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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 813

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 813

Chapitre 813

Chapitre 813/100181%~7 min de lecture1 309 mots

À l'ouest du royaume de Fradime, gouverné par le Daijō-ō Meintia et son fils, se trouve un pays appelé le royaume de Kedaka. Doté d'un territoire d'une superficie comparable à celle de Fradime, ce pays entouré de montagnes a acquis une renommée mondiale comme gisement d'or et comme terre d'élevage de chevaux d'exception. De plus, le roi défunt, Kedaka In Zanudo, s'était illustré comme un souverain clairvoyant ; non seulement il avait conduit à la paix les relations avec les voisins Fradime et Sandanji, qui s'étaient jusqu'alors livrés à des escarmouches frontalières, mais il avait aussi promu le développement économique, augmentant spectaculairement la puissance nationale.

Cinq ans s'étaient déjà écoulés depuis la disparition de ce roi sage. Son successeur, le roi Bion, avait repris la ligne politique de son prédécesseur et entretenait des rapports pacifiques avec les pays limitrophes ; en apparence, aucun problème ne se posait. Pourtant, en coulisses, les vassaux s'opposaient farouchement au sujet d'une certaine question, aboutissant à une situation inextricable…

***

« En d'autres termes, chancelier, vous persistez à vous opposer à notre avis ? »

C'est Atobe qui parlait, le front plissé. À ses côtés se tenait un homme nommé Gasaka, qui fixait lui aussi le chancelier d'un regard perçant. De son côté, le chancelier Magata faisait face à ces regards acérés avec un calme imperturbable, sans daigner s'en offusquer.

« Comme je le dis depuis le début, il ne faut pas toucher au fort de Jin. »

Le fort de Jin était une forteresse occupée par des orcs une dizaine d'années plus tôt. Pressé par l'entourage qui réclamait l'envoi de troupes pour la reprendre, le roi Zanudo avait bien mobilisé l'armée, mais il n'avait finalement jamais ordonné l'assaut ; depuis, le fort était devenu un nid d'orcs.

Le chancelier Magata avait des raisons de s'opposer à la reconquête. Aux alentours de la forteresse s'étageaient plusieurs villages d'orcs, et l'on disait qu'un Orc King, une espèce supérieure, y résidait. Lorsque le roi défunt avait dépêché l'armée de reprise, c'était Magata qui en assurait le commandement en chef ; il avait, de sa propre autorité, ordonné l'arrêt de l'attaque et le repli depuis le fort.

D'ordinaire, un tel acte relève de la fuite devant l'ennemi. Magata était prêt à en payer le prix de sa vie, mais le roi Zanudo avait, au contraire, loué sa décision, avouant en riant qu'il pensait exactement la même chose. Dés lors, le roi le garda près de lui et l'éleva au rang de conseiller intime.

« Si nous forçons le passage en dirigeant nos soldats sur le fort, les orcs contre-attaqueront à coup sûr. À l'origine, ce sont nos propres troupes qui, en attaquant sans discernement les villages orcs, ont provoqué la riposte qui nous a coûté le fort. Y envoyer à nouveau des soldats ne ferait qu'exciter davantage les orcs. S'ils se soulèvent tous ensemble, leur nombre dépassera aisément la dizaine de milliers. Si cette masse se tourne vers l'offensive, les dégâts ne se limiteront pas à notre pays ; Fradime et Sandanji, nos voisins, risquent d'en subir le contrecoup. Ce serait alors irrémédiable. N'était-ce pas là précisément ce que craignait le roi défunt ? »

« C'est exact, à l'époque du roi défunt. Mais les temps ont changé. Selon les éclaireurs, on aperçoit à peine quelques orcs au fort de Jin. Quel mal y aurait-il à y envoyer des troupes pour l'occuper ? C'était à l'origine notre forteresse. S'il est désert, nous n'aurons même pas à tuer inutilement d'orcs. »

« Même ainsi, je ne le permettrai pas. D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi vous tenez tant à ce fort. Quand bien même nous le laissons aux orcs, le préjudice pour notre pays reste minime. L'ossature de la nation n'en vacille pas. »

« … »

Devant les paroles du chancelier, Atobe et Gasaka se turent. Ses arguments étaient fondés. Pourtant, eux aussi avaient leurs raisons de vouloir absolument reprendre ce fort.

