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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 801

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Chapitre 801

Chapitre 801

Chapitre 801/100180%~7 min de lecture1 222 mots

Albert avala de force les mots « Monseigneur le Duc ». Le duc Raust était décédé il y a une vingtaine d'années. Il en avait vu le corps sans vie.

Pourtant, le jeune homme qui se tenait devant lui était le portrait craché du duc Raust, sous tous les angles. Mais Albert se dit intérieurement, ici et maintenant : ne te laisse pas berner.

Une telle ressemblance n'est pas naturelle. Il cherche peut-être à trompre notre maison. Il ne faut pas baisser la garde.

Albert exhalia brièvement et prit la parole d'un ton ferme.

« Que désirez-vous de notre maison ? »

« Ah, pardon de vous déranger alors que vous êtes occupé. J'ai ouï dire que dame Merle se trouvait ici... »

« Quel peut bien être l'objet de votre visite ? »

Albert ne confirma ni n'infirma la présence de Merle. N'importe quel villageois aurait pu dire qu'elle résidait au manoir, mais en se refusant à le formuler, il signala à ce jeune homme qu'il n'avait pas abaissé sa garde.

« Et bien... comment dire... Il se trouve que je suis, paraît-il, le fils de dame Merle, Lindes. Je me suis dit qu'il valait mieux me montrer, ne serait-ce qu'une fois... »

Il arborait une mine embarrassée, se grattant la joue. Albert pencha la tête.

... Que raconte ce jeune homme, au juste ?

Pourquoi un tel détours ? Il n'avait qu'à dire : « Je suis Lindes, votre fils. » Avec une telle formulation, il ne pouvait qu'éveiller les soupçons. Pourquoi s'y prendre ainsi ? Albert songea un instant qu'il se moquait d'eux, mais son allure et son aura ne laissaient pas penser qu'il en fût rien.

Comme s'il avait perçu ses pensées, le jeune homme poursuit.

« Ah, vous me prenez pour un type louche, hein. Oui, c'est louche. Vous pensez que je n'ai qu'à dire "Je suis Lindes", mais il y a des circonstances qui m'en empêchent... Hum, c'est compliqué. »

Que veut-il dire ? Albert afficha une mine dubitative. Le jeune homme parut alors se résoudre à quelque chose.

« Pour tout vous dire, je n'ai aucun souvenir de mon enfance. Mes premiers souvenirs remontent à mes six ans, quand j'ai été vendu comme esclave et mis sur le marché. J'ai eu la chance de tomber sur un bon maître, ce qui m'a permis de grandir jusqu'ici. Pour moi, mes parents, ce sont ce couple de maîtres qui m'ont sorti de l'esclavage. Mais récemment, une personne bienveillante m'a instruit sur le royaume de Minz, sur le duc Raust, sur son épouse dame Merle, et m'a appris que j'étais leur fils Lindes. Je sais que c'est déplacé de ma part... mais moi aussi j'ai une femme et un enfant. Je comprends bien le désir d'un parent de revoir son enfant. Dame Merle aussi, se disant "et si c'était lui ?", est venue jusqu'ici. »

Albert réalisa qu'il avait la bouche grande ouverte et se redressa prestement. Effectivement, le récit de ce jeune homme tenait la route. Mais était-il vraiment Lindes ? Effectivement, Lindes avait été vendu à des marchands d'esclaves à six ans. Albert n'avait pas assisté à la scène, mais il avait ouï dire qu'on l'avait arraché aux bras de dame Merle. Il avait trouvé cela excessif, mais un simple majordome n'avait pas voix au chapitre.

À l'annonce de la vente de Lindes, il avait cru l'enfant condamné. Un gamin ne survivrait pas à la vie d'esclave. Le jeune homme affirmait avoir eu la chance de tomber sur un bon maître. C'était possible, mais que ce jeune homme en soit le bénéficiaire, c'était inconcevable.

Albert hésita. Devait-il présenter ce jeune homme à dame Merle ? Quelle serait sa réaction ? Elle pourrait ne rien manifester, ou fondre en larmes de joie.

