Quoi qu'il en soit, Roel éprouvait une légère excitation à l'idée de mettre sur le terrain ce qu'il avait appris. Il avait suivi des cours de stratégie militaire à l'Académie Sainte-Freya, et les souvenirs de sa vie antérieure lui offraient quelques aperçus exclusifs sur l'art de la guerre, inexistants à l'époque actuelle. Comme tout réincarné, il était curieux de voir comment des stratégies modernes se comporteraient dans ce monde.
Bien sûr, il ne suffisait pas de se jeter sur le champ de bataille avec pour seul bagage sa fougue. Roel en avait pleinement conscience, et le Système semblait du même avis.
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[Intuition du Dieu de la Guerre · La rumeur veut que les bénis du Dieu de la Guerre possèdent une acuité surnaturelle quant au cours des batailles. Effet : L'utilisateur pourra percevoir l'hostilité accumulée par une vaste armée ennemie au moral élevé comme si une lame était pointée droit sur son cœur. Prix : 150 000 pièces d'or 75 000 pièces d'or]
[Autorité du Dieu de la Guerre · La rumeur veut que les bénis du Dieu de la Guerre imposent une présence intimidante sur le champ de bataille. Effet : Quiconque osera manquer de respect à l'utilisateur sur le champ de bataille subira la pression du Dieu de la Guerre. Nul n'osera saper vos ordres, si irrationnels soient-ils. Prix : 200 000 pièces d'or 100 000 pièces d'or]
[Solennité du Dieu de la Guerre · La rumeur veut que les bénis du Dieu de la Guerre maîtrisent un calme absolu sur le champ de bataille. Effet : L'utilisateur sera forcé de garder son sang-froid juste avant de prendre toute décision importante sur le champ de bataille, lui permettant d'affronter tout défi avec un esprit logique. Prix : 150 000 pièces d'or 75 000 pièces d'or]
[Note : Vous ne pouvez posséder qu'une seule des compétences « Dieu de la Guerre ». Les autres seront automatiquement retirées de la Boutique de Pièces d'Or dès l'acquisition de l'une d'elles.]
« … »
Tel fut le soutien offert par le Système dès l'instant où Roel décida de fouler le champ de bataille. Les compétences « Dieu de la Guerre » prenaient la forme de bénédictions permanentes, ce qui expliquait leur présence dans la Boutique de Pièces d'Or. D'autres options existaient, mais ces trois-là retenaient le plus son attention.
Inutile de dire qu'aucun appui n'était plus fiable que la bénédiction du Dieu de la Guerre quand on s'engageait au combat. Toutes trois semblaient utiles au vu de leur description. Dommage qu'il ne pût en choisir qu'une.
Roel se montra particulièrement circonspect face à ce choix. Son instinct lui soufflait qu'il s'agissait d'une décision susceptible d'influer sur son avenir ; aussi analysa-t-il longuement les avantages et inconvénients de chaque bénédiction au lieu de se décider sur-le-champ.
D'un coup d'œil, le nom « Intuition du Dieu de la Guerre » évoquait une compétence de survie. Sa description allait dans ce sens. Il n'y avait généralement que deux situations où l'on croisait un grand nombre de troupes hostiles au moral au beau fixe : tomber sur le corps principal de l'ennemi, ou la veille d'une embuscade.
Pouvoir détecter à l'avance les attaques adverses était indubitablement une capacité triche sur le champ de bataille. Non seulement il devenait extrêmement difficile pour l'ennemi de les prendre au dépourvu, mais ils pouvaient aussi exploiter l'information ainsi obtenue pour retourner la situation contre lui.
La guerre, après tout, se résumait à un jeu de mobilisation des ressources.
Les effets de la deuxième bénédiction, « Autorité du Dieu de la Guerre », étaient plus directs. En résumé, elle lui permettait d'établir inconditionnellement une autorité quasi absolue sur n'importe quelles troupes. C'était sans doute la capacité la plus utile pour lui à l'heure actuelle.
Le niveau d'autorité qu'un commandant exerçait sur le champ de bataille était habituellement proportionnel à son influence et au nombre d'hommes placés directement sous ses ordres. Il aurait été naïf de la part de Roel d'espérer que d'autres se soumettent magiquement à son commandement, eu égard à son jeune âge et à son absence de références militaires.
Mais « Autorité du Dieu de la Guerre » rendait cette magie possible.
Par ailleurs, la présence d'un général faisant autorité faisait chuter le moral des troupes ennemies. Imaginez la pression pure de devoir affronter un général ennemi réputé, invaincu dans toutes ses guerres précédentes ! Le déclin du moral pouvait aisément faire basculer l'issue de la bataille.
Ces deux aspects suffisaient à mesurer la puissance de « l'Autorité du Dieu de la Guerre », ce qui expliquait sans doute qu'elle fût la plus onéreuse des trois.
Venaient enfin la « Solennité du Dieu de la Guerre ». À première vue, son efficacité paraissait limitée, se bornant à permettre de garder son calme pour prendre des décisions rationnelles ; pourtant, qui lisait attentivement entre les lignes réalisait bien vite qu'une clause cachée en faisait une compétence d'une puissance extrême.
Sa condition de déclenchement — « avant de prendre toute décision importante sur le champ de bataille » — signifiait que Roel pouvait évaluer l'importance d'une décision par le simple fait que la compétence s'activait ou non.
