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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 652

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Chapitre 652

Chapitre 652

Chapitre 652/74188%~7 min de lecture1 213 mots

On aurait dit le début d'un quelconque rituel, une scène de cet acabit.

Depuis le port, on voyait une petite troupe brandissant des bannières courir vers le temple papal. Ron Eslotel comprit en un instant qu'il ne s'agissait pas d'une attaque générale. On aurait plutôt dit des émissaires qui s'avançaient vers eux.

Mais Ron Eslotel rejeta aussitôt cette idée. L'adversaire, c'était Vielle, elle. Elle n'avait pas la moindre intention de négocier la paix. Il n'y avait que deux issues : notre mort, ou celle de Vielle elle-même.

Les soldats qui s'approchaient semblaient diminuer peu à peu. C'était normal : après s'être alignés à intervalles réguliers, ils levèrent haut leurs bannières d'un même mouvement. On aurait dit qu'ils accueillaient le retour de Vielle en ce temple papal.

Finalement, les deux derniers soldats atteignirent la place devant le temple. Ils se firent face, claquant des talons au même instant, et hissèrent leurs drapeaux bien haut. C'était sans conteste l'emblème de la Théocratie de Crimiana.

Les soldats retenaient leur souffle en observant la scène. À l'intérieur du temple régnait un silence angoissant.

…… Quel culot.

Ron Eslotel grommela en lui-même. Montrer l'emblème crimianais aux siens pour semer le trouble, tel devait être le stratagème. Mais il ne tomberait pas deux fois dans le même piège. Il fit apporter un arc à un subordonné, y adapta une flèche enflammée, et la décocha sur le soldat qui dressait l'étendard, raide comme un piquet.

……

Le porte-drapeau s'effondra lentement sur place en poussant un râle inarticulé. Simultanément, la flamme de la flèche gagna la bannière qu'il tenait. La flèche l'avait touché à la gorge, semble-t-il ; le soldat était pour ainsi dire mort sur le coup.

Malgré la mise à mort de leur camarade sous leurs yeux, l'autre soldat ne bronchait pas, continuant de brandir son drapeau comme une marionnette. Un spectacle d'une inquiétante étrangeté.

« Qu'attendez-vous, tirez ! Abattez ce bandit ! »

Ron Eslotel hurla vers les soldats alentour. Repris par sa voix, ceux-ci, tout tremblants, encordèrent leurs flèches et les lancèrent vers l'homme immobile.

Plusieurs flèches firent mouche. Pourtant, le soldat restait planté là. Ron Eslotel ordonna de continuer. Une volée après l'autre le criblèrent, jusqu'à ce qu'il s'effondre à son tour.

« Regardez ! Voilà la fin qui attend les bandits qui osent se révolter contre la Théocratie de Crimiana, contre l'enseignement du Dieu suprême ! »

Ron Eslotel cria vers ses hommes. À cet instant, un bruit étrange parvint à leurs oreilles.

*Za-za-za*… comme le pas cadencé d'une armée en marche. Aussitôt après, deux nouveaux soldats apparurent sur la place. Eux aussi se mirent face à face, se raidirent au garde-à-vous et hissèrent leurs bannières. Aux pieds des nouveaux venus gisaient les cadavres des précédents. Ils n'y prêtaient même pas attention, maintenant la même pose pantin.

« Qu'est-ce que vous faites ! Tuez-les ! Tuez-les, dis-je ! »

Sur l'ordre de Ron Eslotel, les archers repartirent de plus belle. Bien vite, les deux hommes, transpercés de plusieurs traits, s'effondrèrent. Mais à peine le bruit de pas avait-il retenti qu'un nouveau duo surgissait, se figeait au garde-à-vous et levait les drapeaux.

Ron Eslotel plissa le front, fixant la scène avec une haine froide. Certes, les manœuvres ennemies étaient d'une inquiétante absurdité. Comme des morts-vivants, ils réapparaissaient indéfiniment malgré les pertes : c'était l'inquiétude même. Mais les effectifs soldats ont une limite. À ce rythme, ce sont les troupes de Vielle qui s'épuiseront les premières.

