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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 923

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Chapitre 923

Chapitre 923

Chapitre 923/107186%~7 min de lecture1 235 mots

La bataille commença lorsque Jika, commandant de l'armée de Deusroda, conduisit ses troupes à l'attaque d'Alle. Le roi Bray réclamait une offensive totale contre Agartha, mais ce fut sur l'avis d'Ujo et des siens, qui jugeaient nécessaire de maintenir une pression sur Alle, que la sortie fut décidée.

Jusqu'alors immobile, adossée aux montagnes, la force d'Agartha se mit brutalement en mouvement. Pour prendre de flanc l'armée de Jika qui marchait sur Alle, un détachement agarthan se porta vers cette ville.

« Bien, sans perdre l'instant, Ujo à l'aile gauche, percute l'aile droite ennemie ! »

Bray donna l'ordre à son intime.

Ujo s'élança sur l'injonction du roi. Le commandant en chef reste d'ordinaire près du souverain pour superviser l'ensemble, mais ce rôle était tenu par le capitaine de la garde Buari. C'était hautement irrégulier, yet face à l'armée d'Agartha, on avait placé en pointe l'officier le plus farouche et le plus habile à mener les hommes de Deusroda.

Au moment où Ujo engageait, l'armée d'Agartha montra soudain, d'un bloc, l'intention d'avancer.

Mais au même instant, le détachement agarthan qui s'apprêtait à suivre les traces de Jika fit volte-face et frappa le flanc découvert d'Ujo. L'aile gauche s'effondra. Ujo et les siens, qui cherchaient à envelopper l'aile droite adverse, se trouvèrent eux-mêmes encerclés. Dès que le désordre prit l'aile gauche de Deusroda, les troupes d'Agartha y jetèrent leurs meilleurs éléments, cherchant à gagner les arrières ennemis. Derrière Deusroda, point de montagnes, seulement la plaine ; l'enveloppement était possible. Pourtant le camp principal d'Agartha, retranché dos aux monts, ne bougea pas d'un pas, quelque assaut qu'on lui livrât. Ce n'était pas une position dos à l'eau, mais dos à la montagne.

La force principale d'Agartha, juchée sur les hauteurs boisées, arrosait de flèches et de sorts l'armée de Deusroda qui gravissait les pentes. De surcroît, le camp principal comme les unités avancées étaient ceints de barrières puissantes : non seulement elles absorbaient toute attaque, mais elles interdisaient même de franchir une certaine ligne. Contre les soldats ainsi cloués au sol, Agartha déchaîna des assauts sans pitié. Vu de loin, on pouvait croire que Deusroda tentait d'encercler Agartha ; en réalité, c'était au pied même des lignes agarthanes que s'amoncelait une montagne de cadavres de Deusroda.

Dans une telle configuration, l'avantage penchait pour Agartha, qui n'avait pas à craindre une attaque sur ses arrières grâce au terrain. L'armée de Deusroda, tournée par la gauche, reculait pas à pas.

L'armée de Jika, alertée de la détresse d'Ujo, tenta de faire demi-tour, mais les forces de Nelf sortirent d'Alle et la prirent à revers, la clouant sur place dans la ville.

Voyant l'aile gauche en péril, le roi de Deusroda songea à engager la réserve de la garde, menée par Rael.

C'est alors que survenit un nouveau revers. Jusqu'alors cantonnée à la défensive, l'armée d'Agartha dans son ensemble bascula soudain à l'offensive. Une charge de toutes ses forces, droit sur le centre de Deusroda.

Deusroda déployait une formation en grue ; l'unité de Rael, gardienne du quartier général, venait de s'ébranler vers l'aile gauche. L'effort de Deusroda se concentrait sur l'aile droite adverse au moment précis où une brèche s'ouvrait au centre. Agartha s'y engouffra.

Le corps retranché dos aux montagnes, qu'on tenait pour le quartier général, passa à l'attaque, suivi par les unités de l'aile gauche et les autres réserves qui n'avaient pas encore combattu. Leur vitesse était surnaturelle. Deusroda ne resta pas bras ballants et lança la contre-poursuite, mais la cavalerie d'Agartha la secoua sans effort.

