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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 653

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Chapitre 653

Chapitre 653

Chapitre 653/74188%~6 min de lecture1 183 mots

Au moment même où Ron Esrotel en percevait le mouvement, une voix qui tenait du cri de guerre s'éleva du soldat de guet.

« Ils arrivent ! Les troupes de Sa Sainteté se mettent en marche ! »

L'atmosphère à l'intérieur du temple du pape changea du tout au tout. On sentait bien que les soldats étaient désormais enveloppés d'une tension d'un autre ordre.

« L'heure du combat a sonné ! Tuez-les ! Exterminez jusqu'au dernier ces traîtres qui ont trahi le Dieu suprême ! Prenez vos armes ! Maintenez la posture de combat pour pouvoir sortir à tout moment ! »

Ron Esrotel gravit les marches de la tour-porte en galvanisant les soldats alentour. Effectivement, les troupes stationnées au port semblaient s'avancer lentement vers eux en bon ordre. Le cœur de Ron Esrotel s'emballa.

Dès que cette armée pénétrerait sur cette place, leur sort serait scellé. Ils subiraient une pluie de flèches et de sorts. Percer l'avant-garde ennemie ne posait aucun problème. Il fallait ensuite localiser Vielle. Connaissant le bonhomme, elle devait être cachée quelque part dans les rangs. S'il parvenait à l'abattre, le reste ne serait qu'une chasse à courre unilatérale. Il n'ouvrirait la porte qu'au moment où il aurait repéré sa silhouette.

Ron Esrotel repassait en boucle dans sa tête le scénario de la poursuite. Mais l'adversaire, c'était Vielle. Impossible de savoir quelles armes elle cachait. Il décida tout de même d'intégrer cette éventualité dans ses prévisions.

Il restait convaincu, toutefois, que Vielle ne pouvait pas lancer d'assaut frontal contre le temple du pape. Y étaient conservés le Livre de Sukurei et bien d'autres trésors. Détruire le temple, c'était les perdre. Qui plus est, ce temple n'était rien d'autre que le symbole même de la Théocratie de Crimiana. Le raser, c'était arracher aux fidèles leur ancrage spirituel. Lors de la bataille précédente, quand Vielle avait tué son grand-père Juvansel Seine, elle n'avait pas touché au temple du pape. Fort de ce souvenir, Ron Esrotel croyait fermement qu'aussi longtemps que la défense du temple resterait parfaite, la défaite était impossible.

En réalité, la défense l'était, parfaite. On ne pouvait pas pointer un seul facteur de défaite.

L'armée de Vielle avançait progressivement vers eux. À mesure que la distance se réduisait, les battements de cœur de Ron Esrotel s'accéléraient. Vite, qu'ils arrivent. Vite, qu'ils grimpent jusqu'ici... Songeant ainsi, il avait la bouche desséchée.

Pourtant, contrairement à ses attentes, la vitesse de marche oscillait entre lenteur extrême et... lenteur extrême. Comme des limaces qui rampent, ils avançaient mollement, sans jamais sembler devoir arriver.

... Ne serait-ce pas pour les laisser baisser la garde, puis foncer d'un coup sur le temple ?

Si l'on raisonnait ainsi, cette lenteur prenait tout son sens. Ils chargeraient juste avant d'entrer sur la place, prenant les défenseurs de court. L'assaut serait ralenti, les pertes minimisées.

Cependant. Quelle que soit la surprise, la porte d'entrée du temple restait hermétiquement close. Contrairement à la bataille précédente, il n'y avait pas de traitre à l'intérieur. La seule issue était de la forcer de l'extérieur.

Cette porte avait subi un traitement spécial. Elle était faite du bois le plus dur qui soit, le waran. Qui plus est, on avait utilisé des arbres géants plusieurs fois centenaires, taillés bruts pour servir de vantaux. D'où une épaisseur de près de deux mètres, rendant toute attaque physique pratiquement inefficace. En outre, la surface était imprégnée de poudre de pierre de Pril, lui conférant une résistance à la magie. C'était, en somme, une porte imprenable. Tant qu'ils resteraient derrière, Ron Esrotel et les siens ne pouvaient pas perdre.

