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Little Tyrant Doesn't Want to Meet with a Bad End

Chapitre 121

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Chapitre 121

Chapitre 121

Chapitre 121/33236%~12 min de lecture2 214 mots

Le lendemain de la nomination de Roel au poste de « seigneur de fief suppléant », Carter quitta la Capitale Sainte.

En temps de guerre, les vivres précèdent toujours le soldat comme la monture. Si les opérations logistiques présentent moins de risques, il est d'une importance vitale qu'aucun grain de sable ne vienne les gripper. Ce n'est pas une plaisanterie de dire que la guerre est une bataille de ressources.

Avec le déclenchement du conflit contre les Déviants, les clauses de l'accord de défense imposaient à chaque pays humain d'accroître ses effectifs le long de la frontière orientale des territoires humains. D'où une hausse considérable de la charge d'approvisionnement : vêtements, nourriture, fourrage pour les chevaux, et bien plus encore. La logistique devait donc augmenter drastiquement ses cadences pour suivre les besoins.

Pourtant, augmenter les volumes livrés n'était pas aussi simple qu'il n'y paraissait.

D'une part, la plupart des anciennes routes d'approvisionnement utilisées lors des précédents conflits étaient déjà usées par des décennies de négligence, ce qui obligeait les pays humains à les réhabiliter. D'autre part, ces routes étaient d'une longueur considérable puisqu'elles reliaient les différents pays entre eux ; les travaux n'allaient donc pas être aisés.

Cela restait néanmoins bien préférable à devoir créer des routes d'approvisionnement ex nihilo.

Quoi qu'il en soit, la lourde tâche de reconstruire les routes échut au département de la Logistique, et en sa qualité d'officier responsable, Carter était censé inspecter la situation sur place et prendre des décisions précises.

C'était aussi la raison pour laquelle il figurait parmi les premiers à partir.

Tôt le matin, après avoir salué le départ de son père, Roel contempla les dos tournés de Carter et de ses soldats et poussa un profond soupir.

S'il avait discuté maintes fois de la gestion du fief avec Carter, il n'avait jamais vraiment songé à devenir seigneur de fief suppléant. Il y a un monde entre reprendre un seul service et reprendre l'entreprise entière d'un coup. La seule masse de travail qui allait s'abattre sur ses épaules suffirait à lui donner un mal de tête démesuré.

Du côté positif, Carter avait au moins agi vite pour lever tout obstacle juridique. La veille au soir, il avait rédigé prestement une procuration transférant ses droits de seigneur de fief à Roel et l'avait fait parvenir au palais royal pour qu'elle soit officialisée. Ainsi, Roel bénéficierait de la force de la loi lorsqu'il prendrait ses fonctions de seigneur de fief suppléant.

Après le départ de Carter, Roel et Alicia commencèrent également à préparer leur retour vers la cité d'Ascart. Songez-y : ils étaient restés près de trois mois à la Capitale Sainte, depuis le banquet d'anniversaire de Nora, et pourtant la cité d'Ascart fonctionnait à merveille malgré l'absence de son seigneur.

C'est bien la cité d'Ascart ! Des générations de seigneurs fuyant leurs devoirs leur ont appris l'indépendance !

Sous cet angle, Roel eut soudain l'impression qu'il ne serait peut-être pas aussi débordé qu'il le craignait. Au contraire, ce pourrait bien être une sinécure.

Toute la journée, Roel et Alicia passèrent leur temps à réfléchir à ce qu'ils emporteraient. La Capitale Sainte était la ville la plus développée commercialement de la Théocratie de Saint Mesit ; on y trouvait quantité de biens introuvables ailleurs.

D'ordinaire, les nobles sont tenus de saluer leurs proches amis, parfois même de leur rendre visite. Mais compte tenu de leur jeune âge, Roel et Alicia en furent dispensés. Ils se contentèrent d'envoyer un messager au palais royal pour les en informer.

Pourtant, juste avant midi, le messager revint, et il n'était pas seul. Il arrivait avec une cohorte de gardes et un carrosse royal.

Bon, je m'en doutais un peu…

Roel ne fut pas surpris le moins du monde, mais le visage d'Alicia se gonfla de mécontentement. Cela dit, elle savait que rendre visite à quelqu'un qui part est un acte d'amitié, alors elle put tolérer la venue de la renarde, fût-ce à contre-cœur.

« Vous avez vraiment l'intention de partir demain, tous les deux ? »

Dans le salon, Nora était assise avec les deux frère et sœur Ascart et soupira sa déploration.

Elle allait terriblement manquer à Roel une fois celui-ci retourné à la cité d'Ascart, mais outre lui, elle sentait qu'Alicia lui manquerait aussi. Elle portait en effet un intérêt certain à la cadette, l'une des rares pairs à lui donner le sentiment d'être menacée. Si c'était possible, elle aurait adoré continuer à rivaliser avec Alicia.

