Confesse tes sentiments.
Vera prit cette résolution, mais il ne la mit pas immédiatement à exécution.
Certaines choses devaient être réglées au préalable, et les désirs personnels de Vera entraient aussi en ligne de compte.
Le premier point à trancher était d'évoquer leurs projets d'avenir.
Il était impératif d'en parler maintenant que l'identité de la « Couronne » et de son propriétaire était révélée.
Il ne devait pas créer de remous inutiles à cet instant et risquer de compromettre leur objectif.
Quant au désir personnel de Vera… c'était tout autre.
Il devait réfléchir à la « manière » de confesser ses sentiments.
Inutile de le dire, Renee était toujours celle qui affrontait ses sentiments de front.
C'était lui qui la repoussait sans cesse et la contrariait.
Par conséquent, dire simplement : « Je peux accepter les sentiments de la Sainte maintenant » serait un manque de respect envers Renee.
Cela ne voulait pas dire qu'il voulait l'impressionner avec un cadeau luxueux ou des mots mielés.
Au minimum, il voulait avouer ses sentiments dans une atmosphère appropriée.
Ils se trouvaient dans le Berceau des Morts où les ténèbres persistent, sans parler du fait qu'ils étaient dans un salon d'un vieux château lugubre. N'importe qui supposerait que ce n'est pas un bon endroit pour une déclaration d'amour, aussi fort qu'on y réfléchisse.
Tout le groupe, Jenny, et même Hodrick s'étaient réunis dans le salon.
Vera, occupé par de telles pensées, ne faisait que fixer Renee.
« Ce que la Sainte aime… »
De la nourriture bizarre. La violence. Se promener.
Vera fronça les sourcils face aux mots qui lui traversèrent l'esprit.
« …Non. »
Non, pas ça. Il devrait y avoir des mots-clés plus appropriés pour une déclaration.
Tels que le parfum des fleurs, une atmosphère chaleureuse, ou une musique aux échos graves.
Vera buta sur un mur en y réfléchissant.
Évidemment, il n'avait jamais connu ce genre de tourment dans sa vie.
Ce n'était pas qu'il n'avait aucune expérience avec les femmes.
Non, pour être juste, il avait une expérience que la plupart des hommes lui envieraient.
Après tout, il était le chef d'une grande organisation dont le pouvoir s'étendait sur toute la région et même jusqu'à la moitié de l'Empire.
Ce aurait été étrange qu'il n'ait aucune expérience avec les femmes.
Cependant, Vera resta sans voix quand il s'agissait d'expérience amoureuse.
« … »
Il n'y en avait aucune.
Zéro expérience.
La romance n'a jamais été un genre qui convenait à la vie de Vera.
S'il y avait un type dont les mots les plus doux adressés aux femmes étaient : « Je t'aime bien, aujourd'hui », c'était bien Vera.
L'expression de Vera s'assombrit.
Renee, qui parlait, interpella Vera, perdu dans ses pensées.
« Qu'en penses-tu, Vera ? »
Vera tressaillit, et sa tête se releva brusquement.
« Nous devrions quitter le Berceau comme le suggère Sir Hodrick, non ? »
Renee, la seule personne ignorante de l'état de Vera jusqu'à présent, demanda sérieusement.
Les autres ne firent que soupirer ou hocher la tête quand Vera, qui vivait dans son monde, eut enfin sa chance de parler.
Vera, dont le visage s'était figé de stupeur, répondit à Renee le plus naturellement possible.
« Oui, je pense que c'est la meilleure marche à suivre. »
« Hum, je m'en doutais. Je voulais dire au revoir à Maleus, cependant… »
[Rassurez-vous, car ce n'est pas le genre à se formaliser pour si peu. En fait, je crains qu'il ne se fâche contre vous pour ne pas être parti. Je suis sûr que l'une des raisons pour lesquelles Sa Majesté retient Alaysia depuis si longtemps est pour vous laisser le temps de partir.]
« ..Oui, je suppose. »
Vera cessa de ruminer quand il comprit grossièrement ce qui se passait grâce à la conversation entre Renee et Hodrick.
« …Mettons ça de côté pour l'instant. »
Ce n'est pas en y réfléchissant maintenant que je trouverai la réponse, alors étudions la chose tranquillement.
Plus que ça, concentrons-nous sur la conversation en cours.
Vera redressa sa posture et fixa son attention sur Hodrick et ses paroles.
Annalise, dans les bras de Jenny, claqua la langue et gémît doucement.
[Pourris en enfer, putain de merde.]
Elle proféra une protestation discrète, audible seulement de Jenny qui la tenait.
À cela, Jenny, qui était hagarde jusqu'alors, claqua le front d'Annalise et parla.
