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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 854

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Chapitre 854

Chapitre 854

Chapitre 854/106180%~7 min de lecture1 345 mots

Un après-midi ensoleillé, Vielle était assise sur une chaise dans sa chambre, le menton posé sur sa main, le coude sur le bureau. Son expression était quelque peu maussade ; à première vue, on aurait dit qu'elle portait quelque souci.

« Hum... »

Elle poussa un soupir empreint d'une lassitude indéfinissable. Sur le bureau reposait une unique lettre, et Vielle, sans changer de posture, y posa les yeux.

C'était une missive personnelle du roi du royaume de Darcloze. Y était consignée, de manière détournée, son amour pour Vielle. En somme, une lettre de demande en mariage de la part du roi de Darcloze.

Sa réponse était toute tracée. Non. Il n'était absolument pas son genre, et surtout, elle ne ressentait aucune affection dans ce texte. À en juger par la teneur, il l'avait écrite dans un esprit de « on ne sait jamais ». Si, par un hasard sur un million, elle acquiesçait, il bondirait au statut d'époux du pape. Le prestige du royaume de Darcloze s'en trouverait propulsé, et sa position au sein de la théocratie s'élèverait considérablement. C'est sur cette infime possibilité qu'il avait parié.

Du point de vue de Vielle, c'était cette légèreté du roi de Darcloze qui lui déplaisait. Pourquoi se lancer dans une entreprise si peu probable de succès ? S'il devait la tenter, pourquoi ne pas d'abord en augmenter les chances ? Probablement ne percevait-il ni la gravité de son acte, ni les risques encourus. Personne n'avait essayé de l'en dissuader ? Si, des conseillers avaient sans doute tenté de le raisonner. Mais le roi n'avait pas prêté l'oreille. Vielle, bien que spectatrice, ne put s'empêcher de plaindre ceux qui servaient un tel souverain.

Par l'envoi de cette missive, le royaume de Darcloze avait profondément terni son image aux yeux de Vielle. Sans doute ne porterait-elle plus aucune attention à ce pays pendant un bon moment. Quand bien même une catastrophe naturelle ou une famine s'y abattrait, elle ne tendrait pas la main pour le secourir. Elle en avait décidé ainsi : cet interlocuteur ne valait même pas qu'on lui fasse don de sa faveur.

Inversement, si Vielle avait accepté cette demande, ce royaume se serait vu confronté à un chemin semé d'embûches. Naturellement, il aurait dû subir les jalousies de tous les pays croyants de la théocratie de Crimiana. Les tentatives pour exposer les scandales de ce roi et de ce pays n'auraient pas cessé. Le résultat final n'aurait été que le déclin du royaume de Darcloze. Vielle ne pouvait pas imaginer ce roi capable de repousser ces convoitises et de revêtir la stature d'époux du pape.

Dans le cadre de sa stratégie, Vielle faisait miroiter aux rois des pays croyants qu'elle leur portait de l'intérêt, leur laissant croire qu'elle pouvait pencher pour eux. Mais ces rois n'étaient pas dupes. Ils savaient que toute action de leur part en direction de Vielle se heurterait immanquablement à quelque obstacle. C'est pourquoi la plupart, tout en souhaitant approfondir leur relation avec elle, s'abstenaient délibérément d'agir. Quelques-uns passaient pourtant à l'acte, mais ils s'arrêtaient toujours in extremis. Pour dire les choses crûment, ils s'amusaient d'un « jeu d'amour entre adultes ». Vielle n'exécrait pas ces manèges, mais ils n'en laissaient pas moins un goût de vacuité.

Elle poussa un nouveau grand soupir. Plus elle y réfléchissait, plus elle devait admettre que la question de son propre mariage était un problème ardu.

Au sein de la théocratie de Crimiana et de ses États vassaux, nul ne possédait les qualités pour devenir son époux. Si elle tournait son regard vers l'extérieur, rares étaient ceux dont l'âge correspondait au sien ; la plupart étaient des rois nettement plus âgés. Et même en examinant leurs qualités d'époux potentiel, aucun ne remplissait ses critères.

