Vera réalisa.
'…Je ne peux compter que sur moi-même.'
Il ne pouvait compter que sur lui-même pour mener cette confession à bien sans la moindre faille.
De la préparation de ce qu'il dirait à l'exécution même.
Il devait compter sur lui-même pour tout accomplir.
« Nous sommes arrivés », dit Norn.
Le regard de Vera se porta vers l'extérieur de la voiture.
Une ville recouverte d'un manteau de neige blanche s'étendait devant eux.
Eirene, située à l'entrée de l'archiduché d'Oben, était la plus grande cité commerciale du nord, où converlaient toutes les marchandises destinées à l'archiduché.
Ils y étaient parvenus.
Vera fut saisi d'une vague de nostalgie en observant Eirene au loin, puis se tourna vers Renee.
« Sainte, voici Eirene. Nous pouvons y séjourner trois jours, organiser nos provisions, puis entrer dans l'archiduché. »
« Ah, sommes-nous arrivés plus tôt que prévu ? J'avais entendu qu'il fallait une semaine. »
« La neige est moins abondante que prévu. Je pense que nous avons la chance d'éviter la tempête. »
« Heu… c'est donc ça ? »
Renee s'étira, emmitouflée dans un très épais manteau de fourrure.
Un sourire lui vint aux lèvres en songeant à quel point Renee semblait adorable dans son manteau de fourrure bouffant.
'…J'ai envie de vomir.'
Annalise, que la dormeuse Jenny tenait dans ses bras de l'autre côté du siège de la voiture, lança instantanément une remarque acerbe.
Vera fronça les sourcils et dévisagea Annalise.
Annalise émit un grognement mécontent et enfouit sa tête dans les bras de Jenny.
Ce scénario se répéta tout au long du voyage vers le nord.
Annalise ne cessait de chipoter sur tout ce que faisait Vera, comme si quelque chose l'irritait, mais elle détournait la tête chaque fois que Vera la foudroyait du regard.
'Tu n'es pas différente d'une vieille acariâtre atteinte de démence.'
Vera maudit Annalise en silence et vérifia la tenue de Renee.
Le vent soufflait fort, alors il voulut s'assurer qu'il ne s'engouffrerait par aucune ouverture des vêtements chauds.
« Heu… »
À ce moment-là, Jenny, qui dormait encore malgré la tirade d'Annalise,'ouvrit paresseusement les yeux.
Ses yeux s'écarrquillèrent face au spectacle dehors.
« Waouh… »
C'était l'expression de l'émerveillement face à un paysage enneigé pour la première fois de sa vie.
Observant l'air émerveillé de Jenny, Renee sourit et lui demanda.
« Qu'est-ce que tu en penses ? »
« Mon dieu… »
Marmonnant des mots inaudibles comme en rêve, Jenny détendit l'atmosphère par son attitude.
Dans cette ambiance, le vacarme dehors fit penser à Renee qu'il était temps de descendre, aussi demanda-t-elle à Vera.
« Quel est notre programme ici ? »
« Le professeur Miller a dû réserver l'hébergement puisqu'il est arrivé le premier. La sainte peut défaire ses bagages et se reposer. Vous n'avez pas à vous soucier des provisions, car sir Norn et les jumeaux s'en occuperont. »
« Et Vera ? »
La main de Vera s'arrêta net alors qu'il ajustait le manteau de Renee.
Son expression se raidit légèrement.
C'était qu'il ne pouvait pas dire : 'Je vais t'acheter un cadeau'.
Vera fut surpris par la question de Renee, mais il recomposa vite son visage et répondit.
« …Je vais sortir seul pour glaner des informations. Je vais utiliser la guilde d'informations souterraine tant que nous sommes dans la cité commerciale. »
C'était un prétexte qu'il espérait voir détourner l'attention de Renee sur son comportement étrange.
Fallait-il dire que c'était un soulagement ?
Renee ne retint que le mot « souterraine » et se moqua de lui avec un air malicieux.
« Oh~ Vera, le Roi des bas-fonds, fait-il enfin son grand retour ? »
L'expression de Vera se fêla.
Il resserra sans le vouloir son col, donnant l'impression qu'il l'attrapait par le col.
Vera, qui s'en rendit compte tardivement, relâcha sa prise et dit.
« …Arrête de te moquer de moi. »
Même s'il était légèrement blessé, l'important était que Renee passe à autre chose sans éveiller de soupçons.
Et maintenant, il tentait d'apaiser ces sentiments.
Il existait un hébergement insolite que l'on ne trouvait qu'à Eirene.
Un établissement nommé « Hôtel » louait de somptueux manoirs privés à prix d'or.
