De retour dans la chambre, la présidente du comité d'armure, cette fois sans son armure, m'a suivi, alors je l'ai fait asseoir à côté de moi pour discuter. Le fait qu'elle soit sur le lit n'a pas de sens profond. Enfin, peut-être un sens très superficiel, mais c'est une discussion.
Comme elle ne parle pas encore bien, on en profite pour faire de la rééducation en parlant de tout et de rien. On ne sait encore presque rien l'un de l'autre, mais pas besoin de se presser. Elle a enfin pu sortir dans un lieu lumineux, un endroit plein de gens.
Alors elle a sûrement envie de papoter aussi. C'est pour ça qu'on discute, comme entraînement. Pour l'instant, la conversation se fait encore par hochements de tête et « hm hm » pour oui, secouements de tête pour non, mais elle arrive peu à peu à sortir des mots : « … oui », « … co, compris », lentement, par bribes. À chaque fois que je lui caresse la tête, elle a l'air contente, alors je ferais mieux de me retenir de caresser ailleurs. Elle est enfin heureuse d'être dans un endroit clair, assombrir la pièce serait maladroit, non ? Moi aussi je fais des efforts, hein ? Je me retiens vraiment, vraiment fort.
Le tout premier sujet qu'on a abordé, c'est l'avenir. Plus précisément, le « contrat de servitude ».
Elle n'est plus un monstre. C'est absurde qu'un humain soit asservi par un autre, donc le contrat doit être rompu. C'est anormal d'être lié par une compétence de servitude de monstres… Laisse tomber le cas des salopes, elles ne comptent pas comme humaines, c'est sûr. La compétence les a dû juger comme monstres, vu comme elles font peur. Enfin, de toute façon, je ne peux pas l'enlever ? Apparemment, le maître ne peut pas le résilier unilatéralement.
Je lui ai expliqué que désormais le contrat pouvait être rompu, qu'elle était libre, qu'elle pouvait faire ce qu'elle voulait, aller où elle voulait, revenir où elle voulait, tout ce qu'elle n'avait pas pu faire jusqu'ici. Je lui ai dit que comme elle était libre de tout faire, je l'aiderais pour n'importe quoi, avec ou sans contrat. Je lui ai bien expliqué, mais elle a les yeux pleins de larmes et elle secoue la tête ? En me regardant droit dans les yeux, elle répète désespérément « non, c'est, pas ».
Je me suis dit qu'elle n'avait pas compris, alors j'ai réexpliqué plusieurs fois, mais elle continue de refuser ? Elle a l'air sur le point de pleurer pour de bon, donc j'ai demandé : « Alors on laisse comme ça jusqu'à ce que tu dises de l'enlever ? » Là, elle a enfin souri et a fait oui de la tête.
Elle a été seule tout ce temps. Dans ce monde non plus, il n'y a plus personne qu'elle connaisse. Alors même si ce lien pourri s'appelle « servitude », elle a peut-être peur de ne plus être connectée à qui que ce soit.
Bon, tant pis, on laisse comme ça encore un peu. Pour mon niveau d'affection, c'est peut-être pas terrible, mais peu importe. J'ai l'impression que mon affection ne peut plus baisser pour un oui ou pour un non, vu qu'il n'y a plus de fond, ça devrait aller. Enfin, est-ce que c'est vraiment okay, ça ?
Ensuite, pourquoi elle a arrêté d'être Squelette ? Enfin, est-ce qu'on peut arrêter d'être Squelette ? Est-ce qu'on redevient humain en arrêtant ? Mais la présidente a un palmarès brillant : elle a déjà quitté l'Empereur du Labyrinthe, quitté Liche, quitté Dullahan, et même quitté No Life King. C'est une fuyarde, une vraie fuyarde. Même Squelette, elle peut le claquer sans problème.
Avec des mots hésitants et des gestes, elle m'a raconté petit à petit ce qui s'était passé, comment les choses avaient tourné.
Et là, tout s'est éclairci : cause, raison, coupable. Tous les mystères sont résolus, la preuve est faite, le chaînon manquant et la dernière pièce du puzzle sont tombés, tout est entièrement élucidé ! La cause, la raison, le coupable, c'était moi ! Pourquoi !?
Évidemment, quand on meurt, on ne revient pas à la vie, et même en tant que mort-vivant, il ne reste que l'âme, qui est maudite, donc impossible de ressusciter. Ressusciter, c'est impossible, m'a-t-elle dit.
