Les yeux de Leon étaient fermés mais il parvint à désarmer James. Il bondit sur lui et plaqua la lame de son épée juste contre sa gorge.
« Vous avez perdu, jeune seigneur James. » dit Leon avec indolence.
« M-mais c-comment… ? » James en était sans voix.
« Sire Leon est le vainqueur de ce duel. » entendis-je Bradford prononcer. « À titre de vainqueur, sire Leon, vous pouvez exprimer votre volonté au perdant. »
Leon ouvrait à peine les yeux mais il fixa James avec nonchalance.
« Mettez-vous à genoux devant ma princesse Alicia et demandez-lui pardon. » dit Leon froidement.
« Vous voulez que je m'agenouille devant ce bâtard ? » James réprima sa colère.
Ces mots firent surgir la rage dans le regard de Leon. La pointe de son épée, qui effleurait la gorge de James, entama sa chair et commença à perler de sang.
« Préférez-vous que je vous humilie sous les yeux de tout Alvannia ? » demanda Leon.
Lorsqu’on perd un duel, on doit obtempérer aux exigences du vainqueur, coûte que coûte. Dans le cas contraire, la honte serait inévitable. James étant l’héritier du duché de Carlson, refuser les volontés du vainqueur lui vaudrait bien plus de discrédit que sa défaite elle-même.
Quant à s’agenouiller devant une princesse du royaume, cela restait préférable à l’opprobre tombant sur son nom.
James serra les poings avec force. Sa colère éclatait clairement sur son visage.
« Très bien ! » s’exclama James.
Leon retira son épée du cou de James. Je le vis s’avancer vers moi, s’arrêter juste en face et plier le genou.
« Troisième princesse Alicia Roselyn Von Heist. Moi, James Franklin Carlson, vous demande humblement votre pardon. » dit James.
Je fus surprise. C’était la première fois que quelqu’un me demandait pardon.
« Je… euh je… » Je me retrouvai sans voix. Je tournai mon regard vers William avec interrogation.
« En tant que princesse, vous avez le droit de punir ce qu’il vous a fait. » dit William. « Je vous suggère de simplement le gifler. »
« M-mais… » Jamais je n’avais giflé quelqu’un auparavant.
« En tant que princesse, vous devez marquer votre autorité auprès des autres serviteurs et des personnes qui vous entourent. » dit Leon. Il se tenait désormais derrière moi. Il me regarda avec gravité.
Il avait raison. De nombreux invités nous observaient autour de nous. Si je ne faisais rien, ils penseraient que je reste cette même princesse fragile.
Cela ne me convenait absolument pas. À présent que Leon se tenait à mes côtés, je voulais devenir forte. Je ne voulais plus être la princesse oubliée et impuissante d’autrefois. Je voulais qu’il me voie comme une dame forte digne de son service.
Je rassemblai mes forces. Je scrutai l’homme agenouillé devant moi avec la solennité requise à un membre de la famille royale.
« Levez-vous, jeune seigneur James. » dis-je d’une voix autoritaire.
Dès que James eut levé le visage, je le giflai avec force, puis une seconde fois sur l’autre joue.
« N’oubliez pas votre rang. » dis-je avec dignité. « Je suis peut-être bâtarde, mais le sang royal circule encore dans mes veines. Mon statut demeure supérieur au vôtre. »
James me regarda avec haine mais resta silencieux et se mordit la lèvre.
« Je vous pardonne à présent, mais la prochaine fois que vous m’appellerez bâtarde, je vous donnerai le fouet. » dis-je d’une voix sévère.
Je regardai alentour, maintenant mon aura royale. Je vis les serviteurs me dévisager avec émerveillement et crainte.
« Je vais à présent prendre congé. » dis-je. Je fis demi-tour et quittai les lieux. Leon, William et Tricia me suivirent.
« Cette garce. » murmura Elizabeth entre ses dents. « Si pleine d’elle-même maintenant qu’elle a son chevalier personnel ? Eh bien, ça ne va pas durer. »