« Ne crois pas les mensonges de cette ordure. Il y a une minute à peine, il balançait son mana comme un dément. »
« Ah bon ? »
« Il ne joue les faibles que devant toi. À l'intérieur, c'est tout autre chose. »
Ixion a soupiré. « Ares, tu peux parler. »
« C'est un peu méchant. »
Les yeux légèrement tombants d'Ares se sont plissés en un sourire nonchalant.
Son visage, où pointaient les premiers signes de l'adolescence, était beau comme les fleurs du printemps.
« ......Le vrai Ares sait exactement comment se servir de son visage. »
Ares a souri à mon compliment.
« Pour ma sœur, je suis un métis de l'Empire et du Royaume Céleste... un mélange déroutant, je sais. »
« ...... »
Tu ne peux pas laisser tomber, à la fin ?
─────
Après ce petit numéro, nous sommes tous montés au bureau de papa.
Il faisait une pause, une tasse de thé à la main.
« Papa ! »
« Lulu. »
Papa m'a cueillie au vol, m'a installée sur ses genoux, puis a jeté un œil à ses fils.
« Vous n'êtes pas occupés, vous ? Toujours à traîner derrière votre sœur. »
« Si vous êtes jaloux, dites-le. »
« Il va peut-être falloir que je vous confie quelques affaires de plus, alors. »
Quoi ?
« Non merci. Je suis bien trop occupé à protéger cette fleur fragile. »
« J'ai déjà à peine le temps d'être avec ma sœur, alors ajouter du travail, il n'en est pas question. »
« Je dois me concentrer sur la stabilisation de mon mana. Je croule déjà sous le travail. »
« C'est toi le plus fainéant. Tu expédies ton travail à la vitesse de l'éclair et tu cours retrouver Lulu dès que tu es libre. »
« J'ai fini mon travail, où est le problème ? Et si je ne le finis pas, ma sœur me gronde, donc je n'ai pas le choix. »
« Le problème, c'est que ma fille ne peut pas venir me voir à cause de vous. »
'Aïe aïe aïe.'
J'ai renoncé à y comprendre quoi que ce soit et j'ai regardé les quatre se chamailler.
D'ordinaire, les gens sauteraient sur l'occasion d'hériter d'affaires, mais eux les refusaient pour... ces raisons-là.
'Bon, ils finiront bien par s'arranger.'
J'ai tiré sur le bras de papa.
« Papa, je veux aller à la capitale. »
« Pourquoi la capitale ? »
« Je veux participer au Festival de l'Aube. »
Papa s'est interrompu, songeur.
« Le Festival de l'Aube, hein... C'est vrai qu'il y avait ça. »
Mon père est sans doute la seule personne au monde capable de parler d'une compétition suivie par l'Empire entier comme si de rien n'était.
« Notre famille n'a plus la moindre activité diplomatique depuis bien trop longtemps. Puisque le Festival de l'Aube a lieu cette année, c'est une bonne occasion de revenir dans le paysage mondain. »
Le duché de Paeraton s'était isolé de plus en plus.
Cela fait dix ans que la duchesse est morte.
Comme le disait la fenêtre de quête, isoler quelqu'un qui détient un grand pouvoir ne fait que nourrir les rancunes et les ennemis.
Il est temps de briser cet isolement, mais sans maîtresse de maison pour ouvrir la voie, il m'est difficile de me diriger seule dans le monde de la capitale.
C'est pour cela que j'envisageais tout à l'heure d'aller à cette petite réunion.
'Ce serait mieux d'avoir une chaperonne pour ouvrir en grand les vannes des relations, mais...'
Le visage de l'Impératrice, quand elle m'a proposé d'être ma chaperonne, m'est revenu.
'Mais ça, c'est en suspens pour l'instant.'
Le mieux serait d'évaluer de mes propres yeux les rapports de force au palais impérial avant de décider quoi que ce soit.
Tout bien considéré, le Festival de l'Aube, où les demoiselles se rassemblent pour rivaliser et coopérer, est parfait.
'C'est là qu'il est le plus facile de nouer des liens, et ce serait encore mieux si je gagnais.'
« Lulu, tu n'as pas à te sacrifier pour la famille. »
Papa m'a tapoté la tête.
« Tu peux vivre exactement comme tu l'entends. »
« Hein ? Mais non ! Ce n'est pas seulement pour la famille, j'ai vraiment envie de participer ! »
Papa a plissé les yeux et m'a étudiée.
