, feu, vent, tonnerre — noircissaient rapidly au contact de ces éléments noirs avant de se dissiper, comme des braises consumées par des flammes furieuses.
Les rues silencieuses furent le théâtre d'explosions répétées, des nuées de fumée s'élevant et se mêlant aux flocons en un épais brouillard noir, les détonations résonnant avant d'être vite avalées par le vent glacé.
Des minutes, peut-être une dizaine de minutes passèrent ; l'affrontement haletant prit fin quand les deux combattantes se retirèrent simultanément.
Pourtant, chose étonnante, malgré la férocité du combat qui avait mis les rues sens dessus dessous, avec des marques de brûlure et des cratères creusés dans la neige, Yvette et la Femme-Araignée restaient toutes deux indemnes — propres même, sans une tache sur leurs vêtements, hormis la fine buée de leur souffle qui se condensait dans l'air glacé.
« Tu es vraiment forte ; es-tu une mutante de stade cinq ? » dit Yvette, debout sur la flèche d'un bâtiment en toisant la Femme-Araignée, sa robe noire flottant dans le vent glacial.
« À peu près », répondit la Femme-Araignée sans expression, avant de se corriger : « Après quatre instances de "promotion", on m'appelle "Seigneur". »
« Et le stade quatre ? » Yvette pensa au démon à double lame ; ce type avait autrefois affirmé, en se vantant, que le stade quatre s'appelait Seigneur.
« Tu ne sais vraiment rien du tout ? »
« J'ai vécu sur une île très reculée pendant de nombreuses années et je ne sais rien de la société mutante. Eh bien, je n'ai pas reçu ce "sens" dont tu parles. » En parlant, Yvette fit sortir un tentacule blanc de son corps pour prouver qu'elle était bien une « mutante ».
La Femme-Araignée garda le silence un moment avant que sa voix ne redevienne glaciale. « Mais pour avoir osé empiéter sur le territoire du Roi du Ciel et de la Mer, tu dois quand même mourir. »
« Gardons ça pour la prochaine fois. » Yvette secoua la tête. Son mana approchait la ligne d'alerte du tiers qu'elle s'était fixée, et tout au long du combat, la force de la Femme-Araignée era restée insaisissable, d'une aisance déconcertante. Cela mettait Yvette en garde, craignant de revivre ses erreurs passées.
S'étant battue si longtemps, des renforts pour la Femme-Araignée allaient bientôt arriver. Vu ses formidables capacités, qui savait si elle avait des atouts cachés ? Pour la sécurité, mieux valait battre en retraite cette fois et revenir après avoir rechargé son mana…
Sur cette pensée, elle se transforma en une rafale de vent, disparaissant dans les profondeurs des ruines enneigées au coin de la rue.
La neige continuait de tomber.
Regardant son ennemie partir, la Femme-Araignée restait impassible au sommet du toit, plongée dans ses pensées.
Le temps s'écoula dans le silence, et la neige recouvrit les traces du combat récent.
Dix minutes plus tard, après avoir confirmé que la fille aux cheveux argentés ne reviendrait pas soudainement à la contre-attaque, la Femme-Araignée prit une grande inspiration, puis chancela légèrement, crachant une boucheée de sang.