La main de Ragnar serra le bord de sa cape, rabattant la capuche plus bas tandis que la foule le bousculait. Il garda la tête baissée, cachant les angles saillants de son visage, le regard sauvage dans ses yeux — tout ce qui aurait pu le désigner comme un étranger. Son oncle se tenait à ses côtés, tout aussi dissimulé, mais une tension raidissait ses épaules voûtées sous le manteau. Tous deux étaient sur le qui-vive, fondus dans la masse des spectateurs, tandis que la scène se déroulait sous leurs yeux.
La mâchoire de Ragnar se crispa tandis que ses yeux se fixaient sur le noble au centre du tumulte. Les robes coûteuses de l'homme, tachées de poussière et marquées d'une déchirure irrégulière, flottèrent lorsqu'il asséna un nouveau coup de pied dans le flanc d'un garçon qui ne devait pas avoir plus de dix ans. À chaque impact, l'enfant s'effondrait un peu plus, se maintenant à peine debout, le visage tordu par la douleur.
La rage bouillonnait dans la poitrine de Ragnar, frémissant juste sous la surface. Un grognement sourd ronfla dans sa gorge, et ses doigts démangeaient d'enserrer la gorge du noble. Mais il se retint, forçant la chaleur de sa colère à couver lentement.
L'avertissement d'Arzan... C'était comme une chaîne de fer qui le clouait sur place. Ne te mêle de rien qui pourrait me retomber dessus. Ne cherche pas querelle aux nobles. Surtout pas ici.
Il serra les poings, les phalanges craquant sous la tension, et les mots de prudence d'Arzan revinrent hanter son esprit. Veralt n'était pas un endroit qui devait accueillir un barbare. Capuche ou pas, s'il bougeait maintenant, les nobles qui affluaient dans la ville découvriraient certainement leur identité. La plupart des gens de Veralt les voyaient davantage comme des mercenaires que comme des barbares, mais il ne faudrait pas longtemps pour que leur véritable nature ne transparaisse.
Mais la voix du noble trancha ses pensées, aiguë et emplie de dégoût. « Sale gamin des rues ! Tu sais ce que tu as fait ? » Il repoussa le garçon dans la boue une fois de plus, insensible aux murmures de la foule. Quelques visages se crispèrent, mais personne n'osa intervenir.
Les oreilles acérées de Ragnar captèrent des bribes de chuchotements qui serpentaient à travers la cohue.
« Le gamin... l'a bousculé... »
Le regard de Ragnar se porta sur l'habillement ruiné du noble — un pan de tissu fin pendait, battant au vent, sali de boue et de poussière piétinée. L'orgueil de l'homme était plus blessé que son corps, et il déversait cette humiliation sur l'enfant sans défense, les poings levés.
Ragnar sentit la chaleur flamber à nouveau dans sa poitrine, plus ardente qu'auparavant. Il jeta un coup d'œil à Brugnar, les mots sifflant entre ses dents serrées. « Je ne peux pas rester là sans rien faire. Ce gamin ne mérite pas ça. »
Le souffle de Ragnar s'accéléra, sa mâchoire se crispant jusqu'à en avoir mal. La colère flamboya en lui, celle qui bout juste sous la surface. Sa main démangeait d'aller saisir la hache cachée sous sa cape. Il entendait les chuchotements de la foule, des lambeaux d'histoire qui filtraient : l'enfant avait accidentellement heurté le noble, l'envoyant rouler dans la boue. Dans la confusion, une botte avait déchiré la robe du noble. Cela suffisait pour transformer un banal accident en spectacle public.
Les yeux de Ragnar se plissèrent, prenant la mesure de la scène — la poussière collée aux vêtements impeccables du noble, la lèvre saignante de l'enfant, et la façon dont la foule maintenait une distance prudente. Il sentait l'injustice comme un couteau qui lui tordait les tripes. Il se pencha vers son oncle, la voix basse et tendue. « Je veux l'aider. Aucun gamin ne devrait avoir à subir ça. »
La poigne de Brugnar se resserra sur l'épaule de Ragnar, le tirant en arrière. « Nous avons des ordres, Ragnar. Ce n'est pas notre terre, et nous ne sommes pas parmi les nôtres. Tiens-toi tranquille. Laisse les choses suivre leur cours.
— Regarde seulement. Les gardes de la ville interviendront bientôt. Ils ne laisseront pas un noble faire un scandale, surtout avec autant de monde autour. »
Ragnar grinca des dents, mais il se força à acquiescer, les poings tremblants le long du corps. Il tenta d'ignorer l'envie brûlante d'intervenir, reportant son attention sur la foule qui s'écartait près du bord de la rue. Une patrouille de trois gardes s'avança, l'éclat de leurs armures captant la lumière. À leur tête, il reconnut Gareth, qui avait combattu à ses côtés pendant la vague de bêtes.