Il semblait que la vie mondaine soit en elle-même une source de stress majeure pour papa et mes frères, qui n'aiment généralement pas se trouver au milieu des gens.
« Vraiment ? »
« Oui ! Ça a l'air amusant. »
« Bien. Si ça te paraît amusant, c'est tout ce qui compte. »
Les lèvres de papa se sont incurvées en un sourire doux.
[Quête 〈Mézigue entre en scène ! (1)〉 accomplie.]
[Un ticket de gacha à 2 000 cash vous est décerné en récompense.]
[Votre influence au sein de l'Empire augmente légèrement.]
[Une nouvelle quête est arrivée.]
〈Mézigue entre en scène ! (2)〉
Chère lectrice !
Vous n'allez pas vous contenter de participer en vous disant « Ah ! J'ai fait de beaux souvenirs ! », tout de même ?
Quand l'héroïne tire l'épée, elle doit vaincre !
Une lectrice de romance fantasy ne connaît pas la défaite !
Une lectrice de romance fantasy réclame la victoire !
Vous qui devez préparer l'avenir, vous devez être au centre du monde !
Passez les éliminatoires comme une lettre à la poste !
- Condition : passer les éliminatoires du 〈Festival de l'Aube〉
- Récompense : ticket de gacha à 5 000 cash, progression de la quête liée 〈???〉, influence accrue au sein de l'Empire
'De toute façon, si je participe, c'est pour gagner.'
Les nombreux privilèges dont jouit le vainqueur du Festival de l'Aube seront certainement d'une grande aide, pour moi comme pour la famille Paeraton.
[Quête acceptée.]
« Si le bruit court que participe au Festival de l'Aube, tout le monde ne va parler que de ça. »
« Les cinq ans de ma sœur font encore jaser. »
Je n'ai plus invité d'extérieurs à mon anniversaire depuis mes cinq ans.
Mes relations se limitent pour l'essentiel à Paeraton, alors fêter ça en famille suffisait bien.
C'est peut-être pour cette raison que les gens ramènent encore souvent mon anniversaire sur le tapis quand ils parlent de Paeraton.
C'était l'une des rares occasions de voir toute notre famille réunie.
« Le monde n'est pas si amusant. Si tu t'ennuies, tu n'as qu'à rester avec moi. »
« Zeon détestait ça par-dessus tout. Mais moi, je suis tout excitée ! »
« Excitée ? »
« Oui ! Il y aura plein de monde, non ? L'amiral du Sud, chaleureux et fringant, et le plus jeune Maître d'épée, magnifique ! »
« Hein ? »
« Le pape avec sa lumière sacrée, et le prince, froid mais un peu piquant ! »
« ......Quoi ? »
« Et la belle Sainte qui fait des miracles ! »
J'ai regardé autour de moi le cœur battant, mais la réaction n'était pas bonne.
« L'amiral du Sud, le plus jeune Maître d'épée, le pape, le prince...... »
Papa a murmuré avec un sourire glaçant, et sa voix avait quelque chose de sinistre.
« Papa ? »
« Ma fille dit que ce sera amusant, donc elle participera au Festival de l'Aube. Mais avant cela... »
« Il faut faire le ménage. »
« Je ne peux pas laisser ma sœur dans un environnement sale. »
« Il y avait de toute façon un tas de choses agaçantes, alors ça tombe bien. »
Hein ?
« Moi aussi, je vais à la capitale. »
Papa m'a donné un petit coup sur la joue en le disant.
« V- ? Vous détestez la capitale ! J'ai essayé de vous convaincre je ne sais combien de fois, et vous ne vouliez même pas y songer ! »
, debout derrière lui, regardait papa avec des yeux ronds.
« Ce n'est pas évident ? Ma fille y va, alors comment pourrais-je ne pas y aller ? »
« ......C'est vraiment une bonne chose et un soulagement, mais pourquoi est-ce que je me sens si mal à l'aise ? »
a dit , le visage blême.
« Bien entendu, je dois être auprès de ma sœur où qu'elle aille. »
« Il est grand temps que j'aille jeter un œil à la capitale, moi aussi. »
« Je ne peux pas vivre sans ma sœur. »
« On n'a pas vraiment besoin de vous. »
« Ha, tu essaies de monopoliser la Boule de Coton en profitant de l'occasion ? »
Ixion a montré les dents.
