Du fait même de l'existence de la Sorcière de la Fin du Monde, Yvette en vint à croire, dans une certaine mesure, que la fin pourrait réellement venir d'une descente divine. À cet instant, la « Transformation Divine » de Blacktower Pharmaceuticals et la « Graine Corrodée » de Linthou Biotech se muèrent en de bien suspects « moteurs d'anéantissement ».
À présent, avec la disparition des deux fillettes et l'apparition supposée d'un monstre aberrant dans le parc, le fait que ce monstre se soit évanoui sans explication — qu'il soit mort ou parti de son plein gré — ne lui permettait de conclure qu'à une seule chose : il s'agissait très probablement de Zéro et Un.
Pourtant, au fil des ans, elle avait acquis une solide compréhension de ses capacités et n'avait jamais découvert en elle le moindre pouvoir de créer ou de contrôler des êtres aberrants.
Cela signifiait-il que c'était là l'aptitude d'Un ?
Quel lien l'unissait à la Sorcière de la Fin ?
S'il n'y en avait pas, tant mieux. Mais s'il y en avait un…
Avait-elle emprunté le pouvoir du dieu maléfique, reçu ses bénédictions, ou était-elle peut-être le dieu maléfique appelé à émerger plus tard ?
Ou, comme dans bien des tragédies fantastiques, finissait-elle par devenir le réceptacle de la descente d'un dieu maléfique ?
Autrefois, elle faisait la même chose sur les forums, publiant des prédictions où elle listait tous les résultats possibles pour chaque segment de match esport. Une fois les résultats connus, elle effaçait les mauvaises, devenant ainsi une grande prophétesse.
Ah, un passé pas très glorieux… songea Yvette, avant de se rappeler soudain une autre affaire.
Lorsqu'elle était à la Base Abyssale, elle avait lu les dernières paroles de la petite-fille de Blacktower Pharmaceuticals, « Aiselin Oméga ».
Elle y affirmait que la « Transformation Divine » de la Base Abyssale n'avait pas fui, soutenant que les mutations provenaient de la mer.
Pouvait-on désormais classer cela comme une arnaque ?
Avec la fuite de Zéro et Un, il était probable que des êtres aberrants pullulent maintenant dans le camp d'esclavagistes de Rustbone, alors comment pouvaient-ils encore affirmer qu'il n'y avait pas eu de fuite ?
Toutefois, on pouvait confirmer d'après les informations de l'époque que durant les 21 ans depuis l'entrée des participants originels dans le Plan de Transformation, la fin n'était pas encore advenue. Ainsi, la véritable arrivée de la fin pourrait être bien des années plus tard, peut-être plusieurs décennies.
Sur un si long laps de temps, bien des variables pouvaient surgir. Était-il possible que Zéro et Un aient été capturés à nouveau par la suite ?
Après un court moment, Yvette conduisit les 13 rescapés à l'entrée du parc industriel et appela les 18 personnes venues des bois, comptant leurs effectifs.
Cela faisait 3,1 millions de crédits !
Yvette se sentit satisfaite, son regard vers Donnell et les autres devenant de plus en plus chaleureux, comme si elle contemplait des piles de billets sur pattes.
Puis, fouillant davantage, les survivants firent sortir les véhicules de transport du parc industriel et, profitant de la nuit, filèrent droit vers le Firth et la douane des Nouveaux États-Unis d'Éden.
Aux premières heures du matin, le bâtiment d'ordinaire plongé dans l'obscurité de la Douane et de la Protection des Frontières des Nouveaux États-Unis d'Éden fut à nouveau illuminé en raison de circonstances imprévues.
Dans la salle de thé du bâtiment, après avoir attendu un moment, Yvette vit entrer un homme d'âge moyen en uniforme. Il s'avança droit vers elle, accompagné de plusieurs autres personnes qui semblaient avoir un statut important.
« Petite fille, vous devez être Mademoiselle Pluie de Glace Sian, aussi connue sous le nom de… Mademoiselle Sans-Nom ? » L'homme d'âge moyen l'examina avec un mélange de surprise et de doute.
« Mm-hm. » Yvette se leva.
« Incroyable… vraiment remarquable. Les héros émergent dans la jeunesse… » s'émerveilla l'homme un instant avant de tendre la main avec un sourire, disant : « Je suis « Charlson Edward », le directeur ici, ravi de vous rencontrer, notre grande héroïne ! »
« Bonjour, Directeur Charlson. » Yvette serra sa main. « Dois-je faire une déposition ? »
« Je suis là pour recueillir votre déposition », dit le Directeur Charlson, rayonnant.