« Pas de gros mots. »
Elle chuchota aussi pour ne pas interférer avec la discussion.
***
La prochaine destination fut décidée sur-le-champ.
C'était l'Archiduché d'Oben, au nord.
Ce n'était pas parce qu'ils avaient des affaires à y traiter.
Simplement, ils y faisaient une halte.
Pourquoi prendre un détour au lieu de rejoindre directement la destination ?
Il n'y avait qu'une seule réponse à cette question.
« …Nous y allons enfin. Le Nid du Dragon. »
Car ils se rendaient au Nid du Dragon, l'une des zones interdites du continent.
La raison du voyage était de trouver « Locrion, le Premier Dragon », qu'on croyait s'y trouver.
Ils avaient besoin de savoir exactement ce qu'était la Couronne de Renaissance et à quoi elle servait, mais Maleus — la personne qui pouvait le leur dire — était lié au palais.
L'envoyé avait besoin de quelqu'un d'autre pour répondre à leurs questions, alors « Locrion » fut choisi comme cible après une longue et fastidieuse discussion.
Dans le jardin du vieux château recouvert d'herbe sèche, Vera acquiesça aux mots de Renee qui s'étirait le dos.
« Oui, de toutes les espèces antiques que nous avons rencontrées jusqu'ici, c'est le seul relativement raisonnable. »
Dit Vera en repensant à leur emploi du temps.
Leur départ était fixé à deux jours plus tard.
Ils quitteraient le Berceau et voyageraient vers le nord pour atteindre l'Archiduché d'Oben. À leur arrivée, ils devaient obtenir la permission du Seigneur Souverain pour entrer dans le Nid.
Ce n'était pas tout.
Il y avait une personne de plus à y rencontrer.
Vera était perdu dans ses pensées quand Renee, qui s'étirait, tourna brusquement la tête et demanda.
« Ah, au fait, quel genre de personne est l'Archiduc ? »
Le dernier héros que Vera n'a pas encore rencontré dans cette vie.
Elle demanda à propos d'Hegrion, l'Archiduc d'Hivernance dans l'Archiduché d'Oben.
Après y avoir réfléchi, Vera secoua la tête avant de répondre.
« Je n'en suis pas bien sûr. D'abord, ma mémoire n'est pas entièrement fiable. Ensuite, je n'ai que des souvenirs de combats contre lui. »
En effet, la réalité était telle quelle.
D'abord, il suspectait qu'il s'agissait d'une mémoire manipulée.
Aussi, dans sa mémoire altérée, il ne pouvait se rappeler que quelques rares fois où ils avaient croisé le fer.
Vera fronce les sourcils en tentant de raviver ses souvenirs, et ajouta brièvement.
« Selon ma mémoire… c'était celui qui possédait la plus grande quantité d'aura parmi les héros du cycle précédent. »
« Hum, il est si fort que ça ? »
« Ça dépend de ton critère, mais c'était une personne digne du titre de héros. En plus… »
Son manteau, le chef-d'œuvre Crinière Blanche.
La pensée de cela fit froncer les sourcils à Vera.
« …Il possède un objet qui est pénible à affronter. »
Le trésor national d'Oben, forgé en offrant son corps aux Esprits de l'Hiver.
La plus petite forteresse du monde, protégeant son porteur de tout mal magique et physique.
En pensant à la façon dont son épée avait ricoché sur ce manteau, Vera évacua son agacement, et Renee répondit par un doux rire.
« Je vois que Vera est très compétiteur. »
« Pardon ? »
« Eh bien, c'est juste ce que je pensais. »
Soudain, une pensée lui traversa l'esprit.
C'était à propos de l'attitude de Vera quand il avait affaire à quelqu'un ou à une situation jusqu'à récemment.
En le regardant maintenant, il lui frappa soudain que Vera était devenu une personne très compétitive après son retour.
« C'est une bonne chose. Cela veut dire que tu as un désir de progression. »
Vera fut un peu perplexe quant à pourquoi Renee posait une question si vague sans crier gare, mais il l'écarta vite.
Dans le silence qui s'ensuivit, il contempla Renee en silence.
Une pensée qui lui traversa l'esprit pendant la pause.
« …La Sainte aime-t-elle les hommes ambitieux ? »
Il avait des doutes sur les goûts de Renee.
Même s'il essayait de repousser de telles pensées loin de lui, elles revenaient sans cesse à son esprit à chaque fois.
Une fois de plus, Vera échoua à chasser ses pensées tourbillonnantes, et son visage s'assombrit en réalisant que son esprit s'éloignait encore plus du sujet principal.
« Je vraiment… »
…N'ai aucune idée.
Il pensait bien connaître Renee vu le temps qu'ils avaient passé ensemble, mais il ne pouvait pas penser à une façon de se déclarer qui la rendrait heureuse le moment venu.
