Quand je me réveillai, j'étais accroché au corps de Mei. La laine de mouton est vraiment mystérieuse. Chaude en hiver, fraîche en été. Pendant un moment, je caressai la tête de Mei tout en savourant cette sensation. J'aurais voulu profiter encore de cet instant, mais aujourd'hui ce n'était pas possible. Le cœur lourd, je me relevai du lit.
Je me régalai du petit-déjeuner que Peris et les autres avaient préparé. Felis aussi semble avoir une bonne mémoire, elle maîtrise déjà plusieurs plats. Les omelettes notamment, elle les réussit à la perfection. J'ai hâte de voir la suite.
Au moment où le petit-déjeuner fut terminé, Mei me tendit une épée.
« Maître n'aime pas particulièrement trancher des gens. J'ai donc essayé de forger une épée légère, mais dure. Si l'occasion se présente, essayez-la. »
Elle avait une facture semblable à « Onikiri », comme un sabre japonais. Quand je la tirai du fourreau, une lame d'un noir d'encre apparut. Légère comme si je tenais une branche. Pourtant, sa dureté serait telle qu'elle pourrait tordre un bloc de fer. Je la baptisai « Kurogatana ». Dorénavant, je porterai « Onikiri » et « Kurogatana » à la ceinture, et « Holy Sword » dans le dos sur le champ de bataille.
Ceinturant les sabres, je rassemblai les membres de la veille et remontai dans le cercle de transfert. J'écoutai le rapport sur le territoire de Krumfal : aucun problème particulier, ce qui me rassura. On ne sait d'où ils l'ont sortie, mais les chevaliers de l'Empire auraient commencé à festoyer, et leurs voix se seraient fait entendre jusqu'au cœur de la nuit.
En début d'après-midi, le baron Joono entra dans le salon où nous nous trouvions.
« Il ne semble pas y avoir de point obscur, nous reprenons donc la route. Je vous souhaite bonne chance. »
« Prends garde en chemin. »
Arborant un sourire narquois, Joono quitta la pièce, et les chevaliers de l'Empire quittèrent le manoir. Dès qu'ils eurent disparu, je réunis tout le personnel du manoir à l'écurie.
« Tout le monde, préparez-vous au combat. Pius, Partan, Popia, Nokita, Aga, vous venez avec moi. Les autres hommes assurent la garde du manoir. Riko et Quena restez en stand-by au manoir. Et toi, Felis, tu restes aussi à la maison. Si des bandits attaquent, protège Riko et les autres. Tu peux le faire ? »
« Oui ! Laissez-moi faire ! »
« Dix harpies assurent la garde de ce manoir. Les quarante autres me suivent. »
Pii — les harpies s'envolèrent dans le ciel.
« Qu'est-ce que c'est que cette histoire, Rinos ? »
Riko demanda, l'air inquiet.
« Si j'étais le chef des bandits, j'attendrais le moment où les chevaliers de l'Empire battent en retraite. Déjà, le soulagement de rentrer chez soi relâche l'attention. En plus, une retraite est difficile. Je ne crois pas qu'ils aient ce niveau de compétence. Les bandits le savent aussi. S'ils lancent une embuscade depuis la forêt pendant la retraite et divisent les troupes, gagner sera facile. Mais nous, on frappe là. Les bandits ne douteront pas de la réussite de leur plan. C'est là qu'est leur faille. Si on frappe là, même avec peu de monde, on gagne facile. »
En vérifiant la carte, je vis que tous les bandits se déplaçaient dans la forêt. Je donnai immédiatement l'ordre de sortie et enfourchai Irlimo.
Nous prîmes position sur un point d'où l'on voyait la forêt et la route, et plaçâmes les harpies en attente au-dessus. Je déployai une barrière sur tous ceux qui étaient là. De plus, elle était colorée. Ainsi, personne ne mourrait par arme ou par magie. Et les bandits fondirent sur l'armée impériale. L'unité en marche, prise de flanc, sombra dans la confusion. Voyant cela, je générai un brouillard épais sur toute la zone de combat.
À cause du brouillard dense, l'armée impériale comme les bandits étaient dans le désordre. J'en profitai pour entrer dans la forêt et contourner les bandits par l'arrière. Puis je levai le brouillard.
« Foncez !! »
À mon ordre, harpies et gars se jetèrent sur les bandits. Certains furent renversés par les harpies et mis hors de combat, d'autres furent taillés en pièces par mes hommes.
L'équipement des bandits était varié. Certains n'avaient que leurs vêtements, d'autres portaient l'armure des chevaliers.
L'ordre fut rétabli chez les chevaliers de l'Empire, et les bandits se retrouvèrent complètement encerclés. Malgré tout, pas mal tentèrent de percer l'encerclement pour fuir dans la forêt. Je les assommai d'un coup de « Kurogatana », les mettant instantanément hors de combat.
« Hwaa ! »
« Gwaa ! »
Des cris s'élevèrent au milieu des chevaliers de l'Empire. À cet instant, un groupe de quelques hommes jaillit de leurs rangs. Je les poursuivis. En courant, j'assommai deux hommes d'un coup de « Kurogatana ». Devant moi couraient trois hommes. Quelques harpies fondirent sur eux.
« Chikushou ! »
« Chef ! »
« … »
Apparemment, le plus petit des trois était le chef. En m'approchant d'eux :
« Vous avez pas mal semé le bordel, hein. Quel culot de vouloir raser la ville ? »
« Ce pays va bientôt périr ! S'il doit périr, on a pensé qu'on pouvait en profiter pour faire ce qu'on veut et crever ! »
« Nous, les paysans, on crève de faim sans bouffe, pendant que les pêcheurs bouffent à s'en faire éclater le ventre. On est du même pays, mais ils nous ont abandonnés ! Qu'est-ce qu'il y a de mal à les tuer ! ! »
Il y a l'air d'y avoir un problème profond. Cela dit, massacrer toute la population de la ville, c'est trop.