C'était une affaire lucrative, car elle se situait dans une ville qui n'avait d'égale que la Cité Impériale pour la richesse en or, mais qui était inhabitables en raison des tempêtes de neige fréquentes.
C'était la spécialité d'Eirene qui lui avait valu une fortune considérable en accueillant de riches voyageurs en quête de confort, notamment ces marchands du sud qui venaient rarement.
Vera se rappela cette information en regardant l'immense manoir devant lui.
Que dire d'autre ? C'était ledit « Hôtel » où le groupe séjournerait trois jours.
« Par ici ! »
Cette voix tonitruante appartenait à Miller.
Miller, qui était allé à Eirene le premier et avait fini par réserver à l'Hôtel juste à temps, accueillit le groupe avec un visage rayonnant et parla.
« J-j'ai exprès choisi un grand endroit. Qu'est-ce que vous en pensez ? »
'Miller a-t-il l'air d'un chiot qui veut qu'on le félicite, ou est-ce mon illusion ?'
Ignorant Miller, Vera détourna son regard vers le manoir et demanda.
« Les installations sont parfaites, mais le prix est-il correct ? »
« Oui, nous utilisons les fonds de l'Académie. »
Le regard de Vera revient vers Miller.
Miller leva le pouce et ajouta.
« Ne voyageons-nous pas avec la sainte ? Je dis~ notre Directeur nous accorde une énorme allocation cette fois ! »
Pourquoi ce Directeur donnerait-il autant d'argent à Miller ?
Vera, qui s'interrogeait, trouva la réponse sur-le-champ.
'…Pas surprenant. Je le devine aisément rien qu'en voyant la bannière lors de notre première entrée à l'Académie.'
C devait être quelqu'un qui tenait vraiment à son image.
Ce genre de gens existe, non ? Le type qui se montre hospitalier avec les invités mais agaçant avec ses proches collègues.
Bien qu'il n'ait jamais rencontré le Directeur en personne, Vera eut l'étrange impression de connaître pourtant le type de personne qu'il était, et continua de parler avec cette sensation bizarre en tête.
« Merci pour votre travail. »
« Qu'est-ce que vous voulez dire, travail ? Je m'amusais juste à dépenser de l'argent. »
Miller ricana.
Vera laissa Miller derrière lui et s'approcha de Renee.
« Sainte, je vais me rendre directement à l'endroit dont je vous ai parlé. »
Renee se frotta les yeux, debout entre Jenny et Aisha, et releva la tête.
Elle s'exclama « Ah ! » et sourit avant de répondre.
« Reviens sain et sauf. »
La vue de son visage, légèrement rougi par le vent glacial, ou la façon dont elle exhalait une fine brume en parlant fit battre le cœur de Vera plus vite.
Il serra les deux poings plus fort que jamais.
'Je le jure.'
…Que je ferai de toi la fille la plus heureuse du monde.
Avec une telle détermination, Vera marcha d'un grand pas.
'Je suis certain que le Cœur de Crème est disponible en ce moment.'
Il se rappela les précieux bijoux distribués à Eirene à cette époque de l'année dans sa vie antérieure.
Il s'impatienta.
Il voulait terminer sa préparation vite et rentrer. Vera avait hâte de voir son visage heureux quand elle recevrait ce qu'il lui avait préparé.
Il voulait s'excuser de l'avoir fait attendre si longtemps et exprimer ce qu'il ressentait.
'C'est ça.'
Un petit atelier en périphérie d'Eirene.
Vera examina les objets avec un air satisfait.
'Le Contrat de Codine, le Voile de Borger, les Pas de Lenev, la Loyauté d'Anima.'
Et l'anneau Cœur de Crème, qui portait leurs capacités.
Vera hocha la tête.
Ce serait le meilleur cadeau alliant esthétique et praticité.
Évidemment, Renee n'avait aucun moyen d'en connaître la couleur ou la forme, mais ce n'était pas grave.
L'essentiel à transmettre n'était pas l'anneau lui-même ; c'était ses sentiments. L'anneau n'était qu'un moyen de les véhiculer.
Il avait fait des efforts considérables pour obtenir ce moyen, car il voulait être minutieux.
Vera ne pouvait être plus satisfait de tous les préparatifs qu'il avait faits.
Vera saisit l'un des objets alignés sur la table.
C'était le Contrat de Codine, qui servait de catalyseur pour transférer les capacités d'artefact à d'autres matériaux.
Le processus impliquait l'utilisation de la divinité et la transformation des propriétés du mana.
Vera fixa scrupuleusement le contrat au cœur de crème comme il l'avait prévu.
Ensuite, il poussa un soupir de soulagement en voyant le Cœur de Crème briller d'une couleur ivoire.
'…La première étape est faite.'