« N'êtes-vous pas le directeur ici ? »
« Et alors ? Mademoiselle Sans-Nom, vous n'avez pas sauvé une ou deux personnes ; vous en avez secouru 31 d'un coup et détruit deux repaires de terroristes… Cette affaire est trop importante. Je veux comprendre immédiatement comment vous y êtes parvenue. »
Yvette acquiesça ; elle ne s'attendait pas à ce que le directeur de la Douane prenne lui-même sa déposition. Même l'enregistrement ne se faisait pas dans une petite pièce mais dans cette salle de thé — quel traitement de faveur.
Elle ne tarda pas et décrivit aussitôt, en gros traits, ce qui s'était passé.
Toutefois, les détails du combat furent naturellement simplifiés, se résumant à : « J'ai lancé une attaque contre les esclavagistes, qui non seulement ne se rendirent pas, mais osèrent riposter, tous éliminés ensuite par mes techniques magiques. »
Le Directeur Charlson demeura quelque peu sceptique face à ce récit, trouvant que la description de la jeune fille sonnait plutôt exagérée.
Cependant, il ne s'enquit pas trop de l'origine des techniques de combat de Mademoiselle Sans-Nom — les mercenaires devaient souvent tremper dans des affaires louches pour acquérir leurs compétences, et cela relevait pas de la compétence de la Douane. Si elle affirmait que ces techniques étaient toutes de sa propre invention, il la croyait sur parole.
Le long processus de déposition dura plus de trois heures. Non seulement la Douane, mais aussi le Département de la Sécurité Intérieure, niveau supérieur, dépêcha des gens à une vitesse fulgurante pour poser une série de questions.
Lorsque Yvette acheva enfin sa déposition, le jour s'était déjà levé, et une aube blafarde se dessinait à l'horizon.
De retour dans la salle de thé, elle regarda le Directeur Charlson bâiller ainsi que le personnel de la Sécurité Intérieure, et demanda : « Puis-je partir maintenant ? »
« Vous êtes si pressée de partir ? » dit le Directeur Charlson. « Vous pourriez rester ici quelques jours. »
« Hein ? » Yvette ne comprit pas pourquoi il était si réticent à la laisser partir.
« Petite fille, savez-vous à quel point vos actes sont glorieux ? Les journalistes afflueront sans doute ici dans les prochains jours. Ne voulez-vous pas attendre et partager quelques détails avec eux ? » sourit Charlson.
Yvette secoua la tête. « Cromwell a filmé beaucoup de matériel ; c'est plus que suffisant, et tous les détails sont dans la déposition. Publiez-la quand vous serez prêts. »
« Si discrète ? Comme on s'y attend de Mademoiselle Sans-Nom. Pas étonnant qu'après être devenue célèbre l'an dernier, vous ayez fait silence ; n'importe qui d'autre aurait déjà commencé un direct. » dit Charlson, exprimant son admiration.
La Civilisation Originelle s'adonne aussi au streaming… songea Yvette avec un clic de langue mental.
Puisque l'État Libre de l'Os Rouillé accordait unilatéralement des exemptions de visa aux Nouveaux États-Unis d'Éden, Yvette n'avait pas besoin de demander de visa. Heureusement, avec l'aide du Directeur Charlson, elle obtint son passeport en quelques heures seulement.
Avec l'idée que Zéro et Un étaient peut-être encore dans le Firth, Yvette traversa à nouveau la douane, se dirigeant vers le Firth, disparaissant rapidement dans la nature obscure.
Le lendemain, à l'approche du déjeuner, les victimes secourues, qui avaient réussi à dormir une nuit complète, commencèrent à coopérer avec le personnel pour fournir leurs dépositions — cela avait été retardé jusqu'ici en raison du manque de personnel aux petites heures.
Après un bref répit, le Directeur Charlson regagna le bureau avec d'autres pour visionner les images.
En effet, la déposition de Cromwell ne faisait que commencer, et les images capturées par l'œil électronique venaient tout juste d'être récupérées. Avant cela, tous n'avaient compté que sur le récit oral de Mademoiselle Sans-Nom pour comprendre la situation.
« Mon Dieu, qu'est-ce que c'est ? Comment tous ces esclavagistes ont-ils fini morts du coup ? »
« Après avoir été frappés par le canon de flammes, il ne s'est rien passé du tout ; est-elle vraiment humaine ? »
« Elle ne pourrait pas être une poupée magique humanoïde ? »
En visionnant les images, les policiers, les agents de la douane et les officiels de la Sécurité Intérieure furent tous stupéfaits.