Les gardes se frayèrent un chemin à travers la foule, leurs visages mêlant exaspération et méfiance. La voix de Gareth couvrit les cris du noble. « Assez ! Que signifie ceci ? » Il fit signe à ses hommes de relever l'enfant, brossant la poussière de ses vêtements. « Exposé vos raisons d'avoir battu cet enfant. »
Ragnar relâcha une respiration qu'il ne réalisait pas avoir retenue, une tension vibrant dans ses muscles. Il n'aimait pas rester spectateur, mais pour l'instant, tout ce qu'il pouvait faire était d'observer comment la situation évoluerait.
Le rictus du noble s'accentua, ses joues se teintèrent de rouge sous la colère. Il pointa un doigt vers le garçon. « Il a osé barrer ma route et me bousculer ! Un vulgaire gamin des rues m'a fait rouler dans la boue. Une raclée est le minimum qu'il mérite. »
L'expression de Gareth ne changea pas, mais ses yeux devinrent plus froids. « La loi interdit d'agresser qui que ce soit. Et un enfant ? C'est au-delà de l'indigne. Quelle qu'en soit la raison. »
Les lèvres du noble s'étirèrent en un sourire narquois, une pointe d'arrogance éclairant ses traits. « Il semble que vous ne sachiez pas à qui vous parlez. » Il gonfla la poitrine, ajustant le col de sa robe déchirée comme si ce geste seul pouvait restaurer sa dignité perdue. « Baron Radomir de la maison Felden. J'exige que vous vous excusiez pour votre ton insolent et que vous me laissiez emmener le garçon pour sa punition, sinon je ferai en sorte que vous soyez révoqué lorsque je rencontrerai le seigneur. »
Le froncement de sourcils de Gareth s'accentua, mais il ne broncha pas. Il croisa les bras, sa posture inébranlable. « N'hésitez pas à en parler au seigneur, baron. Nous avons des ordres du seigneur Arzan Kellius lui-même pour appréhender quiconque trouble la paix — noble ou non. » Sa voix se durcit, chaque mot tombant comme un coup de marteau. « Pour avoir battu un enfant dans la rue, vous serez placé en détention. »
Le visage du baron se tordit de fureur, ses yeux se rétrécirent en fentes. « Vous osez me défier ? Un simple garde ? » Sa voix suintait le mépris, mais quelque chose d'autre perçait sous la colère — une pointe de danger.
Une décharge de mana crépita dans l'air autour de lui, une pulsation se propageant vers l'extérieur comme une rafale soudaine. La foule recula, les murmures se changeant en halètements tandis qu'ils sentaient l'énergie les submerger.
Ragnar ressentit le souffle de l'air. Le sourire narquois du baron s'élargit, savourant le basculement de la peur dans la foule. « Il semble que l'aristocratie n'ait pas de respect en ces terres... mais je suis certain que les Mages en ont. Je suis un Mage du premier Cercle de la Tour d'Archine. »
Il leva la main, laissant le mana tourbillonner et s'amasser dans sa paume, une faible lumière maladive vacillant autour de ses doigts. « Maintenant, reculez et laissez le garçon venir avec moi, ou je ferai en sorte que votre défiance soit la dernière erreur que vous commettrez. »
Un instant, le silence s'abattit sur la rue, la tension crépitant comme une corde d'arc tendue, prête à rompre.
Gareth s'agenouilla près de l'enfant en pleurs, ses mains rudes étonnamment douces tandis qu'il l'aidait à se relever, le confiant à l'un des gardes. « Donnez-lui les potions que nous portons », ordonna Gareth. Le garde acquiesça, attrapant immédiatement une petite fioce à sa ceinture — son liquide brillait faiblement d'une magie de guérison. Bientôt, il versa la potion dans la bouche du garçon, et les ecchymoses et les coupures commencèrent à se refermer.
Gareth se tourna à nouveau vers le noble, son aura basculant de l'inquiétude à une résolution de fer. « Les malfrats n'ont pas leur place ici, quel que soit leur titre ou leurs capacités magiques. Cette ville respecte l'aristocratie — la vraie aristocratie — ceux qui savent se comporter avec dignité. Pas comme des voyous sans loi. Je ne pense pas qu'il convienne à vos titres ni à votre rang d'agir comme vous le faites. »
Le visage de Radomir se tordit de rage, son self-control s'effritant à chaque mot de Gareth. Son mana flamba à nouveau, une vague de froid se répandant dans la rue pavée. La foule recula, sentant l'escalade, mais Gareth resta imperturbable, son regard inébranlable. La main du baron se crispa le long de son corps.