Vera jeta le contrat de côté et regarda l'élément suivant.
Il y avait trois capacités à graver sur l'anneau.
C'était la barrière du Voile de Borger, la téléportation à courte distance des Pas de Lenev, et l'absorption de dégâts de la Loyauté d'Anima.
Le visage concentré, Vera tendit la main vers le tissu finement coloré appelé Voile de Borger. C'était un artefact fonctionnant comme une barrière, et il activa à nouveau sa divinité.
Bzz—
La divinité était si puissante qu'elle fit scintiller les alentours.
L'atelier continua de luire d'une couleur dorée pendant un long moment.
« Je suis de retour, Sainte. »
Une chambre de l'Hôtel où la chaleur émanait d'une grande cheminée.
Alors que Renee somnolait, coincée entre Jenny et Aisha, elle releva la tête au bruit.
« …Vera ? Vous êtes revenu tôt. »
« Oui. Heureusement, rien n'avait changé par rapport à ma vie antérieure, donc je n'ai eu aucune difficulté à trouver des informations. »
« Comment ça s'est passé ? Avez-vous trouvé quelque chose d'utile ? »
« Rien de particulier. Peut-être parce que c'est un sujet tabou, mais tout ce que les guildes privées ont divulgué sont des informations que nous avons déjà. »
Vera s'approcha de Renee.
Il n'inventait pas d'histoire ; c'étaient des faits réels qu'il avait glanés en cherchant les matériaux pour le cadeau.
« Hmm… c'est un peu dommage. »
Jenny et Aisha, qui dormaient contre les épaules de Renee, roulèrent sur le sofa quand Renee se redressa.
Plouf—! Renee sourit en entendant le bruit qu'elles firent et remarqua.
« Elles se sont fait une bataille de boules de neige il y a un instant. Elles doivent être épuisées. »
« …Je vois. »
Le regard de Vera se porta vers Jenny et Aisha.
'Depuis quand sont-elles devenues si proches ?'
Une telle pensée traversa brièvement l'esprit de Vera, mais disparut vite.
C'était évidemment parce que Vera avait quelque chose de bien plus important, incomparable à de telles futilités.
Les mains derrière le dos, Vera regarda Renee en tripotant le petit étui qu'il tenait.
Son esprit n'était plus occupé par la façon de le lui transmettre.
C'était parce qu'il avait tout planifié avant de venir ici.
« Sainte. »
« Oui ? »
« Puisque vous êtes en ville depuis notre arrivée, ne voudriez-vous pas sortir ne serait-ce qu'un moment ? »
Même Vera, novice en romance, savait une chose.
Le processus menant au moment de la déclaration jouait le rôle le plus important pour créer l'ambiance.
Il fallait passer du temps ensemble pour créer une atmosphère, même si cela signifiait y consacrer la journée entière.
Renee parut un peu perplexe.
Après avoir réfléchi, Renee demanda à Vera en riant.
« Me demandez-vous un rendez-vous ? »
Le bout des doigts de Vera trembla.
Ce fut une réaction qui surgit quand il se retint de dire instantanément « non ».
Du moins pour aujourd'hui, il devait lui donner une autre réponse.
« …Oui. »
Ce fut au tour de Renee de marquer une pause, un air vide sur le visage.
Vera parla d'une expression tendue.
« Je vous invite à un rendez-vous. »
Le visage de Renee s'empourpra.
Annalise gisait à côté de la tête de Jenny, exprimant son agacement à la vue des deux en face du canapé.
'Merde.'
Putain, ça craint.
Il n'y avait rien qu'elle aimait chez ce gamin repoussant qui ajustait son col, ni chez cette femme qui baissait la tête, faisant semblant d'être une dame gracieuse ou quelque chose comme ça.
Tout ce temps, Annalise était piégée dans cette forme de poupée, réduite à n'être qu'un simple coussin pour bébé.
Comme si ça ne suffisait pas, le destin du continent était en jeu.
Et pourtant, ces deux-là agissaient tranquillement comme s'ils étaient les seuls au monde. Cela exaspérait Annalise.
'Je les tuerai tous.'
…Soyons juste, il n'y avait rien de mal à ce que ces gens se comportent ainsi, puisqu'il n'y avait rien à faire à ce stade, même s'ils avaient créé une atmosphère sérieuse. Bien qu'Annalise en soit consciente, elle ne put s'empêcher de réagir ainsi.
N'en était-il pas toujours ainsi ?
On ne peut pas arrêter ses sentiments, peu importe les efforts pour les masquer derrière la maturité.
Même Annalise, saluée comme la plus grande intellectuelle de son temps, ne voulait pas assister au spectacle de deux gens qu'elle détestait qui avaient l'air heureux.