…… Vise-t-elle à nous user ?

Ron Eslotel eut une illumination. Et si le but était d'épuiser notre mana et nos flèches ? Abattre un seul homme coûte une quinzaine de traits. À ce compte, si l'on accepte de perdre la moitié de nos effectifs, nos munitions seront épuisées. Nos soldats et mages seront exténués. C'est à ce moment qu'elle déclenchera l'assaut final, non ?

…… Absurde. Une stratégie aussi stupide n'existe pas.

Ron Eslotel secoua la tête involontairement. Si habile soit Vielle, traitera-t-elle ses propres subordinés comme du bétail ? Pourtant, devant lui, quatre cadavres gisaient déjà. Elle est la petite-fille de Juvansel Seine. Qui porte le sang de ce pape n'hésiterait pas une seconde à employer une telle tactique.

« Ron Eslotel-sama ! »

Soudain, son nom le fit tressaillir. Masquant son trouble, il se tourna vers la voix. Un jeune soldat se tenait là.

« Les éclaireurs que vous avez envoyés tout à l'heure… aucun n'est revenu. »

« Il n'y a pas si longtemps qu'ils sont partis. »

« C'est vrai, mais l'ordre était de revenir dès qu'ils auraient constaté la situation ennemie… Pour l'instant, pas un seul n'est de retour. »

« Si on attend encore un peu… »

« Ron Eslotel-samaa ! »

Une plainte proche du hurlement traversa l'air. En se retournant, on vit un homme débouler sur la place en sprintant de toutes ses forces vers eux.

« Ne tirez pas ! C'est Sai Ronestaruku ! Ne tirez pas ! Ne tirez pas, je vous en supplie ! »

« C'est l'un de nos éclaireurs ! Pourquoi se comporte-t-il ainsi… ? »

Murmura l'homme posté à côté, sans s'adresser à qui que ce soit. Sai Ronestaruku arriva jusqu'à la porte du temple et se mit à la battre à coups de poing, hurlant « Ouvrez ! Ouvrez ! » comme un possédé.

« Qu'y a-t-il ? Que s'est-il passé ? »

Après l'avoir fait entrer, Ron Eslotel lui demanda d'un air las. Le visage de Sai Ronestaruku était livide, son corps tremblait par à-coups. Il avait dû vivre une terreur indicible, c'était évident.

« Vo… voilà… »

L'homme sortit une lettre de sa poche. De l'écriture même de Vielle, elle stipulait que ceux qui se rendraient ne seraient pas poursuivis, mais que les résistants seraient éliminés sans pitié. Une phrase s'y ajoutait : quiconque tournerait le dos au pape verrait le châtiment divin s'abattre sur sa famille et sa parentèle.

Ron Eslotel écrasa la missive en silence.

« Tout le monde ! Jetez vos armes ! Rendez-vous ! Tous les autres éclaireurs ont été tués ! Si ça continue, vous subirez le même sort ! Je ne vous veux pas de mal ! Jetez vos armes et rendez-vous ! Sa Sainteté le pape a promis de pardonner à qui se rend ! Tout le monde ! Je ne vous demande rien de mauvais ! La reddition ! La reddition ! »

Soudain, Sai Ronestaruku se dressa et se mit à hurler. Tout en étant plaqué au sol par les soldats, il ne cessait pas de crier. Sans un mot, Ron Eslotel tira lentement l'épée à sa ceinture et la lui enfonça dans la gorge.

« Gah… gah… re… reddi… tion… »

Les yeux écarquillés, arborant une grimace d'agonie, Sai Ronestaruku s'effondra.

Son corps fut emporté par les soldats. À ce moment, l'homme qui se tenait à l'écart murmura d'une voix basse.

« Quel misérable… Manipulé par de la magie mentale, sans doute… »

Ron Eslotel cliqua de la langue en son for intérieur. De la part de Vielle, c'est bien possible. Tout en songeant cela, il balaya les alentours du regard : les soldats étaient visiblement ébranlés.

Il tenta de les galvaniser en remontant sur la tour de garde. C'est alors qu'il vit l'armée massée au port se mettre en mouvement vers eux…

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