« Assez ! » La voix de Radomir trancha les chuchotements de la foule comme une lame. « Je vous provoque en duel, quel que soit votre nom. Ici, maintenant. Je prendrai votre tête et je l'apporterai à votre seigneur, je le ferai mettre à genoux et quémander pardon pour votre insolence. »
L'expression de Gareth ne varia guère, seule la plus légère ombre d'exaspération traversant ses traits. Il secoua lentement la tête, sa poigne se resserrant sur la garde de son épée. « Je m'appelle Gareth. Et pour votre information, mon seigneur n'est pas du genre à baisser la tête devant des gens comme vous, baron. Mais si vous tenez tant à vous battre... » Il soupira, dégainant son épée d'un mouvement fluide, l'acier poli captant la lumière de l'après-midi. « J'accepte votre défi. »
Ragnar se tenait en marge de la scène, sa capuche jetant une ombre sur son visage, cachant le tumulte intérieur. Il observait Gareth avec une admiration teintée d'effroi alors qu'il faisait face au Mage sans la moindre once d'hésitation. Son expression était calme, sa posture décontractée mais prête — un guerrier prêt à frapper à tout instant. C'était comme si affronter un Mage ne signifiait rien de plus qu'un léger désagrément, une tâche à accomplir.
Au fond de sa poitrine, une question rongea l'esprit de Ragnar. *Est-ce que je pourrais faire ça ? Rester inébranlable face à un Béni, sachant le pouvoir que les éléments confèrent ?* Il serra les poings sous sa cape, sentant les callosités de ses paumes. La réponse vint, amère, une vérité qu'il ne pouvait nier — non. La pensée était douloureuse, une petite blessure à son orgueil. Face à quelqu'un doté des pouvoirs d'un Mage, Ragnar serait dépassé, sa force aussi insignifiante qu'une vague contre une falaise.
Il grimça à cette réalisation, observant l'espace se dégager pour le duel. La foule, naguère masse chaotique, retenait désormais son souffle, l'air épais d'anticipation.
Gareth et Radomir prirent position, le mana du noble flamboyant plus intensément autour de lui tandis que l'épée de Gareth brillait d'une promesse de violence froide et précise. Le cœur de Ragnar battait la chamade dans sa poitrine alors que la tension atteignait son paroxysme, les deux hommes se préparant à s'affronter — et il savait que quoi qu'il advienne ensuite ne se terminerait pas pacifiquement.
Le rire du noble retentit, fort et moqueur, tandis que la foule se reculait en désordre, dégageant la rue. La peur parcourut les spectateurs, l'anticipation d'un échange magique les poussant à garder leurs distances. « Tu as du cran pour un garde, je te l'accorde », railla le noble, ses lèvres se retroussant en un rictus. « Mais aujourd'hui, ce cran sera répandu sur le pavé. »
L'expression de Gareth demeura aussi froide que l'acier dans sa main. « On verra bien. »
Les mains du noble exécutèrent des gestes complexes, le mana tourbillonnant autour de lui tandis qu'il commençait à tisser un sort. Un symbole d'eau scintilla dans l'air, et un jet d'eau à haute pression jaillit de sa paume, s'élançant vers Gareth comme un serpent.
*C'est un Mage de l'eau*, songea Ragnar tandis que son esprit disséquait les éléments de la structure du sort — le sort d'eau semblait tissé à la hâte, son flux de mana instable, pas comme les formations précises qu'il avait vues auparavant. Pourtant, même un sort grossier pouvait lancer un projectile mortel, de quoi faire basculer un combat en faveur d'un Mage.
Mais Gareth bougea avec une vitesse qui prit le noble au dépourvu. Il glissa à travers le jet comme une ombre, sans presque rompre son allure tandis que l'eau sifflait et éclaboussait le pavé derrière lui. Les yeux du noble s'écarquillèrent de stupeur, et il coupa le jet d'un geste sec, passant à une rafale d'éclats d'eau. Le mana crépita, formant des pointes cristallines qui fusèrent vers Gareth, s'écrasant sur les pavés juste devant lui.
Pourtant, Gareth ne se laissa pas démonter. Il vaulta par-dessus les débris glacés, roula et combla la distance en un flou. Pendant une fraction de seconde, Ragnar crut voir une lueur violette s'enrouler autour des jambes de Gareth — la trace d'un quelconque pouvoir — avant qu'elle ne s'évanouisse. L'Exécuteur fonça en avant, son épée décrivant un arc vers le noble avec une intention létale.
La désespérance traversa le visage de Radomir tandis qu'il dégainait sa lame, lalevant tout juste à temps pour parer. Mais même alors qu'il préparait un autre sort, les mouvements de Gareth étaient imprévisibles. D'un brusque retournement de tête, le noble vit son incantation brisée lorsque Gareth lui cracha au visage, une distraction grossière mais efficace.