Atobe et Gasaka servaient depuis longtemps comme proches serviteurs du roi actuel, Bion. L'opinion commune voulait que ce dernier soit inférieur à son père. Cela leur était insupportable. Certes, le roi défunt avait conduit le pays à la prospérité par son habileté politique ; il serait sans doute célébré comme l'artisan d'une renaissance. Mais, à leurs yeux, Bion ne le cédait en rien à son père, ni sur le plan politique, ni sur le plan militaire. Au contraire, en matière d'arts martiaux, il surpassait largement le roi précédent. Le moyen le plus sûr de renverser cette réputation était de produire des résultats. Reprendre le fort perdu sous le règne précédent ferait basculer l'opinion sur Bion. Tous deux en étaient convaincus.

Il y avait une autre raison à leur obstination : c'était le roi Bion lui-même qui avait proposé la reconquête. Atobe et Gasaka voulaient à tout prix réaliser le souhait de leur seigneur.

Ce n'était pas, au départ, une bataille perdue. L'ennemi n'était que des orcs. Ils ont des têtes et des corps de sangliers ou de porcs, une force certaine, mais une intelligence bien inférieure à celle des humains. Qu'ils soient quelques milliers ou quelques dizaines de milliers, si l'on rassemble cinq mille hommes et que l'on frappe d'un seul coup, un jour suffit pour reprendre le fort. En y ajoutant des renforts, on pourrait même anéantir les orcs qui pullulent dans la forêt.

En face, le chancelier Magata et les vétérans ayant servi le roi défunt s'opposaient d'emblée à ce plan. Motif : le dernier testament du roi défunt, « Ne provoquez pas inconsidérément la guerre ». Ce n'était pas une simple injonction posthume ; les anciens en comprenaient parfaitement le sens.

Les abords du fort de Jin sont ceints par la vaste forêt de Mūbi. Y vivent orcs et divers monstres. Tant qu'on ne trouble pas leur territoire, ils n'attaquent pas les humains de leur propre chef. Mais une fois leur domaine violé, ils le défendent au prix de leur vie, harcelant les envahisseurs jusqu'à les exterminer. De surcroît, ces territoires s'entrecroisent de façon complexe ; en croyant n'attaquer que des orcs, on risque fort d'empiéter sur le domaine d'autres monstres. L'ennemi ne se limiterait plus aux orcs. C'est pourquoi le roi défunt, comme les vétérans, prônait le statu quo. Les anciens, jeunes, avaient combattu les orcs et connaissaient leur ténacité à satiété ; ils étaient persuadés qu'on ne devait pas se les mettre à dos.

En revanche, Atobe, Gasaka et le roi Bion n'avaient jamais affronté d'orcs. Aussi les mots des vétérans ne les atteignaient-ils pas ; ils ne comprenaient pas non plus le sens de l'autre testament du roi défunt : « Consultez le chancelier Magata pour toute décision ». Les anciens avaient partagé maintes batailles et surmonté maintes épreuves aux côtés du roi défunt ; forts de ce passé, les propos du jeune roi et des siens leur semblaient dénués de tout réalisme.

… Ces ministres fourbes.

Les vétérans, à commencer par le chancelier, observaient en silence Atobe et Gasaka, qui ne cessaient de les toiser de leurs regards acérés, et marmonnaient en eux-mêmes de tels mots. Pour eux, ces deux-là étaient des vers dans le corps du lion. Ils apparaissaient comme les vrais artisans de la déchéance du roi et du péril qui menaçait le pays. Inversement, pour Atobe et Gasaka, ces vieillards au regard glacial étaient des épines dans le pied ; pour que Bion puisse mener une vraie politique, il fallait les écarter au plus vite. Surtout le chancelier Magata, qui s'abritait derrière le titre d'« œil du roi » que lui avait décerné le défunt, et s'opposait systématiquement à chaque mesure de Bion — un gêneur intraitable.

En apparence, ce pays semblait d'un seul bloc ; pourtant, entre les vétérans d'un côté, le jeune roi et ses proches de l'autre, un fossé profond se creusait. Et ce fossé allait déclencher un événement qui marquerait l'histoire…

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