C'était complètement contraire à ce qu'ils avaient appris du récit oral de Mademoiselle Sans-Nom plus tôt !
Même si les segments cruciaux montrant la défaite des chefs esclavagistes, « Lame Noire » et « Œil Mort », manquaient, le fait que tout l'étage supérieur ait été démoli donnait un aperçu latéral de l'intensité du combat.
Ce n'était pas simplement une capture d'esclavagistes ou de gangs ; c'était une opération antiterroriste à part entière !
À cet instant, le Directeur Charlson et les subordonnés, officiers et secrétaires compris, comprirent enfin la signification derrière l'affirmation de Mademoiselle Sans-Nom selon laquelle « non seulement les esclavagistes ne se rendirent pas, mais ils eurent l'audace de riposter ».
Donc, elle n'avait pas cherché à se vanter après tout ?
Avec la publication des informations officielles et la diffusion par Cromwell des images de première main, dès le lendemain soir, cette nouvelle choquante commença à se répandre dans les Nouveaux États-Unis d'Éden comme une avalanche, occupant rapidement les gros titres en quelques jours.
Contrairement à l'affaire du Tueur-Loup-Garou l'an dernier, cet événement manquait de la portée pour percer à l'international, le rendant difficile à transformer en une nouvelle largement reconnue. Cependant, cela n'empêcha pas qu'il capture rapidement l'attention de tous au sein des Nouveaux États-Unis d'Éden.
En premier lieu, Donnell, Reese et les autres parties concernées, qui avaient auparavant critiqué Cromwell pour son mutisme ; il était monté avec Mademoiselle Sans-Nom mais n'avait rien dit en redescendant.
Pourtant, après avoir visionné les images publiées, tous réalisèrent à quel point la situation avait été réellement choquante. Sans preuves vidéo, il aurait en effet été difficile de transmettre les circonstances en quelques mots.
Ensuite, du côté d'Agash, la reporter Mademoiselle Irene et l'intermédiaire Carter du Bar Lumière Flottante apprirent ces événements par les reportages.
Mademoiselle Irene fut totalement sidérée ; c'était sa première expérience de la « disparition » d'Yvette et elle avait cru que Mademoiselle Sans-Nom avait trouvé une piètre excuse pour ne pas traiter avec elle. Après avoir découvert qu'Yvette avait disparu, elle s'était sentie assez triste un moment, pensant qu'elle avait dû faire quelque chose de mal.
Maintenant, elle comprenait enfin : la disparition de Mademoiselle Sans-Nom avait fait partie d'un grand plan !
Après une année de planification minutieuse, pendant laquelle elle n'avait pu échanger aucune information avec ses amis ou connaissances, tout cela pour infiltrer les opérations des esclavagistes ?
Incroyable ! C'était tout simplement remarquable !
Les pensées de Carter allaient un peu dans le même sens que celles d'Irene, mais contrairement à sa joie pure pour Yvette, il ressentit une pointe d'anxiété. Étant donné que ce triomphe faisait exploser la renommée de Mademoiselle Sans-Nom, aurait-il encore besoin de lui comme intermédiaire pour l'aider à décrocher des contrats à l'avenir ?
Finirait-il sans même avoir l'occasion de parler à Mademoiselle Sans-Nom ?
Dans les jours qui suivirent, sans autre nouvelle significative émergeant, l'histoire de Mademoiselle Sans-Nom brisant à elle seule deux camps d'esclavagistes et secourant 31 victimes domina les discussions sur les principales plateformes pendant plusieurs jours.
Bien qu'il fût encore difficile d'évaluer sa véritable puissance de mage, une chose était certaine : elle se situait sans aucun doute au sommet.
Après tout, dans le monde des mercenaires, la renommée était le seul étalon de la force, directement lié au nombre de contrats qu'on pouvait obtenir. Même si son rang de mercenaire était actuellement bas, n'atteignant même pas le top 10 000 mondial, cela n'empêchait pas les initiés de croire unanimement que sa force était au moins celle d'un super expert du top 1 000, voire du top 500.
Le seul regret était que, sur la demande propre d'Yvette, ni Cromwell, ni la Douane, ni les agences de police n'avaient publié de photographies de Mademoiselle Sans-Nom. Cela laissa de nombreux internautes curieux, impatients de voir la beauté dont tous parlaient, profondément déçus.