Elle arracha quelques exclamations à la foule.
La structure du sort s'effondra, et le mana se dissipa dans les airs, laissant le noble exposé.
La lame de Gareth entailla l'épaule du noble avec un déchirement malade, tranchant tissu et chair. La belle robe se déchira, et une tache cramoisie s'étala sur le tissu tandis que Radomir hurlait de douleur. Il recula en titubant, se cramponnant à la blessure, mais Gareth n'en avait pas fini. Il saisit le noble par les cheveux, lui rabattit la tête et lui enfonça un genou dans le visage. Le sang gicla sur les pavés alors qu'il s'effondrait, haletant et se tordant.
Gareth planta un pied dans le dos de Radomir, le plaquant dans la boue. Sa voix était ferme, portée par la rue silencieuse.
« Le duel est terminé. Mais prenez ceci pour leçon — noble, Mage ou roturier, il y a des lois dans cette ville, et tout le monde les respectera. »
D'un geste envers ses collègues, Gareth recula tandis qu'ils empoignaient le noble déchu par les bras, l'entraînant vers leur quartier général. Le sang gouttait du nez de Radomir sur le pavé, et le Mage autrefois fier ressemblait désormais à peu près à un chien battu. « Nous le garderons jusqu'à ce que notre seigneur décide de son sort. »
Sur ces mots, aussi vite qu'elle s'était rassemblée, la foule se dispersa, les murmures s'évanouissant dans les ruelles et les venelles de Veralt. Ragnar resta planté sur place, les yeux fixés sur l'endroit où le noble avait été traîné, ressentant encore les retombées du combat bref et brutal auquel il venait d'assister. Il serra et desserra les poings, sentant la démangeaison de l'énergie non dépensée lui courir sous la peau.
Brugnar, à ses côtés, se tourna vers lui avec un sourcil levé. « Tu vois ça, gamin ? C'est pour ça qu'il faut rester discret, ne pas chercher les ennuis. On n'est pas les plus forts ici, loin de là. »
Le regard de Ragnar se déplaça tandis qu'il crachait sur le pavé. « Non, c'est pour ça que je veux être ici. Je veux rendre les Lombards plus forts. Notre tribu a besoin de plus que la seule force de nos bras. Je dois apprendre les coutumes de cette ville... trouver une voie vers le pouvoir qui ne se limite pas à brandir une épée. »
Brugnar croisa les bras, les yeux plissés. « Et comment comptes-tu faire ça ? Tu n'as pas l'autorisation de ton père pour prendre des décisions pour la tribu. »
La mâchoire de Ragnar se crispa, mais il ne recula pas. « Je sais, oncle. L'autorité de mon père me lie les mains, mais pas ma volonté. Je veux quand même entreprendre quelque chose, poser des fondations ici. » Il tourna la tête sur le côté, le vent agitant sa capuche tandis qu'il pesait ses mots suivants. Une tension raidissait ses épaules comme une corde tirée à l'extrême, prête à rompre.
« Et quelle est la première étape de ce grand plan ? »
Ragnar laissa échapper un long souffle, sa poitrine se soulevant légèrement. Il se frotta la nuque, cherchant la bonne réponse, la bonne direction. Ses pensées tourbillonnaient, retournant possibilités, stratégies et risques. Mais chaque chemin semblait commencer de la même façon, une réalisation humiliante prenant racine dans son esprit.
« Des excuses », dit-il enfin, le mot laissant un goût amer sur sa langue. Les sourcils de son oncle se haussèrent de surprise. « Pour l'arrogance dont notre peuple a fait preuve. Pour les fois où nous avons agi comme de simples bandits... si nous voulons faire partie de cette terre, nous devons commencer par l'admettre. »
Son oncle grogna, à moitié amusé, à moitié circonspect. « Hmph, pas vraiment le sentier de guerre que j'attendais de toi, gamin. Tu crois que des excuses leur feront nous voir différemment ? »
Les lèvres de Ragnar s'étirèrent en un demi-sourire, une lueur de malice dans les yeux. « Non. Mais ça me donnera l'occasion de leur montrer ce que les Lombards peuvent offrir au-delà de la lame. Et ça pourrait juste nous éviter d'être perçus comme une menace potentielle... pour l'instant. »
« T'as le feu en toi, Ragnar, je te l'accorde. Fais juste gaffe à ne pas te consumer avant d'avoir seulement eu la chance d'éclairer le chemin. »
Ragnar acquiesça, intégrant ces paroles sages, et leva les yeux vers le chemin qui menait au domaine d'Arzan.