« … Bon, assez. Faut d'abord les tuer pour pouvoir rentrer. Utilisons ça. »
Le chef sortit quelque chose d'un sac. Les deux autres en firent de même, et les trois l'avalèrent en même temps.
« « « Guu, Gaaaaaaaaaa !!! » » » »
Les trois grossirent à vue d'œil, prenant la forme de monstres ressemblant à des ours de trois mètres. Une aura maléfique commença à les envelopper. J'analysai le chef.
Rukiata (Démon · 21 ans) Niv.44
PV : 266
PM : 220
Escrime Niv.4
Renforcement physique Niv.4
Magie du vent Niv.2
Esquive Niv.4
Malédiction Niv.3
PV et PM ne sont pas terribles. En revanche, les niveaux de compétences sont costauds. Comparables à Madoisen qui a surpassé Eril et le maître Falko. Mieux vaut que je me mette au sérieux. Je rangai « Kurogatana » dans son fourreau, dégainai Holy Sword et me mis en garde. Ce fut le signal pour qu'ils foncent sur moi.
Le chef chargea, épée pointée droit sur moi. Les deux autres se jetèrent sur les harpies. Celles-ci furent d'abord désemparées, mais progressivement elles enchaînèrent des attaques coordonnées et submergèrent les deux hommes. Bientôt, tous deux eurent les yeux lacérés par les harpies, perdirent la vue, s'effondrèrent et achevés.
Le chef, lui, vit son coup fatal stoppé par moi, puis visa mon bras pour abattre son épée. Je l'esquivai et contre-attaquai. Ma lame fendit sa cuisse, son pied droit se teinta de sang. Pourtant, le chef n'en eut cure et continua d'attaquer. Sous l'effet du Renforcement physique, il ne semblait ressentir aucune douleur. Pire, il usa de magie du vent pour tourbillonner les feuilles mortes, masqua sa silhouette et en profita pour porter un coup.
Ça aurait transpercé n'importe qui, mais avec ma Détection de présence Niv.5, ses mouvements étaient lisibles comme un livre ouvert. Il se démena même pour passer dans mon dos et me poignarder. Je l'esquivai et, en contre, visai sa gorge, la transperçant de ma lame.
« Qu'est-ce que ça fait de se faire tuer par sa propre spécialité ? »
Mais le chef, toujours transpercé, abattit encore son épée. Surpris par cette attaque inattendue, je reculai instinctivement. Le chef, le sang coulant de sa gorge, remit son épée en garde et repartit à l'assaut comme avant. Vraiment, il ne ressent aucune douleur.
J'esquivai son estoc et le tranchai en kesa-giri. Son corps se scinda en deux, il s'effondra et cessa enfin de bouger.
« Ce serait pas, par hasard, un médicament fabriqué par Meirias ? »
« Ah, c'est possible. Peut-être qu'il booste aussi les compétences. »
Peu après, Oush apparut, menant Pius et les autres ainsi que les chevaliers de l'Empire.
« C'est les derniers ? »
« Celui qui est coupé en deux, c'est apparemment le chef des bandits. Vous faites quoi des cadavres ? Vous les récupérez ? »
« Non, on n'a pas ce luxe. On les laisse ici. Les monstres les nettoieront. Ah, leur équipement, c'est pour vous. Cela dit, y'a rien de bien mirobolant. »
« Vous connaissez bien le métier ? C'est un pote à vous ? »
Oush me dévisagea. Puis tourna les talons et s'en alla. J'examinai les cadavres : ils n'avaient que 500 G environ, rien d'intéressant. Laisser les corps comme ça ne me plaisait pas, alors je les incinérai.
En sortant de la forêt, les chevaliers de l'Empire étaient là. Ils jetaient une quantité impressionnante de cadavres de bandits dans la forêt. De plus, ils exécutaient sommairement les bandits capturés vivants.
« Quoi, vous les ramenez pas à la capitale ? »
« On n'a plus les forces pour les convoyer jusqu'au bout. Tuer les bandits sur le champ, c'est la règle de base chez les aventuriers. »
« Mais toi, t'es pas aventurier, vice-commandant Oush. »
Oush grinca des dents avec un bruit qui semblait audible. En jetant un œil, je vis alignés les corps de soldats en armure impériale. Une quarantaine. Les blessés devaient être nombreux aussi. En somme, trente pour cent des effectifs étaient hors de combat. Une défaite cuisante.
« Vous laissez aussi vos morts en pâture aux monstres ? Ils ont des familles qui les attendent à la capitale. »
« Des types qui crèvent face à de simples bandits ne méritent pas la mort honorable d'un chevalier impérial. C'est pour ça qu'on les abandonne ici. »
« C'est l'incompétence du commandant qui les a tués. Si je n'étais pas intervenu par l'arrière, vous étiez anéantis. Oush, toi qui as la charge de vice-commandant, si tu avais donné les bons ordres, ce désastre n'aurait pas eu lieu. Pourtant, tu as paniqué quand les bandits t'ont pris à revers, tu as perdu tes moyens. J'ai tort ? »
« …… »
Oush tremblait, le regard rivé au sol.
« … Récupérez les corps des soldats. La capitale est à une journée de marche. On se partage la charge et on rentre. »
Il lança cet ordre comme une expectoration et rejoignit ses troupes.
« Seigneur Marquis honoraire, merci pour les renforts ! »
Une fois les troupes prêtes, le baron Joono apparut on ne sait d'où, agita la main et repartit vers la capitale.
Sans lui répondre, je fis demi-tour et regagnai le manoir d'un pas rapide avec Pius et les autres.