Papa a balayé ses trois fils du regard et a laissé échapper un léger soupir.
« Ce n'est pas comme si vous alliez vous abstenir parce que je vous l'interdis. Plus il y a de... personnel de sécurité, mieux c'est. »
J'ai jeté un œil au baron .
La sueur lui coulait maintenant sur le visage.
Moi aussi, j'étais un peu inquiète.
« ......Ce ménage, ça ne veut pas dire... faire le ménage parmi les gens, si ? »
« Bien sûr que non, ma sœur. »
Ares a souri doucement, rayonnant d'un éclat plus éblouissant que jamais.
On aurait dit un pur-sang du Royaume Céleste, et pas un métis.
Mais pourquoi est-ce que ce visage-là me met encore plus mal à l'aise ?!
« Promettez-moi. »
J'ai tendu mon auriculaire.
« Ne causez pas d'ennuis à la capitale. »
« Cela va de soi. »
« Quels ennuis on causerait ? On n'est plus des gamins. »
'Ixion est encore un gamin......'
J'ai gardé la remarque pour moi.
Ixion a reniflé, mais il a docilement accroché son auriculaire au mien.
Après avoir tamponné, photocopié et signé [un petit rituel enfantin pour sceller une promesse], je me suis sentie rassurée.
'Parfait.'
Ils ne sont pas complètement dignes de confiance, mais ce ne sont pas des gens à rompre une promesse.
C'est ainsi que le voyage de toute la famille à la capitale a été décidé.
Partie 21. Les ennemis se retrouvent sur un pont d'une seule planche
L'hôtel des Paeraton à la capitale.
Papa venait à la capitale de temps en temps, mais pour moi, c'était la première fois depuis des années.
L'imposante et majestueuse demeure était exactement telle que dans mon souvenir.
Mais, contrairement à l'époque où elle m'intimidait, j'ai pris la main de papa et j'ai sauté de la voiture avec assurance.
La dernière fois que je l'avais vue, c'était un paysage d'hiver ; maintenant, les fleurs de printemps s'épanouissaient et les jeunes feuilles vertes sortaient.
« Je ne suis jamais venue ici qu'avec papa, alors ça fait bizarre d'avoir tous mes frères ici aussi. »
« Ça me fait bizarre à moi aussi. Avec toi ici, cet endroit a même l'air... agréable. »
Zeon a souri faiblement.
J'étais inquiète à l'idée de venir à la capitale, mais on aurait dit qu'avoir du monde autour de lui le gênait moins qu'il ne le croyait.
'Quel soulagement.'
« Bon retour, . Soyez les bienvenus, jeunes maîtres, mademoiselle. »
Les employés alignés se sont inclinés d'un même mouvement.
« Ça faisait longtemps, ! »
, l'intendant en chef de l'hôtel de la capitale, m'a adressé un sourire plein de douceur.
« Je suis très heureux de vous revoir, mademoiselle. Vous avez tellement grandi. Cela me rend heureux et un peu triste à la fois. »
« Où est ma chambre ? »
« Au même endroit qu'avant. Nous avons refait la décoration intérieure selon vos goûts. »
« Vraiment ? Il faut que je voie ça ! »
J'ai grimpé l'escalier en vitesse.
Ils disent qu'ils ont tenu compte de mes goûts, alors comment est-ce qu'ils l'ont décorée ?
À l'époque, il n'y avait que des meubles durs et inconfortables.
Ils n'étaient même pas à ma taille, il fallait que je grimpe sur le lit.
J'ai ouvert la porte, le cœur battant.
Et là.
« ......C'est vraiment mon goût, ça ? »
Une chambre de princesse à froufrous, complètement outrancière, s'étalait devant mes yeux.
'Pourquoi est-ce qu'il y a une chaise coquillage ?'
« Cela vous plaît ? a mentionné que vous aimiez particulièrement les chaises coquillage. »
Non, ça, ce n'est pas mon goût, c'est celui de papa.
« Donc les chaises, le lit et les coussins sont tous des coquillages ? »
« Oui ! »
Je n'ai pas eu le cœur à dire quoi que ce soit en voyant le sourire fier de .
« ......Merci, . J'aime beaucoup. Ça a dû être difficile de trouver tout ça...... »
« Tout le plaisir est pour moi. »
a souri et a quitté la chambre.
J'ai décidé de prendre d'abord un bain.
Et à l'instant où je suis entrée dans la salle de bains, je me suis arrêtée net une fois de plus.