Lentement, inexorablement, les troupes de Vielle continuaient leur progression. Elles venaient d'atteindre la mi-chemin du temple. À cet instant, un bruit semblable à des acclamations parvint aux oreilles de Ron Esrotel.

La raison en fut immédiate. Ce qui devait être des habitants d'Aphrodité réfugiés chez eux étaient sortis et acclamaient Vielle comme pour l'accueillir. Ron Esrotel en douta de ses yeux.

Comment avait-elle rallié les habitants ? Cette rébellion n'avait réussi que grâce à leur coopération. Qu'ils puissent se retourner ainsi dépassait l'entendement. L'esprit de Ron Esrotel bascula dans la confusion.

Pour couronner le tout, des habitants d'Aphrodité déboulaient maintenant par les trois chemins menant au temple, escortés par des soldats ennemis. Leur file indienne le long des ruelles étroites ressemblait à une procession venue prier.

En un clin d'œil, la place devant le temple fut noire de monde. Ces civils semblaient encadrés par les soldats adverses ; on s'aperçut bientôt qu'un couloir unique s'était formé, de la porte principale jusqu'à la grande avenue où Vielle s'apprêtait à monter.

Face à une telle maestria, les soldats du temple restèrent muets, hébétés, à contempler la scène. C'est alors que le corps principal de l'armée de Vielle gravit la colline et déboucha sur la place.

Des voix inarticulées s'échappèrent des gorges des défenseurs. Car à la tête de l'armée se tenait Vielle en personne.

Elle était revêtue de la robe blanche papale. La même tenue que lors de la cérémonie d'intronisation. Elle portait la couronne d'or et la médaille d'or — les Larmes de Dieu — que les papes successifs arboraient pour les rituels.

Ces objets devaient être conservés dans les souterrains du temple. Depuis quand avaient-ils été sortis ? Non, elle les a fait refaire ailleurs. Ron Esrotel en avait conscience, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

Vielle s'arrêta un instant avant de poser le pied sur la place. Elle balaya lentement la foule qui retenait son souffle. Puis elle leva doucement la main droite. Aussitôt, les soldats en arrière-garde brandirent d'un seul mouvement les drapeaux de la Théocratie de Crimiana.

Ce n'était pas tout. Derrière eux flottaient aussi les bannières d'Agartha, de Hidêta et de Sandanji. Au même instant, des drapeaux s'élevaient le long de chaque ruelle menant à la place. Et chaque chemin arborait une bannière distincte : Agartha, Hidêta, Sandanji. C'est au milieu de cette haie de drapeaux que Vielle se mit à avancer lentement vers eux.

De là où se tenait Ron Esrotel, on aurait dit que les renforts d'Agartha, Hidêta et Sandanji étaient arrivés. Le roi lui-même ne serait-il pas sur place ? Niker de Sandanji, les gens de Hidêta... ? Un frémissement parcourut les soldats. Depuis le temple, Vielle semblait bel et bien commander ces armées.

« Vive Sa Sainteté ! Banzai ! »

Soudain, une voix s'éleva de la foule. Quelqu'un hurlait « banzai ». Le cri enfla, et bientôt la place entière vibra d'une immense ovation pour Vielle.

... C'était comme un rêve. C'était parce que tous les habitants d'Aphrodité pensaient que tant que Vielle, cette femme, ne serait pas éliminée, l'avenir du pays serait bouché, qu'ils s'étaient soulevés. Qu'ils puissent désormais l'acclamer dépassait l'imagination de Ron Esrotel.

Il secoua violemment la tête de gauche à droite, tentant de raccrocher sa pensée à la réalité. Puis il saisit une flèche, l'encochâ et la décocha vers Vielle.

Mais le projectile fut dévié juste devant elle. À cet instant, Ron Esrotel s'effondra sur les genoux, le corps brisé.

Sur le visage de Vielle flottait un sourire qui rappelait celui d'une déesse...

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