« Du moins, faut-il qu'il dispose d'un pouvoir équivalent à celui de la théocratie de Crimiana. »

Elle marmonna avec une mine dégoûtée. En appliquant cette condition, le premier candidat qui venait à l'esprit était l'empire de Hidêta. Bien que ce pays n'ait pas fait de la théocratie de Crimiana sa religion d'État, beaucoup de ses sujets la suivaient, et le défunt empereur comme de nombreux membres de la famille impériale s'y rendaient en pèlerinage. Sa taille et son prestige surpassaient même ceux de la théocratie. Il n'y avait pas de parti plus digne de Vielle.

Mais le seul écueil résidait dans le fait que l'empereur de Hidêta, Hidêta Shua Hito, n'en avait cure. Il avait jusqu'ici entretenu des relations amicales avec la théocratie à une distance exquise. On ne le voyait pas réduire cet écart de son propre chef, et si Vielle tentait de le combler, il s'éloignerait d'autant : c'était une certitude.

Le nom suivant qui traversa l'esprit de Vielle fut celui d'Agartha. L'origine du roi posait problème, mais la puissance et le prestige de ce pays les compensaient largement. L'âge, lui, était le plus proche du sien. Honnêtement, sceller une alliance matrimoniale avec Agartha aurait été l'option la plus commode, tant pour Vielle elle-même que pour la théocratie.

Reste un unique obstacle : le roi d'Agartha ne manifestait envers Vielle aucun intérêt. Elle s'y était trop montrée sous son vrai jour. Quel homme voudrait épouser une femme pareille ? Vielle en avait elle-même une conscience aiguë.

Pourtant, les hommes devant qui elle s'était ainsi dévoilée sans fard se comptaient sur les doigts d'une main. En réalité, c'était avec ce roi qu'elle avait le plus facilité à converser. Aucune attention superflue n'était requise. Oui, d'une certaine manière, elle éprouvait à son égard un sentiment proche de celui qu'on porte à sa famille.

L'atmosphère de ce foyer lui plaisait aussi. Elle imaginait que, vivant au sein de cette table joyeuse et animée, bien des fatigues s'envoleraient. Sans qu'elle s'en rende compte, la vie au manoir du roi d'Agartha se dessinait dans son esprit.

Manger en riant avec les enfants autour de la table. Partir ensuite travailler à Aphrodité aux côtés de Poesehai, venus la chercher. Rentrer le travail achevé, s'asseoir de nouveau à une table tout aussi vivante le matin, savourer les plats et clore le dîner. Prendre un bain, puis rejoindre la chambre à coucher avec son mari...

Vielle reprit soudain ses esprits. Pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, elle ne parvenait pas à imaginer la chambre à coucher avec le roi d'Agartha.

Comment se comporterait-il au lit ? Et elle, comment devrait-elle se comporter avec lui ? Raidir le corps et se contenter d'endurer son amour... ?

« Comme je n'ai pas d'expérience, je n'en sais absolument rien. »

Elle laissa échapper ce murmure. Elle avait déjà frôlé la relation charnelle, mais n'avait jamais franchi le pas. Imaginer ce qu'on n'a pas connu est difficile. Elle poussa malgré elle un gros soupir.

« C'est compliqué, sous bien des aspects. Et le mariage n'arrange rien. »

En poussant sa réflexion jusque-là, elle se fit cette promesse à elle-même : ce bonheur familial, elle l'avait déjà renoncé. C'est parce qu'elle y avait renoncé qu'elle pouvait désormais mener la politique à sa guise en tant que pape.

En effet, elle détenait à présent un pouvoir immense, comparable à celui de son grand-père, Juvansel Seine. Droit de nomination, pouvoir judiciaire, autorité militaire... tous les pouvoirs étaient rassemblés dans sa paume. Remplacer ses subordonnés était un jeu d'enfant, et leur ôter la vie tout aussi aisé. Si un pays lui déplaisait, elle pouvait mobiliser l'armée de la théocratie pour l'écraser. Au début de son pontificat, elle avait parfois eu peur d'un tel pouvoir absolu, mais aujourd'hui, une telle émotion avait quasiment disparu.

... Tout en tenant une telle puissance, moi qui n'arrive pas à renoncer au bonheur en tant que femme et qui continue de le réclamer, comme je suis avide.

Elle le songea en elle-même, un sourire amer aux lèvres. Mais ce désir ne semblait pas prêt de s'éteindre de sitôt. Elle devrait encore composer avec lui un bon moment.

Une fois cette résolution prise, elle s'étira longuement et battit des mains. Une servante ne tarderait pas à arriver. Elle prendrait un bain, puis se mettrait au travail...

Elle se leva lentement.

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