Sous les chauds rayons du soleil matinal, Astrid posa son regard sur les cendres de l'arbre sacré et expira avec soulagement. De son côté, la bouche de Lilian s'ouvrit toute grande dans un étonnement pur avant qu'une rougeur furieuse ne vienne enflammer son visage.
« Enceinte ? Épouse ?! Qu-Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Hein ? Bien sûr que je parle de toi et de Roel. Inutile d'être timide ; je suis déjà au courant. »
« Au courant… de quoi ? »
« Lilian, tu dois comprendre que nous n'avions pas encore imaginé ce plan lorsqu'il t'a approchée à l'époque. Nous étions dans une situation précaire, et il y avait une réelle possibilité que la lignée des Ascart s'éteigne ici même. Cependant, tu peux être tranquille : ses sentiments pour toi sont authentiques. Du moins, c'est ce que je parviens à discerner. »
Astrid affichait une expression « Ne t'inquiète pas, je comprends », bien que, par culpabilité, elle omît de mentionner qu'elle était en réalité l'instigatrice du plan.
Grâce aux détails fournis par Astrid, Lilian put assembler les pièces du puzzle et déduire la vérité.
Attends un peu, ça veut dire que quand Roel est entré dans ma chambre l'autre jour, il avait l'intention de…
La prise de conscience de la vérité fit poser sur le jeune homme, qui discutait avec Antonio non loin de là, un regard incrédule. Son visage se mit à chauffer.
Sa réaction arracha un sourire à Astrid. Celle-ci saisit la main de la jeune femme troublée pour la consoler.
« Ce n'était qu'une question de temps avant que vous n'en arriviez là. Les choses ont peut-être été un peu précipitées, mais ce n'est pas un problème en soi. »
« Non, je… nous sommes frère et sœur… »
« Même quand vous vous êtes échangé un baiser passionné tout à l'heure ? »
« ! »
La question transperça le cœur de Lilian comme une flèche. Ses lèvres se mirent à trembler tandis qu'elle cherchait à objecter, mais aucun mot ne lui vint. Astrid, elle, revêtit le sourire bienveillant d'une aînée.
« Cela ne règle-t-il pas tout ? Puisque vous êtes parents de lignée, liés par une connexion unique octroyée par le destin, mais que ce lien n'est ni compris ni accepté par le reste du monde. Ce n'est que par le mariage que les autres verront en vous une famille. »
« Ah ? »
Le cerveau de Lilian surchauffait encore de gêne lorsqu'elle entendit les mots d'Astrid et retrouva soudain sa rationalité. Elle regarda son ancêtre et commença lentement à plonger dans une profonde réflexion.
Elle a raison. Aux yeux d'un tiers, être parents de lignée n'est rien de plus qu'une coïncidence incompréhensible. Ils ne comprendront pas le lien qui nous unit. Il me faut une relation conventionnellement acceptée avec Roel pour que notre lien soit reconnu par les autres. M-mais le mariage, c'est encore un peu…
« E-et si on ne se marie pas ? »
« Ne pas se marier ? De quoi parles-tu ? »
Astrid fronça les sourcils en entendant la question de Lilian, légèrement frustrée.
« Qu'adviendra-t-il de votre enfant si vous ne vous mariez pas ? »
« Non, je veux dire, en supposant qu'on n'ait pas d'enfant… »
« Même sans enfant dans l'équation, penses-tu que votre relation pourra durer longtemps si vous ne vous mariez pas ? »
« Ah ? »
Les yeux améthyste de Lilian s'élargirent, montrant qu'elle ne s'attendait pas du tout à entendre une telle chose. Astrid se frappa le front, purement exaspérée.
« Pourquoi quelqu'un d'aussi intelligent que toi devient-elle si bornée dès qu'il s'agit de ce genre de choses ? Qu'est-ce que tu feras si ce garçon épouse quelqu'un d'autre ? »
« É-évidemment, je… Attends… »
Lilian était à mi-chemin de sa réponse lorsque la réalisation la frappa.