Même la baignoire est en forme de coquillage !
À ce rythme, je vais me transformer en Petite Sirène !
─────
Cela fait deux jours que je suis arrivée à la capitale.
J'ai ouvert la lettre qu'avait apportée Hermes Jjak.
C'était une lettre d'Echen, le chef du Corps Mercenaire Echesis.
Hermes Jjak est un esprit, il peut donc dissimuler entièrement sa présence, ce qui en fait le messager parfait pour échanger des lettres en toute discrétion.
J'ai partagé quelques biscuits avec Hermes Jjak et j'ai lu la lettre.
'Il a déjà obtenu toutes les fleurs de Shyren ? Il est d'une efficacité redoutable.'
Il était bien plus capable que je ne l'avais prévu.
Je me demandais comment il avait pu se déplacer aussi vite sans le moindre accrochage avec la bête spirituelle Aktrakerken.
J'ai réfléchi un moment à la dernière ligne, « Quand pouvons-nous nous voir ? », puis j'ai écrit ma réponse.
J'ai gratté doucement le collier de Hermes Jjak et je l'ai renvoyé avec la lettre.
À cet instant, la porte s'est ouverte à la volée.
« Boule de Coton, on sort. »
« Ixion, je t'ai dit de frapper. »
« Moi, ça ne me dérange pas. Il paraît que la tarte aux pommes de la rue Ricatel est extraordinaire. Tu aimes ce genre de chose, non ? »
« De la tarte aux pommes ? »
C'était plutôt tentant.
Notre pâtissier est excellent, mais je suis toujours curieuse de découvrir de nouvelles adresses.
« Dépêchons-nous, avant que les autres s'en aperçoivent. »
Ixion a inspecté les alentours comme quelqu'un en mission secrète (il a même utilisé son mana pour masquer sa présence), puis il s'est glissé hors de l'hôtel.
« Waouh......! »
Les rues fastueuses, les bâtiments anciens, la foule animée.
Et la tarte aux pommes était vraiment fantastique.
« Je comprends pourquoi elle est si célèbre ! »
Ixion a ri de me voir parler les joues bourrées de tarte aux pommes.
« Content que ça te plaise. »
« On fait quoi, maintenant ? »
« Puisqu'on est là, on passe chez ? Elle a une maison de couture dans cette rue. »
J'ai écarquillé les yeux devant la proposition d'Ixion.
Ce n'est pas qu'Ixion déteste particulièrement , mais il ne va certainement pas la chercher.
« D'accord, super ! »
De toute façon, j'étais partante.
─────
« Kyaa ! Princesse ! »
m'a serrée fort dans ses bras et a frotté sa joue contre la mienne dès qu'elle m'a vue.
« Je suis honorée, honorée, honorée que vous soyez venue me voir ! »
« Oui, oui...... Mais on ne s'est pas vues le mois dernier ? »
« Ça ne suffit pas ! Et c'est la première fois que vous venez dans ma maison de couture ! Je mets tout mon cœur et toute mon âme à vous faire la robe parfaite pour le Festival de l'Aube. »
« Merci. »
« Vous auriez dû me dire plus tôt que vous alliez participer ! »
m'a relâchée et a échangé un rapide coup d'œil avec Ixion.
« Cela vous ennuie d'attendre un instant, princesse ? J'allais justement faire quelques retouches aux vêtements d'Ixion. »
« D'accord, j'ai compris. Je vais feuilleter le catalogue. »
J'ai hoché docilement la tête et je me suis installée dans un fauteuil.
J'ai passé un moment à savourer du lait et des biscuits.
« Pourquoi refusez-vous ?! »
Une voix jeune a retenti, aiguë et impérieuse.
« Il y a ici une robe qui me va absolument à la perfection ! Je veux cette robe ! »
« Je suis désolée, mademoiselle. Cette robe est déjà réservée...... »
« est vraiment si importante que ça ? Elle prétend qu'elle ne vend pas de vêtements aux jeunes filles, mais elle en fabrique en cachette ! Vous osez me tromper ? »
« Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire. »
'Qu'est-ce qui se passe ?'
Piquée par la curiosité, je me suis approchée discrètement de l'origine du tapage.
Une petite fille aux cheveux roux bouclés sermonnait les employées.
Et à côté d'elle......
' ?!'
Une jeune fille aux cheveux blonds étincelants et au visage d'ange souriait d'un air gêné.