Ne valait-il pas mieux ne pas briser cette vie paisible ? Cette pensée lui traversa l'esprit. Le jeune homme, comme s'il l'avait devinée, prit la parole.

« Je repasserai demain ou après-demain. Dites-lui simplement que Lindes est en vie. »

Sur ces mots, il salua, tira les rênes et s'en alla sur son cheval blanc. Albert resta là, hébété, comme trompé par un renard, à regarder s'éloigner ce dos.

Il regagna le manoir dans un état second. Mamius lui demanda ce qu'était devenu l'homme d'à l'instant, mais il répondit en l'air. Elle le regarda, perplexe, et retourna vers l'entrée.

« Qu'y a-t-il ? »

Assis sur le canapé, Albert reçoit la question de son épouse Elliott.

« Ah, euh, non... enfin... »

Les mains d'Elliott s'immobilisent sur son ouvrage. Son visage demande : « Qu'est-ce qui s'est passé ? » Ne supportant pas ce regard, Albert se lève.

« Je vais m'enquérir de l'humeur de dame Merle. »

« Hein ? »

Pour Elliott, c'est une parole inattendue. Le maître qui va aux nouvelles de dame Merle, ça n'arrive presque jamais. Elle le raccompagne des yeux, perplexe.

« ... Excusez-moi. »

Il frappe à la porte de la chambre de Merle et entre. Comme toujours, elle regarde vaguement par la fenêtre. Une poupée.

Albert sent son cœur se serrer. Quels que soient les mots qu'il lui adresse, quel que soit le zèle de son service, il ne parviendra pas à ouvrir le cœur de cette dame. Elle achèvera sans doute ses jours sans avoir échangé un mot véritable. Cette pensée le rend infiniment triste pour elle.

« Il fait beau temps aujourd'hui. Un ciel bleu sans un nuage. Si vous le souhaitez, sortez dans le jardin pour le voir. Vraiment, pas un nuage, un ciel bleu magnifique... »

Pas de réaction de Merle. Comme si sa voix ne lui parvenait pas.

« Euh... cela... Je me demandais si je devais vous le dire... Tout à l'heure, à l'entrée, un jeune homme prétendant s'appeler Lindes s'est présenté. »

L'attitude de Merle ne change pas. Albert continue.

« Oui, euh... bien sûr, bien sûr, je l'ai renvoyé. Évidemment. Lindes-sama vivant... Non, un homme qui se fait passer pour Lindes-sama, c'est indécent. J'aurais dû le capturer et lui trancher la tête, mais je n'ai pas voulu créer de scandale... Toutefois, pour tout dire, ce... cet homme avait un visage qui était le portrait craché du défunt duc, du duc Raust. J'ai failli appeler "Duc !" moi-même. ... Enfin, bref. On lui aura dit qu'il lui ressemblait, quelque part. Il l'a pris au sérieux et s'est présenté ici. Il voulait sans doute soutirer de l'argent... »

« ... »

« Ha ? Qu'avez-vous dit à l'instant ? »

« ... »

Merle a ouvert la bouche. Impossible de discerner les mots. Mais elle a bel et bien articulé quelque chose qui ne ressemblait pas à des mots. Toujours le dos tourné à Albert, il s'affole et cherche ses mots.

« Ah, euh... non, enfin, j'ai... j'ai dit que je le laissais passer, que je le laissais passer, non, que je l'autorisais à passer, mais il a dit qu'il avait affaire ou pas, et il est parti. Enfin, il est parti, mais il a dit qu'il repasserait demain ou après-demain, oui. Qu'il passerait au manoir. Madame, si ce jeune homme, celui qui se dit Lindes, se présente, dois-je le laisser entrer ? »

Merle ne répondit rien aux mots d'Albert. Cela signifiait-il qu'elle exigeait qu'on l'amène coûte que coûte ? Non, c'était certain. Tout en y réfléchissant, il s'inclina profondément...

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