« Je ne pense pas qu'elle aime les choses sophistiquées. »
C'était le genre de personne qui détestait être au centre de l'attention.
Sans parler qu'elle détestait une atmosphère bruyante.
N'était-ce pas le genre de personne qui appréciait se détendre dans un jardin ?
« Mais c'est trop simple… »
Il n'en était pas satisfait.
Pourtant, il voulait faire au minimum les préparatifs.
Puisque c'était un moment unique dans une vie, il voulait créer de beaux souvenirs qui resteraient à jamais dans la mémoire de Renee.
Il ne put s'empêcher de stresser là-dessus, même si Renee l'aurait accepté peu importe comment il s'y prendrait.
Ce n'était pas juste une question de se déclarer et d'être accepté ; c'était plutôt une cupidité née d'une prise de conscience tardive de l'amour, voulant créer des moments qu'elle chérirait à jamais.
Cependant, en tant que quelqu'un de totalement étranger à tout ce qui touche à la romance, Vera ne put trouver de réponse solide. Après mûre réflexion, la conclusion à laquelle il parvint fut de « demander conseil à quelqu'un d'expérimenté. »
***
Clang— !
Quand les épées s'entrechoquèrent, l'une d'elles rebondit sur l'autre.
Hodrick poussa un souffle d'admiration en réalisant à quelle vitesse l'épée de Vera avait atteint sa gorge.
[Impressionnant. C'est l'Intention la plus unique que j'aie jamais vue.]
Dans leur dernier duel avant le départ, Hodrick avait enfin affronté l'Intention de Vera de front. Il ne put que s'en émerveiller.
[Cela a dû prendre longtemps pour forger une telle épée. Félicitations. Tu m'as complètement surpassé.]
Hodrick parla en ramassant l'épée tombée au sol. Après l'avoir fait, il réalisa tardivement que Vera le regardait d'un air bizarre et inclina la tête.
[Quel est le problème ?]
L'expression de Vera semblait vouloir dire quelque chose.
Son expression évidente avait sans doute piqué la curiosité d'Hodrick assez pour qu'il demande, alors Vera bredouilla brièvement avant de répondre avec beaucoup d'hésitation.
« …Si cela ne vous dérange pas, j'aimerais vous demander quelque chose. »
[Hum ? Parlez.]
Les lèvres de Vera tremblaient, mais aucun mot ne sortait.
Après quelques instants à froncer les sourcils comme s'il réfléchissait à quelque chose, Vera parla.
« …Euh, j'ai besoin de votre conseil, Sir… à propos de quelque chose. »
Il avait l'air très maladroit.
Hodrick inclina la tête et se pencha vers ce que Vera allait dire.
La nervosité de Vera monta d'un cran face au comportement d'Hodrick, et il lâcha la question qu'il ruminais avant de voir Hodrick.
« Sir Hodrick n'est-il pas marié ? »
[Hum ? Oui. J'aime encore ma femme même après des centaines d'années. »
« C'est bien, donc je veux vous demander quelque chose. »
[Dépêche-toi et dis-le-moi. Ne sois pas vague et ne me tiens pas en haleine comme ça.]
Hodrick le pressa.
Vera fut pris au dépourvu, mais il serra vite les poings et se força à parler.
« Co-comment avez-vous fait votre demande en mariage, Sir… ? »
Vera bredouilla la fin de sa phrase en luttant pour contenir sa gêne grandissante.
Cependant, ce qui était dit ne pouvait pas être repris.
La question de Vera ravivait des sentiments nostalgiques chez Hodrick, et il répondit joyeusement.
[La demande en mariage… ! Oh mon dieu, cela me rappelle le passé !]
Est-ce qu'il essaie de se déclarer ?
Hodrick pouffa en voyant son cadet face au moment charnière de sa vie.
[Certainement, je me trouve incapable de m'abstenir de donner un conseil. Parlons de comment je me suis déclaré…]
Hodrick continua alors.
Vera, qui écoutait Hodrick les yeux et les oreilles grands ouverts, sentit qu'il devenait de plus en plus perplexe à mesure qu'il l'écoutait.
« …Avez-vous dit "sérénade" ? »
[En effet ! Je me suis mis à genoux au milieu d'un parterre de fleurs dans la ville natale de ma femme et j'ai joué une sérénade rien que pour elle ! Je me souviens encore clairement de sa réaction à ce moment. Elle s'est couvrit la bouche des deux mains et a tremblé de joie.]
Vera serra hermétiquement la bouche.
Une question lui brûlait le bout de la langue, mais il ne la dit pas.
…Vera n'était pas assez insensible pour demander : « N'était-elle pas en train de trembler de honte ? » à la personne venue chercher un conseil.