Perdre à la fois son amant et sa rivale signifiait que sa vie retomberait dans son train-train morne, et c'était une pilule difficile à avaler pour Nora. Même ainsi, elle comprenait l'importance d'un fief pour un noble, elle ne serait donc pas assez immature pour essayer de les retenir à la Capitale Sainte.

… Une grande part de cette retenue tenait en réalité au fait que Nora ne pouvait imaginer comment la maison Ascart « gérait » son fief.

Elle n'aurait jamais cru qu'un seigneur de fief pût confier la gestion intégrale de son domaine à ses subordonnés. Sinon, elle aurait peut-être tout simplement tenté de garder les deux enfants à la Capitale Sainte pendant deux mois encore pour lui tenir compagnie.

« Vous avez déjà entendu parler de l'affaire qui a surgi dans l'armée, n'est-ce pas ? »

« Vous voulez dire l'affaire concernant les Déviants ? Oui, mon père m'en a parlé. L'oncle Carter est déjà parti, n'est-ce pas ? »

« Oui, il est parti tôt ce matin. Je suis désormais le seigneur de fief suppléant, il me faut donc regagner mon fief au plus vite pour reprendre les fonctions de mon père. »

Nora manifesta sa compréhension face aux soucis de Roel, mais après un coup d'œil vers Alicia, elle posa sans hésiter sa condition.

« Vous pouvez retourner à la cité d'Ascart, mais vous devrez m'écrire des lettres. »

« Écrire des lettres ? »

« C'est cela. Maintenant que je suis votre protectrice, il est normal que je sois tenue au courant de votre situation. Hmm, réfléchissons… Disons une lettre par semaine », proposa Nora avec un sourire.

Sa suggestion souleva aussitôt le mécontentement d'Alicia.

« Votre Altesse, mis à part le fait qu'une lettre apporte bien peu à la protection de mon frère aîné, ne trouvez-vous pas qu'une fréquence hebdomadaire est bien trop élevée ? Mon frère aîné sera occupé par ses fonctions de seigneur de fief suppléant, et je ne pense pas qu'il soit opportun de lui surcharger les épaules. »

« Oh… Écrire des lettres me serait une corvée ? C'est la première fois que je le demande à quelqu'un. Roel, cela te répugne ? »

« Ah, non. Ce n'est pas ce que je veux dire. »

Face à la princesse abattue, comme blessée dans son orgueil, Roel agita vivement les mains pour réfuter. Cela redonna le sourire aux lèvres de Nora, qui se tourna à nouveau vers Alicia.

« Mademoiselle Alicia, je ne pense pas qu'il vous appartienne de décider ce qui est bon pour Roel, fut-ce sa cadette. Qui sait ? Ce que vous n'aimez pourrait bien être ce qu'il préfère par-dessus tout. »

« Hahaha, Votre Altesse aime plaisanter. Je peux vous assurer que je connais les goûts de mon frère aîné mieux que quiconque au monde. Je sais sentir quand quelqu'un lui impose un fardeau. »

Face à ce duo obstiné qui refusait de céder, Roel baissa la tête et fit de son mieux pour devenir transparent. Il ne pouvait se permettre de froisser l'une ou l'autre, la seule issue était de tenter de se fondre dans le décor.

Si on lui posait une question, il répondrait qu'il ne se sentait pas bien. Si l'interlocuteur insistait, il n'aurait d'autre choix que de s'évanouir sur place.

Peut-être sentirent-elles la gêne de Roel, ou la présence des servantes dans la pièce les incita-t-elles à se retenir un peu, mais elles se dévisagèrent un moment avant de se détourner avec un froid reniflement.

Roel poussa un soupir de soulagement.

« Ce sera une lettre par semaine en temps normal, mais j'accepterai une lettre tous les quinze jours quand les choses s'emballeront de votre côté. Je préférerais sincèrement qu'elle soit de votre main. »

« Oui, oui. Bien sûr, j'écrirai personnellement toute lettre qui vous sera adressée. Inutile de vous en faire pour cela. »

Nora ayant légèrement assoupli ses conditions, Roel finit par accepter sa demande sans la moindre hésitation. Nora acquiesça, un magnifique sourire éclosant sur ses lèvres.

Si les deux pouvaient échanger quelques mots chaque semaine grâce à l'Aile Ascendante, ces conversations n'étaient pas consignées et ne pouvaient être conservées. Si elle voulait prouver aux autres qu'ils étaient effectivement en termes étroits, des preuves tangibles étaient absolument nécessaires.