Sous cet angle, la « Solennité du Dieu de la Guerre » valait presque un sort de divination.
Le champ de bataille était souvent chaotique, une multitude d'événements s'y produisant simultanément. Un commandant devait prendre d'innombrables décisions, du détail mineur au déploiement stratégique majeur, ce qui rendait impossible une réflexion exhaustive. En conséquence, les décisions les plus lourdes de conséquences finissaient souvent par être prises de façon subconsciente.
Une capacité qui lui permettait de trier les décisions critiques pour les examiner à tête reposée relevait pratiquement de la triche.
Roel aurait voulu les trois compétences, mais la réalité — alias le Système — ne se montra pas assez clémente pour exaucer son vœu. Cela dit, s'il avait été possible de bénéficier des trois bénédictions à la fois, leur détenteur serait devenu une existence comparable à l'incarnation même du Dieu de la Guerre.
Après avoir longtemps hésité entre les trois options, Roel finit par serrer les dents et trancher.
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« Oui. »
[Paiement effectué.] [Vous avez obtenu la compétence « Intuition du Dieu de la Guerre ».]
Dès que Roel confirma son choix, une chaleur inexplicable traversa son corps pour s'évanouir l'instant d'après. Dans le même temps, les autres compétences « Dieu de la Guerre » passèrent en grisé invalide.
Il poussa un soupir de soulagement une fois l'opération terminée et se convainquit en silence qu'il avait fait le bon choix.
La raison pour laquelle Roel avait opté pour l'« Intuition du Dieu de la Guerre » n'était pas qu'elle fût supérieure aux deux autres. Il jugea simplement qu'elle correspondait mieux à sa situation présente — ou plutôt, qu'elle n'entraînerait pas de conséquences trop négatives.
Pour puissante qu fût l'« Autorité du Dieu de la Guerre », elle présentait des inconvénients clairs. D'une part, sa prédominance dans l'armée pouvait susciter de l'inimitié chez les vétérans, officiers et soldats, simplement personne n'oserait la manifester ouvertement du fait de l'intimidation inhérente à la compétence. Mais plus grave encore : nul n'oserait contester ses ordres, même s'il commettait une erreur de jugement.
En définitive, Roel manquait d'expérience pratique de commandement sur le terrain, malgré sa compréhension théorique approfondie de la guerre. Il n'était pas assez présomptueux pour croire que son jugement valait forcément mieux que celui des commandants aguerris.
Quant à la « Solennité du Dieu de la Guerre », elle était utile pour identifier les décisions lourdes de conséquences, mais pouvait engendrer de l'hésitation. Après tout, qui pourrait prendre une décision avec assurance dès l'instant où il sait qu'elle a de lourdes implications ?
L'hésitation se paye cher sur un champ de bataille. Souvent, la fenêtre d'opportunité est étroite, et l'hésitation peut aisément la faire manquer, même si la « décision correcte » est in fine prise.
En revanche, l'« Intuition du Dieu de la Guerre » se contentait d'aiguiser sa vigilance face à la présence ennemie, sans effets secondaires apparents. Ses critères d'activation étaient en revanche stricts : il fallait un grand nombre de troupes ennemies au moral élevé. Il lui faudrait tester le seuil précis d'effectifs et de moral requis.
Quoi qu'il en soit, il était plutôt satisfait de sa nouvelle compétence.
75 000 pièces d'or constituaient une somme exorbitante, mais il put la débourser grâce à la récompense que Nora lui avait accordée pour sa contribution à la Frontière Orientale, ainsi que l'argent prélevé au Manoir du Labyrinthe.
Pourtant, Roel ne resta riche que quelques jours avant d'être ramené à la poussière. De quoi le faire soupçonner que le Système surveillait de près sa fortune et faisait tout pour qu'il reste pauvre.
Heureusement, les articles de la Boutique d'Échange de Points d'Affection ne coûtaient aucune pièce d'or.
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Roel examina plusieurs articles de la Boutique d'Échange de Points d'Affection, mais jeta finalement son dévolu sur le produit alchimique de l'antique royaume de Karon. L'efficacité du renseignement était un facteur déterminant de l'issue d'une bataille, qu'il s'agisse de localiser ses alliés ou ses ennemis. Disposer d'une paire d'yeux invisibles surplombant le champ de bataille serait un atout majeur.
Avec cette nouvelle compétence et cet outil magique, Roel en eut fini avec ses préparatifs. Ses troupes, inquisiteurs et hérétiques compris, étaient assez puissantes pour tenir tête sur n'importe quel champ de bataille. Tout semblait en ordre ; il ne manquait plus qu'un théâtre d'opérations.
Malgré cela, Roel conserva une attitude circonspecte. Il savait que cette guerre, dans une certaine mesure, n'était plus une simple guerre intestine. Il laissa échapper un soupir inquiet et pria pour que tout se passe bien sur le front.
Alors que Roel et son armée empruntaient la route logistique militaire en direction du fief Elric, il put obtenir un flux constant de rapports militaires du front, acheminés vers la Capitale Sainte. Parmi eux, une nouvelle lui glaça le sang.
La seconde tentative de siège d'Edgar City s'était soldée par un échec.