À la base, un Squelette, c'est des os recouverts d'âme et de puissance magique qui font bouger le squelette. Comme je lui ai mis « l'Armure d'Argent Pur "Annulation Totale" "Renforcement Total" "Compétence Gardienne" ? ? ? "Malédiction Fusion Chair et Sang" », l'armure, l'âme et la partie chair et sang de la puissance magique ont fusionné en un tout. Là, je lui ai donné « le Bracelet de Bénédiction "Malédiction, Calamité Sublimée (Port Unique)" », du coup la malédiction et la calamité ont été sublimées et le corps est revenu. Elle était morte, mais squelette, âme et corps étaient réunis. Dans cet état, quelqu'un lui a filé « l'Orbe de Nécromancie "Gouverne Vie et Mort" "Mort Instantanée" "Résistance Mort Instantanée" », évidemment, si on gouverne la vie et la mort dans cet état, elle ressuscite ! Y'avait plus aucune raison qu'elle ne revive pas ! C'est qui ce type ? En plus, il lui a même donné « l'Anneau de Procession "Renforcement Chance (Grand)" "Appelle le Bonheur, Repousse la Malchance" ». Avec ça, c'est sûr qu'elle revive, sans aucun doute, ce type est le coupable. Oui, c'était moi !?
On dirait que tous les objets sauf l'épée maudite et le manteau se sont ligués pour faire un miracle. C'est pour ça qu'ils m'aident par gratitude. Mais ce n'est ni de ma faute, ni un hasard. Le miracle, c'est que des objets aussi spéciaux et rares se trouvent tous dans ce labyrinthe. C'est donc une nécessité. Je n'ai rien fait de spécial, tout ça était là pour Angélica-san, qui attendait depuis toujours. Des trésors secrets introuvables même en cherchant le monde entier, tous rassemblés dans un seul labyrinthe. Alors c'est une nécessité.
Quand j'ai dit ça, elle a pleuré. Mais un tel hasard n'existe pas. S'il n'existe pas, c'est une nécessité. Alors elle n'aurait pas dû mourir toute seule, triste, dans un endroit pareil.
Elle a pleuré longtemps. Sûrement parce que jusqu'ici, peu importe à quel point c'était dur, douloureux, pénible, vide, solitaire, triste, elle n'avait jamais pu pleurer. Elle n'avait jamais pu verser de larmes, n'avait même personne sur qui s'appuyer. Alors elle a beaucoup pleuré. Comme pour évacuer toute la tristesse accumulée. Maintenant qu'elle peut enfin pleurer quand elle veut, qu'elle pleure à fond.
Après ça, comme la présidente voulait m'entendre, je lui ai raconté mon histoire, notre histoire.
Qu'on vient d'un monde complètement différent.
La pièce blanche et le vieux.
L'histoire des compétences pourries de rebut.
La vie seul dans la grotte.
Le premier combat.
L'histoire de ne manger que des champignons.
Les otakus et les gobelins qui faisaient du bruit et étaient relous.
Quand j'ai commencé à me battre au bâton.
La rencontre avec les filles, la vie sous la tente.
Errer dans la forêt à chercher une ville.
Trouver la ville, y vivre.
La danse du piétinement qui est à la mode chez les nobles.
À quel point les idiots sont idiots, des histoires d'idiots.
Et l'histoire de ne pas mourir, l'histoire qui mène à la mort.
Puis l'histoire du labyrinthe, de la chute, de la rencontre, de tout le monde, tout, j'ai tout raconté.
En le racontant, tout me semble incroyablement lointain. Pourtant, ça fait à peine un mois et demi, mais on dirait que c'est déjà de l'histoire ancienne.
Quand j'ai parlé de Comment-va-tu, elle était furieuse, elle pleurait en étant en colère. En y repensant, quand je suis revenu, les filles pleuraient aussi en hurlant. J'ai l'impression de me faire toujours engueuler ?
Mais maintenant tout le monde sourit, et on est une personne de plus, alors c'est bon, non ? En plus, c'est pas de ma faute, si ?
La nuit s'est avancée, on a fini par être épuisés de parler, d'écouter… on a fait ce qu'on avait à faire et on s'est endormis, à en crever. Enfin, quoi ? On est des lycéens, hein ? C'est pas notre faute, si ?