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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 776

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Chapitre 776

Chapitre 776

Chapitre 776/91185%~7 min de lecture1 220 mots

Dans le bureau de Vielle, au temple papal d'Aphrodité, deux lettres gisaient sur son bureau. L'une était épaisse, l'autre fine. Vielle hésitait sur celle qu'elle ouvrirait en premier, puis tendit lentement la main vers la plus mince.

L'expéditeur était l'empereur Tōgo de l'empire de Karūtren. Il y était rapporté que les forces coalisées de Mītos, Erusumo et Nōno avaient été défaites par l'alliance d'Agaruta et de Hīdēta lors du récent conflit. En revanche, l'armée de Karūtren était sortie intacte et, jurant de prendre sa revanche, affirmait qu'elle vaincrait assurément Agaruta.

Une fois sa lecture achevée, Vielle saisit l'autre missive, l'épaisse, le visage impassible. Il s'agissait d'une compilation des rapports envoyés par les fidèles résidant dans divers pays. Ceux-ci décrivaient le déroulement des combats dans les moindres détails, et analysaient avec justesse les causes de la victoire et de la défaite.

Vielle poursuivait sa lecture, toujours sans expression. La pièce était vide. Elle pouvait s'immerger pleinement dans son monde.

Les rapports lui permettaient de suivre l'évolution des affrontements comme si elle les avait sous les yeux. Leur auteur était d'une compétence remarquable. On avait l'impression d'assister en direct au déploiement des opérations, tant la description était minutieuse.

Elle posa lentement le dossier sur le bureau, ferma les yeux et leva le visage vers le plafond.

L'issue allait de soi. Il n'y avait aucune chance pour des gens ordinaires de l'emporter contre ce roi. La force de ce pays recelait quelque chose que seuls ceux qui l'avaient affronté pouvaient comprendre. Si c'était moi à sa place, que ferais-je… ?

La stratégie consistant à attirer l'armée d'Agaruta jusqu'à Rōkuru, la capitale de Mītos, lui parut bien ficelée. Même l'armée d'Agaruta, sur un terrain sablonneux défavorable où la magie était inutilisable, n'aurait pas tenu le coup si elle se faisait attaquer de toutes parts. Le problème était de savoir comment l'y faire venir.

Sur ce point, le plan militaire de Mītos pêchait par négligence. Avec les armées de Nōno et de Sēfando positionnées de la sorte, tout commandant compétent songerait d'emblée à les anéantir l'une après l'autre. Ce qui surprit Vielle, ce fut la manière dont l'armée d'Agaruta avait été piégée. En examinant la carte tactique, elle avait cru qu'Agaruta feignait la retraite pour appâter Nōno et Sēfando avant de les détruire séparément. Mais la réalité était tout autre. L'armée d'Agaruta s'était divisée en deux : un corps pour fixer Nōno, le gros des troupes pour contourner la montagne où campait Sēfando et lancer une attaque nocturne. Plus incompréhensible encore : le détachement qui contenait Nōno avait fait demi-tour pour rejoindre l'assaut contre Sēfando. À quel moment le roi d'Agaruta avait-il donné cet ordre ? Ce corps de fixation se mouvait comme s'il observait le champ de bataille en temps réel. En voyant le nom du commandant, Vielle porta les yeux au ciel.

La reine Matukaru.

Elle n'avait guère échangé de mots avec elle, juste les salutations d'usage, et en gardait l'image d'une femme silencieuse. Mais son visage, elle s'en souvenait distinctement. Une silhouette frêle, une posture droite, une allure de militaire née. Son regard aigu, qui scrute les alentours, en faisait une figure à part parmi les épouses du roi d'Agaruta, toutes plus belles les unes que les autres.

« C'était bien l'enfant du roi de Ramaron, non… ? »

Vielle murmura, sans s'adresser à personne.

Elle était convaincue que l'affrontement contre les forces de Nōno et Sēfando avait été le tournant décisif de cette guerre. Et le facteur clé de ce succès, elle le tenait pour acquis, résidait dans la manœuvre de ce corps de fixation.

… Le roi d'Agaruta et cette épouse partagent une affinité profonde. C'est donc ça ?