En un clin d'œil, ils atteignirent le quartier général ennemi. Chacun s'y ruait en silence. La scène était d'une férocité inédite. Autre fait étrange : la manière de combattre d'Agartha. Officiers et soldats, tous muets, se jetaient à l'assaut. Pas de proclamation de nom, pas de prise de tête, seulement une course aveugle vers le cœur ennemi, comme une horde de fous. Et à leur tête, un petit cavalier sur un cheval blanc, revêtu d'une armure d'argent, fauchait les cavaliers de Deusroda l'un après l'autre, ouvrant la voie ; son allure était celle d'un dieu-démon, et sa furie semblait contaminer toute l'armée d'Agartha.

« Sire, retirez-vous ! Je tiendrai ici, partez ! »

Le capitaine de la garde Buari hurla.

C'était une bataille inconcevable. Agartha livrait un combat sans précédent. Dans le bon sens de Deusroda, la guerre consiste à couper le plus de têtes possible, et si l'on peut prendre celle du général, on reçoit terres, or et honneurs. Bref, le but est la tête ennemie ; sans elle, pas de sens à se battre. Or Agartha dédaignait les têtes et fonçait, désespérée, sur le centre. Une façon de faire impensable pour eux.

Trois cavaliers, montes côte à côte, foncèrent droit sur le quartier général de Bray. La garde royale s'interposa, l'affrontement s'engagea. Le cavalier de tête maniait la lance avec une haine si visible qu'on n'y voyait que de la rancune personnelle, comme s'il pourchassait l'assassin de son père.

« Sire ! Il faut décrocher maintenant, réorganiser l'armée. Vite ! »

Buari empoignait la main du roi Bray.

« Reculer ! Abandonner le camp ! »

Pour Bray, c'était une première. Lui qui n'avait connu que des victoires certaines, l'idée de battre en retraite était inimaginable.

Un cavalier qui semblait un général, casque en tête, cheveux au vent, s'abattit sur lui avec trois hommes. Un soldat fondit sur Bray et le frappa sans crier gare. Bray dégaina pour parer.

« C'est toi le grand chef ! »

L'homme lança cette réplique et trancha ; Bray manqua la parade et reçut une entaille à la cuisse. Pas de douleur, mais le sang gicla, teignant sa jambe en un instant. Le quartier général de Bray ayant été repéré, les soldats d'Agartha affluèrent. Il n'était plus question d'y rester.

Porté par ses hommes, Bray quitta les lieux et reporta son camp sur l'aile droite. Ce déplacement isola totalement Ujo et les siens. Ujo tomba dans l'encerclement.

« Sauvez Ujo ! On ne doit pas laisser mourir Ujo ! »

Bray le cria, mais dans la confusion, nul ne put le secourir. Pire, sans ordre de sa part, l'aile droite entama un repli lent. Bray hurlait « Ne reculez pas ! » à en perdre la voix.

« Sire, quittons cet endroit une bonne fois. Si vous restez, vous serez happé par la mêlée. Reprenons du champ, reformons les troupes. »

Hyô, de la garde de l'aile droite, mit genou à terre pour le conseiller. Sans attendre l'aval du roi, il se releva et ordonna aux alentours de reculer lentement. Bray voulut protester, mais deux soldats l'encerclèrent, le hissèrent et l'emmenèrent presque de force.

L'ensemble du combat n'avait duré qu'une heure à peine. Devant la foudre d'Agartha, la majeure partie de l'armée de Deusroda n'avait eu que le temps de s'interroger. Quand ils parvinrent à se reformer, leurs effectifs avaient fondu de moitié.

Le commandant en chef Ujo, criblé de coups de lance et de sabre, fut ramené au quartier général de Bray. Quand on l'y déposa, il respirait encore.

« Sire, vous êtes en vie, quel… »

Il voulut sans doute dire « quel bonheur suprême ». Ce furent ses dernières paroles.

Le capitaine Buari gisait, emmêlé aux cadavres de ses hommes, ses tempes noires flottant au vent.

Bray ne versa pas une larme. Pas un mot de plainte. Il contempla seulement les dépouilles de ses deux vétérans, sans prononcer une seule parole…

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