J'ai vu une scène enflammée qui s'était gravée dans mon esprit.
C'était moi, il y a quatre ans. La personne que j'étais alors ne ressemblait pas à celle que je suis maintenant. J'étais plus comme l'actuelle Krul. Forte, directe et toujours en train de donner le meilleur de moi-même. J'étais une personne comme sortie d'un rêve.
J'avais aussi un maître. Il avait deux ans de plus que moi et de longs cheveux verts. Il était grand et portait toujours des lunettes parce qu'il ne pouvait pas s'empêcher de lire des livres dans le noir.
Moi, qui était née magicienne, avais été enseignée par lui et avais appris beaucoup de choses avec lui dans la bibliothèque du roi. Cette bibliothèque était ouverte au public et m'avait aidée à apprendre de nombreux nouveaux sorts. Mon maître m'avait appris les sorts plus avancés et m'avait montré à quel point c'était amusant.
Autrefois, avant de le rencontrer, je détestais la magie. Je détestais aussi énormément étudier. L'endroit où je suis née n'était pas trop loin de la capitale, donc quand mes parents m'ont ordonné d'aller apprendre, je n'avais pas le choix.
La magie a besoin de deux choses : la connaissance et le pouvoir de l'imagination. Si vous ne possédez pas la connaissance de la magie, vous ne pouvez pas l'utiliser. Si vous ne possédez pas l'imagination pour contrôler la magie et lui donner la forme que vous voulez, vous ne pouvez pas non plus la contrôler. Soit elle ne s'active pas, soit elle explose.
Tous les mages sont instruits pour stocker la connaissance et monter lentement en niveau afin d'acquérir assez de puissance magique pour l'utiliser.
Les dieux disent aux gens qui ont le pouvoir et qui n'ont pas le talent pour la magie. Ensuite, c'est aux parents de décider s'ils veulent cultiver ce talent ou non.
C'est l'équivalent d'être forcée de faire quelque chose que vos parents ont décidé pour vous, c'était le point de vue de Parna à l'époque.
« Les livres… est-ce que tu les détestes. »
La façon dont il m'a regardée en disant ça était pleine de dégoût et de ressentiment. C'était notre première rencontre.
« Qui… es-tu ? » (Parna)
« Je suis quelqu'un comme toi, une personne qui est forcée de devenir magicien. »
« D'accord… qu'est-ce que tu veux ? » (Parna)
« Si tu détestes les livres, tu devrais essayer de lire celui-ci. »
Il m'a tendu un livre, au final. Un garçon pas beaucoup plus âgé que moi me donnait un livre après m'avoir demandé si je détestais les livres. Quand je l'ai vu me tendre le livre, j'ai pensé « est-il fou ?! »
Mais après avoir vu le livre qu'il me donnait, j'ai changé d'avis. Le livre qu'il m'a donné n'était pas un livre de magie, mais un simple album sur un héros.
« C'est une bibliothèque, il y a d'autres livres que des livres de magie. »
« Non merci, reprends-le, ils vont se fâcher. » (Parna)
« Qui va se fâcher, tes parents ? Ils ne sont même pas là. »
Le garçon m'a montré un sourire qui disait qu'il avait gagné cet argument contre moi. J'ai ouvert l'album et après ça, je n'ai plus détesté la bibliothèque ni les livres autant.
Ce garçon était un génie. Il était clair qu'après l'avoir rencontré, j'ai été capable d'imaginer la forme magique plus que les autres enfants, et la compétence pour manipuler la puissance magique était aussi écrasante. Parna se souvient encore de sa phrase favorite : « Parce que c'est une perte de vivre dans une coquille, ferme-la et vis l'expérience de la vie. »
Ma compétence pour manipuler la magie et imaginer était authentique. La raison pour laquelle cela s'était produit était simplement parce que j'avais beaucoup de connaissances. Pas seulement des connaissances magiques, mais aussi des connaissances sur d'autres choses, donc j'étais capable de mieux comprendre l'environnement.
Et j'ai été attirée par le garçon qui m'avait aidée. Il me semblait l'avoir toujours suivi et après un certain temps, j'ai commencé à l'appeler maître. Les choses que j'ai apprises de lui étaient quelque chose que je n'aurais jamais pu apprendre de la bibliothèque seule.
Mon maître était une personne très curieuse et essayait d'apprendre le plus possible. J'ai aussi essayé de l'aider beaucoup pendant ce temps.
Sa soif de connaissance était un point fort, mais cette soif est vite devenue une obsession et a commencé à affecter son jugement.
La soif de connaissance de mon maître l'a éventuellement mené à étudier les démons. S'il s'était contenté de faire des recherches, ça aurait été bien, mais il en voulait plus, il voulait un corps à étudier, le corps d'un démon.
Si c'avait été seulement de la recherche, il aurait pu juste en enlever un, puis l'utiliser pour étudier. Mais mon maître était gentil et n'aurait pas commis un acte aussi brutal.
Mon maître ne haïssait pas les démons, en fait il était aussi comme Kagami, il croyait en l'existence conjointe des deux races et en leur entraide.
« Si les deux races s'entraident et vivent ensemble, ce monde sera bien mieux. »
C'était ce qu'il disait toujours. J'ai toujours essayé de l'empêcher de penser à ça, mais il n'a jamais cédé et a toujours avancé.
J'avais aussi des attentes envers lui, s'il réussissait, on n'aurait plus à se battre.
Mais après ce qui est arrivé, je me surprends à penser à quel point j'étais naïve.
« Tu es maintenant inutile, disparais… »
C'était juste après que le démon a dit ces mots qu'un grand trou s'est ouvert dans son ventre, le ventre de mon maître.