Ceux dont les cœurs communiquent comprennent les intentions de l'autre sans paroles. La raison de cette victoire résiderait-elle là ?

Vielle ferma les yeux pour réfléchir. Son esprit esquissa l'intimité de ces deux-là.

Une militaire en activité. Qui plus est, à cet âge. Elle doit déborder d'énergie. La traite-t-elle comme un cadet, lui réclamant ses faveurs ? Un mari qui s'y plie docilement… Non, une telle relation ne crée pas cette communion. Dans un rapport de soumission, celui qui obéit adopte une attitude passive. Ce qui rendrait ce mouvement inexplicable.

Là-dessus, Vielle rouvrit les yeux.

Alors, est-ce simplement une excellente compatibilité physique ? Peut-être se donnent-ils mutuellement ce qu'ils désirent…

L'imagination de Vielle n'était pas loin de la vérité. En réalité, leur entente était parfaite, et ni Rinosu ni Matukaru n'avaient le moindre grief sur ce plan.

… Ce roi possède peut-être aussi ce genre de talent.

Cette pensée lui arracha un rire contenu. Il y a quelque temps, Vielle avait tenté de séduire ce roi en usant de son corps. Si elle avait réussi… Elle n'aurait pas pu exclure la possibilité de devenir, elle, sa captive.

Elle repensa à l'intimité d'un jeune cardinal qu'elle avait surprise jadis.

C'était un monde de domination totale par le plaisir. La femme se laissait modeler, adoptant les poses les plus variées au gré des désirs de l'homme. Celui-ci s'excitait à ce spectacle, et la femme, en prenant ces poses, enflammait encore davantage son ardeur.

À l'époque, Vielle n'avait pas compris cette situation ; elle l'avait classée comme un cas d'école, se disant que de telles choses existaient. Mais elle pouvait, par maladresse, se retrouver du côté de la femme.

… C'est typiquement le stratège qui se noie dans sa propre ruse.

Elle réprima difficilement son hilarité. Ses épaules tremblaient depuis un moment, puis, ne tenant plus, elle éclata d'un rire sec.

C'était trop drôle, tout simplement. Elle qui avait essayé d'en faire son esclave risquait de devenir la sienne : le comble de l'ironie. Pas moi. J'en suis persuadée. Mais cet homme a renversé tant de certitudes. Ce en quoi je crois pourrait s'effondrer du jour au lendemain. Si je tombais sous sa coupe, incapable de vivre sans lui, que deviendrait cette théocratie de Kurimiana ? Selon les circonstances, les fidèles pourraient se soulever à nouveau. Cette fois, ce ne serait pas une révolte locale, mais un chaos planétaire. Et je ne survivrais pas.

… Pourtant, connaissant cet homme, il se pourrait qu'il ne s'immisce pas dans les affaires de la théocratie. Un simple « Je te laisse gérer la théocratie », jeté là distraitement.

… Ce serait décevant, aussi.

Finir dévorée par la luxure, abandonnée des fidèles, perdre la vie. Mon nom traverserait les âges, et maintes histoires me prendraient pour héroïne. S'il faut mourir, autant laisser une telle empreinte. Telles furent ses pensées.

Vielle songea soudain. Quelle fin souhaiterais-je ? M'éteindre paisiblement, entourée de fidèles qui me regrettent, ou périr au cœur d'un grand tumulte ?

Insultée, couverte d'injures, une jeune et belle femme exposant sa peau blanche avant que ne tombe la lame… En imaginant cette scène, Vielle sentit son corps frissonner. Elle savait pertinemment que ce n'était pas la peur qui la secouait.

« Arrête ces sottises ! »

Vielle s'adressa la phrase à elle-même, comme pour se ressaisir. À cet instant, on frappa à la porte, et un jeune cardinal entra, tout confus. Il avait sans doute attendu dehors, la voyant plongée dans ses pensées.

Elle lui lança un regard qui disait : *Tu as vu, n'est-ce pas ?* Mais l'homme détourna les yeux.

Vielle se recomposa, se rassoit. Sa silhouette retrouva l'allure majestueuse du pape qu'elle était d'ordinaire…

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