On entendait faiblement le chant des oiseaux. Ces derniers temps, c'était mon signal de réveil. Je me redresse lentement dans le lit. Comme l'hiver approche déjà, l'air de la pièce est pur et un peu frais. Tout en ressentant cela, je saisis la carafe posée près de l'oreiller et bois l'eau lentement.
Je descends du lit et me dirige droit vers la salle de bains.
« Bonjour. »
« Bonjour… Sainteté. »
Quand je m'adresse à la suivante, elle me répond en tremblant de tout son corps. Vielle adorait cette réaction.
J'ouvre la porte de la salle de bains. L'intérieur est déjà chaud. La suivante de tout à l'heure, ayant perçu mon réveil, a dû chauffer la pièce. Elle a sans doute prévu l'heure à laquelle je me lève et gère la température. Je marmonne en moi-même qu'elle est vraiment compétente.
J'enlève mes vêtements et me tiens entièrement nue. Dans la pièce d'à côté, une baignoire est installée, remplie d'eau chaude. Qui plus est, elle est à la température idéale. De plus, le parfum que Vielle préfère y est mélangé, si bien qu'en ouvrant la porte, une délicieuse fragrance me chatouille le nez.
Vielle s'enfonce lentement dans la baignoire et s'y plonge. Tout son corps est enveloppé de chaleur.
À chaque fois, je me dis que le roi d'Agartha qui a imaginé cette façon de se baigner est admirable. Quand le temple papal a été reconstruit, on a forcé les choses pour l'installer, et Vielle pensait du fond du cœur que cela en valait la peine. Le principal problème était l'évacuation de l'eau de la baignoire, mais en tirant le bouchon, elle s'écoule par une rigole de pierre jusqu'à la pièce juste en dessous. Là, un grand réservoir a été aménagé, et toute l'eau de la baignoire et de la salle de bains y est recueillie.
Dès que l'eau s'accumule dans le réservoir, les fidèles s'empressent de la mettre en bouteilles. Cette eau se vend comme un remède universel — bon à boire, bon à appliquer — entre les fidèles de l'Église de Crimiana, au prix de cent mille yens japonais la bouteille. Ce n'est pas seulement un médicament : on dit qu'en la gardant chez soi, elle chasse les mauvais esprits, aussi s'arrache-t-elle parmi les fidèles. Et ce n'est pas seulement dans la capitale théocratique Aphrodité : les fidèles du monde entier et ceux qui vénèrent Vielle la réclament. Aujourd'hui, c'est devenu une source de financement majeure pour l'État ecclésiastique de Crimiana.
Trempée dans l'eau chaude, Vielle ne pense à rien, elle reste là, hébétée. Impossible de montrer cet aspect aux fidèles, mais pas la moindre chance que qui que ce soit n'entre dans cette pièce. C'était le seul endroit où Vielle pouvait se montrer sans se soucier des regards.
Je me lave le visage avec l'eau de la baignoire. Cette eau aussi sera mise en bouteilles et vendue… C'est en y songeant qu'une idée traverse soudain l'esprit de Vielle.
… Si je faisais mes besoins là-dedans, est-ce que tout le monde l'achèterait quand même ?
Je ris de moi-même d'avoir une pensée aussi stupide. Personne ne le saurait, mais en tant qu'eau dans laquelle la papesse a insufflé son énergie vitale, on pourrait peut-être la vendre dix fois plus cher. En y songeant, un rire m'échappe.
… Si ça se savait, ça provoquerait une nouvelle rébellion.
En marmonnant cela en moi-même, elle sort de la baignoire et plonge la main dans le petit seau d'eau placé juste à côté. … Froid. Mais elle s'en sert pour se laver le visage en y plongeant le visage. Et finalement, elle se verse cette eau sur tout le corps.
De retour dans le vestiaire, elle se regarde dans le miroir posé là. Tout son corps est congestionné, la peau rose. Elle prend une serviette et s'essuie soigneusement. Je me trouve un beau corps. Il m'arrive d'appeler une suivante ; elles voient le corps de Vielle et, invariablement, rougissent jusqu'aux oreilles en baissant les yeux. Vielle adore cet instant.
… Si on faisait de ce vestiaire une paroi de verre, quelle tête feraient-elles ?
Jusqu'à là, je me dis que c'est idiot, j'enfile un peignoir et quitte la pièce.
