« James, que fais-tu ? Elle reste la troisième princesse d’Alvannia. Tu n’as aucune preuve qu’elle ait agi de propos délibéré. C’était un accident. » William se tenait à mes côtés et tentait de me réconforter.
« C’est une bâtarde ! » lança James.
Puis une ombre passa devant moi, venue derrière. Avant même que j’aie eu le temps de réagir, James gisait au sol, le nez en sang.
« Putain ! » hurla James. « Qui ose me frapper ! »
« Vous osez mettre la main sur ma princesse. » lança une voix glaciale. Quand je levai les yeux, j’aperçus le dos d’une silhouette familière.
« Sire Leon. » murmurai-je.
Leon se retourna vers moi. Son visage reflétait une profonde inquiétude. Il s’agenouilla à mes côtés.
« Je suis désolé, ma princesse. Je n’étais pas là pour vous protéger. Si vous avez été blessée, c’est de ma faute. » Leon me regarda avec regret.
« Hum, non. Ne vous en voulez pas. » répondis-je.
« Qui te crois-tu pour oser me frapper ? Je suis le fils du duc de Carlson. » cria James. « Je suis l’héritier du duché de Carlson. »
Le visage de Leon changea instantanément. Loin de celui que je connaissais, lumineux et joyeux, il devint un homme sans pitié. Un frisson glacé me glissa sur l’échine. Dans ses yeux perçait une lueur de férocité.
« Ma princesse, rentrez, s’il vous plaît. Je m’occupe de cela. » déclara-t-il gravement.
« Non, Sire Leon. Je ne vais nulle part avec vous. » J’avais l’impression que Leon allait engager la bagarre.
Je craignais qu’on ne le batte. Si le chevalier de la princesse Elizabeth, Bradford, intervenait, je n’étais pas sûre que Leon puisse l’emporter. Je savais qu’il faisait partie des meilleurs de la garde royale.
Leon me gratifia d’un sourire doux. Celui que j’affectionnais tant. Je venais seulement de réaliser que j’avais prononcé son nom sans aucun titre ni marque de respect.
« Ne vous en faites pas, ma princesse. Même si une armée se dressait sur ma route, nul ne pourrait m’en empêcher. Je vengerai votre offense. » annonça-t-il. Il effleura délicatement ma joue désormais gonflée. La lueur de férocité réapparut dans son regard.
« Sire William, veuillez veiller sur la princesse Alicia. » ordonna-t-il à William.
« Bien sûr, Sire Leon. Laissez-la-moi. » répondit William.
Leon se releva et saisit l’épée qui reposait négligemment à sa ceinture.
« Sire Bradford. » appela-t-il pour attirer son attention.
« Oui ? » répondit Bradford.
« Vous connaissez le code des chevaliers, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.
« Évidemment. Par cœur. » répliqua Bradford. Il se tenait aux côtés de la princesse Elizabeth. Les servantes avaient apporté de la glace pour soulager la brûlure sur son visage.
« Alors vous savez aussi que quiconque blessera notre maître ou notre maîtresse jurée sera sanctionné par nos lames. » affirma-t-il d’un ton neutre.
« Comment ?! » s’exclama Elizabeth, stupéfaite. « Vous êtes le chevalier personnel d’Alicia ? C’est impossible ! Mère n’a jamais accepté qu’elle possède son propre chevalier. »
« Malheureusement, c’est bien la vérité, princesse Elizabeth. » intervint William.
Elizabeth considera William, encore sous le choc.
« J’étais témoin lorsque Sire Leon a prêté serment à Alicia. » précisa-t-il.
Elizabeth me dévisageait avec incrédulité.
« Maintenant que je veille au côté de ma princesse, aucun mal ne pourra lui arriver. Je châtierai quiconque tentera de lui nuire. » annonça Leon. « Je compte sur vous, Sire Bradford, pour ne point vous immiscer dans cette affaire. »
Elizabeth tourna les yeux vers son propre chevalier. Elle ne pouvait laisser Alicia s’en tirer si facilement.
« Je ne m’en mêlerai pas, Sire Leon. Vous avez ma parole de chevalier. » promit Bradford.
L’incrédulité trahissait tous les traits du visage d’Elizabeth. Elle serra les poings avec force.
Leon retira son épée de son fourreau et la braqua vers James. « Jeune Lord James Franklin Carlson. Je vous défie en duel. »
« Hahahaha. Vous m’envoyez en duel ? Très bien. Que l’on apporte mon épée. » rugit James, tout fier.