Il y avait un problème clé dans leur relation qu'elle avait négligé tout ce temps. Même si elle considérait Roel comme un membre de sa famille et l'affirmait aux autres, est-ce que les autres la croiraient vraiment ?
Une fois Roel marié, que penserait son épouse si ils maintenaient une relation étroite ?
Y avait-il une seule femme au monde qui accepterait que son époux ait une relation intime avec une « grande sœur » sans lien de sang avec lui ?
En tout cas, pour Lilian, la réponse était un non catégorique.
Si c'était le cas, ils étaient condamnés à s'éloigner. Leur communication diminuerait lentement avec le temps, et avant qu'ils ne s'en rendent compte, ils ne seraient plus que des étrangers.
Cette réalisation plongea Lilian dans un état de choc, et elle se trouva submergée par un sentiment d'anxiété sans précédent. Parallèlement, l'idée que Roel puisse avoir quelqu'un de bien plus important qu'elle la remplit d'effroi.
C'était une situation qu'elle ne pouvait pas accepter.
Astrid observa le visage assombri de Lilian et réfléchit un moment avant d'ajouter solennellement.
« Mettons de côté toutes ces inquiétudes pour l'instant. Pose ta main sur ton cœur et demande-toi : est-ce vraiment ce que tu ressens ? »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Es-tu sûre que tes sentiments pour lui se limitent à l'affection fraternelle d'une grande sœur ? N'est-il pas possible que tu attribues tes sentiments pour lui à la fraternité parce que tu cherches à combler un vide dans ton cœur ou à détourner le regard d'autre chose ? »
« Je… je… »
Astrid perçut une incohérence dans les sentiments de Lilian et alla jusqu'à la questionner directement.
De son côté, les yeux de Lilian se mirent à papillonner, choquée et confuse. Pour la première fois, elle commença à douter de ses propres sentiments.
Face à cela, Astrid soupira une fois de plus.
« Calme-toi, tu as encore tout le temps d'y réfléchir. Pas besoin de te précipiter pour prendre une décision ici. Cependant, je dois te prévenir : il faut que tu y penses à fond, de peur que quelqu'un ne te passe devant. Si une autre parvient à l'attraper avant toi, ça pourrait bien être fini.
« Vous êtes tous les deux les descendants de notre clan, et ce qui est encore plus extraordinaire, c'est que vous ne partagez aucun lien de sang. J'espère sincèrement que vous deviendrez un couple comblé. Certes, c'est beaucoup moins efficace pour étendre notre arbre généalogique, mais qui sait ? Votre enfant pourrait bien être de pure lignée. »
« De pure lignée ? »
Le terme familier fit relever la tête à Lilian. Astrid la regarda et acquiesça sérieusement.
« Vous, les Austinien·ne·s, devez connaître le terme "pure lignée". Même en tant qu'Ackermann, tu dois probablement douter du concept de pure lignée puisque votre peuple l'utilise comme un outil pour établir la légitimité et consolider le pouvoir.
« Cependant, le concept de pure lignée existe bel et bien dans ce monde, mais ce n'est pas une mesure de noblesse. À l'ère ancienne, il désignait la lignée elle-même, comme dans ton cas et celui de Roel.
« Lorsque des porteurs de la même lignée, sans liens de sang, s'unissent, il y a une chance qu'ils engendrent un enfant aux capacités de lignée plus fortes, quelqu'un qui est encore plus proche de l'origine. C'est le véritable secret de la pure lignée. La soi-disant Théorie de la Lignée Pure qui fait rage dans l'Empire d'Austine n'est que pure absurdité. »
Une lueur d'anticipation germa lentement dans le cœur de Lilian tandis qu'elle écoutait l'explication d'Astrid. Elle caressa inconsciemment son propre ventre tandis que son regard dérivait vers Roel.
Notre… enfant.
D'une manière ou d'une autre, ces mots apportèrent de la chaleur au cœur de Lilian. Son esprit commença lentement à s'embraser tandis qu'elle fixait Roel, hébétée.