En effet. Une grande part de la demande de Nora relevait de la fierté. Quelle que fût sa maturité apparente, elle restait une jeune fille novice en amour. Elle était sensible à la nonchalance de son amant, et haïssait par-dessus tout qu'on mette leur relation en doute.

Le fait qu'Alicia rôde constamment aux côtés de Roel était déjà assez pénible. Elle ne supporterait pas la moindre complication supplémentaire. En tout cas, elle était ravie d'avoir obtenu une réponse satisfaisante.

Roel et Alicia étant encore occupés à faire leurs bagages, il n'était pas commode pour Nora de s'éterniser. Après avoir discuté un moment, elle prit congé et partit. Toutefois, tout son entourage ne la suivit pas — elle laissa la moitié de sa garde royale auprès de Roel.

« Ceci est… »

« C'est mon cadeau pour vous. Ce sont des soldats d'élite de la famille royale. Dorénavant, ils seront stationnés à la cité d'Ascart, et vous en serez le supérieur direct. »

Roel fixa la centaine de soldats d'élite, parfaitement équipés, qui se tenait devant lui, les yeux écarquillés. Il faut savoir qu'il s'agissait de troupes d'élite, dont le plus faible était au Niveau d'Origine 5. Sur un champ de bataille, c'étaient des forces spéciales mobilisables à des fins stratégiques.

Pourtant, Nora les lui offrait ainsi, comme ça. C'était véritablement un don massif, d'une valeur inestimable.

« Cela te plaît ? »

« Oui, mais c'est un peu trop… »

« Si cela te plaît, tu n'as qu'à dire "merci" », dit Nora avec un sourire espiègle.

Lorsqu'elle se tourna à nouveau vers Roel, elle fut surprise de découvrir une expression grave sur son visage. Son air était si sincère qu'elle en resta un instant interdite.

« Nora, merci. »

« Non, c'est… ce n'est rien… Je suis ta protectrice, après tout, il est normal que j'en fasse au moins autant. »

Face à la gratitude sincère de Roel, le visage de Nora prit une rare teinte de rouge profond.

Après s'être dit adieu, Roel regarda s'éloigner le carrosse royal, le cœur traversé d'émotions mêlées.

Il n'avait passé que trois mois à peine à la Capitale Sainte, mais tant de choses s'étaient produites et avaient changé. Que ce soit lui, Alicia ou Nora, tous trois étaient bien différents de ce qu'ils étaient auparavant. Ils avaient pas mal grandi, et leurs relations s'étaient aussi entrelacées.

Roel se tourna vers la centaine de soldats d'élite prêts à recevoir ses ordres, et ne put s'empêcher de tressaillir d'excitation. Il faut savoir que ces cent soldats d'élite n'appartenaient pas à la cité d'Ascart, mais à Roel lui-même. C'était son armée personnelle, payée par la famille royale. Il n'y avait aucun doute : c'était un don colossal.

Cette force militaire serait un atout majeur de plus une fois rentré dans son fief. Si quelqu'un tentait de lui compliquer la vie, il lui suffirait d'agiter la main, et ses soldats l'écraseraient sur-le-champ…

Autant Roel était enthousiaste, autant il avait conscience de n'avoir pas encore gagné le respect de ces soldats. Étant donné qu'ils étaient l'élite de la famille royale, il était inévitable qu'ils soient un peu fiers. Il devrait trouver une occasion de les secouer un peu, afin d'insuffler en eux un véritable respect pour lui.

Sentant le pouvoir de l'Attribut d'Origine Couronne pulser en son corps, un sourire confiant naquit sur les lèvres de Roel. Tout le reste mis à part, il avait confiance en sa capacité à faire le fanfaron.

« Vite, vite, placez les exemplaires de rechange de ces documents sur le chariot et livrez-les à la maison Ascart ! Le premier chariot est plein ? Qu'attendez-vous ? S'il est plein, dépêchez-vous de partir ! »

« Bibliothécaire en chef, ne devrions-nous pas garder les exemplaires pour nous ? Le palais royal ne va-t-il pas s'offusquer si nous en livrons autant ? »

« Les versions originales sont toujours en notre possession, nous pourrons aisément faire d'autres copies plus tard. Quant aux objections du palais royal… »

Carmen regarda le bibliothécaire en chef adjoint qui venait de poser la question avec des yeux ruisselants de dédain, comme s'il fixait un imbécile. Le simple souvenir de la façon dont Roel et Nora avaient déployé leurs ailes de lumière en même temps et fait jaillir un pilier colossal de lumière sacrée au milieu de la cérémonie suffisait à répondre à la question.

« Leur seule objection serait de savoir pourquoi nous avons perdu du temps à demander leur permission. Alors, cessez de perdre du temps en bavardages inutiles et continuez à remplir les chariots. Vite ! »

Traduit par Sakura no Hana — soutenez leur travail en les suivant.

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