Les cours d’histoire et de maths avec Leon étaient terminés pour la journée. C’était un professeur exigeant, mais cela me plaisait. Je n’aurais voulu d’aucune autre manière. Heureusement que j’avais écouté les leçons des précepteurs de Richard lorsqu’ils lui enseignaient tout cela. J’avais ainsi pu suivre sans peine les cours de Leon.
Ce que j’aimais par-dessus tout dans ces cours, c’était la partie histoire. Outre l’histoire d’Alvannia, Leon m’avait parlé des pays voisins. Autour d’Alvannia se trouvaient deux nations : Grandcrest au sud-sud-ouest et au nord-ouest, et Jennova tout au nord. À l’est d’Alvannia s’étendait la grande mer d’Atlantia.
Grandcrest était le plus vaste des trois pays, et aussi le plus puissant. Grâce à sa situation géographique au sud, certaines régions y profitaient d’un climat estival toute l’année, ce qui favorisait la culture des récoltes. Au nord-ouest, on pouvait faire pousser des fruits nécessitant du froid, tandis que le sud-ouest se prêtait parfaitement à l’élevage et à l’agriculture. Leur emplacement géographique expliquait en grande partie leur économie florissante.
Jennova, quant à elle, avait un climat froid. Les régions les plus septentrionales étaient constamment recouvertes de glace, rendant la vie très difficile. Pour ce qui était de leur économie, il paraissait que c’était la plus pauvre des trois nations.
Alvannia était le deuxième pays en taille sur les trois. Nous y connaissions quatre saisons distinctes, parfaites pour cultiver céréales, fruits et élever du bétail. De plus, notre pays étant bordé par la mer, nous disposions de quais capables d’accueillir de grands navires marchands. Le commerce avec les autres royaumes traversait directement notre territoire, et les taxes qu’il générait faisaient prospérer notre nation.
Je profitais d’une courte pause dans un pavillon situé au centre du jardin sud-est du palais. Dans un instant, j’aurais ma leçon d’équitation avec Leon.
« Princesse Alicia, je vous ai apporté quelques gâteaux. » dit Tricia. Elle entra dans le pavillon en tenant un plateau de biscuits et un pot de jus d’orange.
« Merci, Tricia. » dis-je.
« Où est passé Sire Leon ? » demanda-t-elle en regardant autour d’elle.
« Il est allé aux écuries préparer les chevaux pour mes leçons d’équitation. » répondis-je.
« Oh, quel dommage, je lui avais préparé ces gâteaux aussi. » dit Tricia d’un air triste. « Eh bien, princesse, que pensez-vous de lui ? » demanda-t-elle avec enthousiasme. Tricia versa ensuite du jus d’orange dans mon verre.
« Qui ? » demandai-je. Je pris un biscuit sur l’assiette et portai une bouchée à ma bouche.
« Sire Leon. » demanda Tricia. « Je vous ai vus ensemble plus tôt. Il a baisé le dos de votre main. Vous savez ce que cela veut dire. » Elle étouffa un petit rire.
Je fus surprise. Tout à coup, j’étouffai avec le biscuit que je tenais encore dans ma bouche.
« Hum, hum. » Je toussotais.
« Princesse, faites attention quand vous mangez. » Tricia me tendit mon verre de jus d’orange. Je bus une grande gorgée pour me dégorger.
« Vous écoutiez aux portes ? » demandai-je.
« Et bien… Enfin. Je ne comptais pas écouter aux portes. Je passais juste par là, et en voyant que vous deux causiez intimement, je n’ai pas voulu vous déranger, alors je suis restée sur place et je me suis cachée. » Tricia prit un air désolé.
« Écouter aux portes, ce n’est pas convenable. » la repris-je.
« Pardonnez-moi, princesse, ce n’était pas mon intention. » Tricia s’agenouilla et implora sa grâce.
Je soupirai. « Relevez-vous, Tricia. Simplement, ne recommencez pas. »
« Merci, princesse. » dit Tricia en se relevant. « Mais vraiment, je suis curieuse. Que pensez-vous de Sire Leon ? »
« Sire Leon est un homme bien. On sent qu’il est très intelligent et cultivé depuis qu’il m’a aidée dans mes études. » dis-je. « Et je peux aussi affirmer qu’il est quelqu’un de bon. »
« Pas de ça. Je veux dire, il a tant d’allure. Il est grand et beau. Et au vu de sa silhouette, il doit avoir des muscles bien dessinés sous ses habits. Oh, je sais seulement imaginer. » Elle fit une moue rêveuse.
« Ei bien… » rougissais-je sous la définition qu’elle donnait de Leon. « Il est plutôt joli garçon, je suppose. Mais ce que j’aime par-dessus tout, c’est son sourire. Il est si contagieux qu’on ne peut s’empêcher de rendre la pareille. » Un sourire effleura mes lèvres à cette pensée.
« Mon Dieu, princesse, vous rougissez et vous souriez ! » s’exclama Tricia avec un enthousiasme un peu excessif.
« Bah, non, ce n’est pas le cas. » niais-je. Je portai mes mains à mes joues, qui étaient réellement un peu chaudes.
« Princesse, vous souriez rarement. Vous devriez sourire souvent, vous êtes si belle. » dit Tricia.
« Vraiment ? » demandai-je.
« Oui, vous êtes vraiment magnifique quand vous souriez, princesse. » murmura une voix masculine. Cette voix provenait de l’autre côté du poteau du pavillon.