De retour dans ma chambre, le petit déjeuner est déjà prêt et une suivante attend pour le service. Vielle s'assoit sans un mot et commence à manger prestement.
Du pain tout juste cuit, de la salade, en plat principal tantôt un plat d'œufs, tantôt un steak. Ce jour-là, c'était jambon-œufs.
La ceinture du peignoir étant fermée lâchement, la poitrine de Vielle est presque entièrement visible. Les tétons sont juste cachés, mais la plus grande partie de ses beaux seins est exposée. De plus, comme elle mange en croisant les jambes, ses cuisses d'un blanc pur sont visibles. Les suivantes font attention de ne pas regarder, mais leur finit inévitablement par aller vers la poitrine et les hanches.
Le petit déjeuner se termine invariablement par un jus d'orange pressé. Elle le boit d'une traite. C'est le signal pour s'habiller : la suivante apporte sous-vêtements et robe papale. Vielle se lève, laisse tomber le peignoir sans cérémonie et redevient entièrement nue. Un son inarticulé s'échappe des suivantes.
Comme si ces regards n'avaient aucune importance, elle saisit la robe papale et l'enfile vivement. Les sous-vêtements restent dans les mains de la suivante. S'en apercevant, elle affiche une expression douce et ouvre la bouche.
« Je ne ferai mes devoirs que la matinée. L'après-midi, je me reposerai ici. »
À ses mots, toutes les suivantes baissent la tête d'un même mouvement.
Elle quitte sa chambre et se rend au bureau. Tous la saluent par la plus profonde révérence. Elle y répond en levant la main droite et s'assoit sur son fauteuil. Sur le bureau, des lettres posées sur un plateau s'empilent, et elle les parcourt une à une. La plupart sont des lettres de complaisance.
« Hmm ? »
Une lettre retient son attention. L'expéditeur est l'empereur Tōgo de l'Empire Calutren.
C'est un fidèle fervent de l'Église de Crimiana, l'un de ceux qui vénèrent Vielle. Elle aussi lui accordait une grande confiance. Elle pensait que sa lettre était soit un tribut, soit une marque de déférence, mais ce qui y était écrit était un rapport de guerre.
Actuellement, l'Empire Calutren, allié à Erusumo, Nōno et Sēfando, attaque le Royaume de Mythos. Il y est écrit que des renforts viendront probablement de l'Empire Hidêta et d'Agartha. Et à la fin, il est écrit que dans cette bataille, il prendra assurément la tête du roi d'Agartha pour la lui présenter.
Vielle détourne les yeux de la lettre et porte son regard vers le ciel.
Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Un tel développement, même Vielle ne l'avait pas prévu. Qu'est-ce qui s'était passé…
En plus, on dit qu'on prendra la tête du roi d'Agartha dans cette guerre. Vielle jugeait cette possibilité extrêmement faible, mais il y a toujours ce « une chance sur dix mille ». Si cela arrivait, l'État ecclésiastique de Crimiana ne retrouverait-il pas sa vigueur d'antan… Une telle espérance gonfle sa poitrine.
Non, même si le roi d'Agartha disparaissait de ce monde, ceux qui le servent sont extrêmement compétents. Je ne pense pas que le pays s'effondre immédiatement. Même si le roi meurt, le système actuel se maintiendra.
Qui dirigera Agartha après la disparition de ce roi… Il y a des princes, mais tous sont jeunes. Quelqu'un fera office de régent. En y songeant, le visage d'une femme flotte dans l'esprit de Vielle. C'est Rikoretto.
C'est elle qui succédera au roi et fera marcher la politique. Une adversaire coriace, mais elle a une fragilité mentale. Si elle craquait psychologiquement et se mettait à faire n'importe quoi… La résurrection de Crimiana pourrait arriver plus vite qu'on ne le croit.
… Non, non.
Vielle se freine en se disant cela. Une telle possibilité est minime. Y perdre du temps, c'est justement du temps gâché. Elle pose la lettre qu'elle tenait et en saisit une nouvelle.
Je veux finir de lire les lettres vite et retourner dans ma chambre… Comme je n'ai pas mis de sous-vêtements, j'ai froid. Effectivement, à cette saison, mieux vaut en porter, marmonne-t-elle en elle-même tout en parcourant les lettres.