Le cœur humain était la chose la plus difficile à comprendre au monde. Même un vieux monstre ayant vécu quelques centaines d’années peinerait à le saisir, encore moins un petit Hao’er de cinq ou six ans.
Le jeune Hao’er serra les lèvres, regarda les petits mendiants et leur lança d’une mine renfrognée : « Allez à l’arrière, creusez deux trous et enterrez-les. »
Voyant qu’ils reculaient sans bouger, il adopta naturellement la posture de son père, glissa ses mains derrière son dos pour faire preuve de maturité et répondit d’une voix glaciale : « Qu’est-ce que vous faites là ? Ne m’avez-vous pas entendu ? »
Sursautant après avoir été interrompu sur ce ton et se remémorant l’enfant, plus petit qu’eux, qui venait de tuer les deux hommes sous leurs yeux, ils répondirent dans la précipitation : « Oui oui. »
Ils s’empressèrent d’avancer pour traîner les deux cadavres vers l’arrière. Puis, ils se mirent à creuser deux grandes fosses où ils les ensevelirent.
Pas loin, Wanyan Qianhua, qui observait la scène, pouffa doucement : « Ce gosse a déjà saisi soixante-dix pour cent de l’aura de Mo Ze. S’il continue sur cette lancée, il sera le prochain Seigneur des Enfers une fois grandi. »
Luo Yu affichait un large sourire. Il pouvait enfin se rassurer concernant ses premières inquiétudes. Hao’er ne décevrait ni Maître ni le Seigneur des Enfers. Si Maître avait su, elle aussi aurait été ravie.
« Mademoiselle Wanyan, il se fait tard. » Luo Yu la contempla avec le sourire aux lèvres.
Wanyan Qianhua leva les yeux vers lui et sourit : « D’accord, pas besoin de me chasser. Je pars. De toute façon, je n’ai aucune envie de rester ici ce soir. » Tandis qu’elle parlait, elle agita ses manches. L’instant suivant, sa silhouette étincela et elle prit son envol en direction du Manoir Feng.
Luo Yu rit en la voyant disparaître. Il savait qu’une fois parvenue au manoir, Wanyan Qianhua rapporterait à son maître chaque détail de ce qu’elle venait de voir.
Cette perspective le réconforta et, perché sur un arbre en pleine observation, il se mit à fredonner une chanson. Ces deux-là étaient déjà morts ; à présent, il ne lui restait plus qu’à regarder ce que Hao’er allait bien pouvoir entreprendre.
Lorsque la nuit tomba, Hao’er considéra les petits mendiants réunis dans la pièce croulante, réfléchit un instant puis demanda : « Vous avez encore un foyer ? »
Les enfants échangèrent un regard et hochèrent la tête négativement : « Nous sommes tous des orphelins. » S’ils avaient eu une famille, ils n’auraient jamais été capturés par ces deux hommes pour leur tirer de l’argent.
Apprenant qu’ils étaient orphelins, Hao’er fronça les sourcils : « Puisque ces deux-là sont morts, vous êtes libres de partir où bon vous semble. »
« Mais nous ne savons pas où aller. Et surtout, nous mourrons de faim », répondirent les enfants d’une voix tremblante.
À ces mots, Hao’er hésita un instant avant de trancher : « Alors venez avec moi ! » Il ne savait pas exactement quoi faire d’eux, mais estimait qu’une fois rentrés au logis, Oncle Du Fan pourrait s’en charger. Au moins, ils ne seraient plus réduits à mendier.
Face à sa proposition, les jeunes mendiants gardèrent le silence et baissèrent simplement les yeux. Seule la fillette releva le menton vers Hao’er pour demander d’un air craintif : « Est-ce que vous allez nous frapper ? »
« Non. » Le garçon marqua une pause avant d’ajouter : « Par contre, il faudra m’obéir. Tant que vous serez sages, vous n’aurez pas faim. »
« D’accord. » Chacun acquiesça et l’affaire fut conclue…
De son côté, Wanyan Qianhua discutait avec . Quand la conversation tourna autour de Hao’er, elle éclata de rire : « Votre fils est très malin et ne commet aucune imprudence. À mon avis, il lui faudra peu de temps pour maîtriser parfaitement le comportement de Mo Ze. »