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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 636

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Chapitre 636

Chapitre 636

Chapitre 636/73187%~7 min de lecture1 258 mots

« Tiens, elle a bougé. »

Dans la capitale ecclésiastique de Crimiana, Aphrodité. Au milieu d'une ville entièrement unifiée par le blanc, dans une pièce du temple papal qui s'élevait plus haut que tout le reste, un homme tournait son regard vers la fenêtre tout en marmonnant, sans s'adresser à personne en particulier. Il s'agissait de l'un des cardinaux de l'Église de Crimiana, et du meneur de la rébellion : Ron Esrotel.

Derrière lui se tenait un jeune cardinal, en retrait. Ron Esrotel, sans se retourner, continua de parler.

« C'est plus lent que prévu. »

Ron Esrotel et les siens avaient anticipé que Vielle quitterait ce lieu, Aphrodité, deux semaines après son transfert à Agartha. Connaissant ce pape, elle devait vouloir revenir ici au plus vite. Quant à la blessure reçue par une flèche, ils pensaient qu'elle en arracherait la partie touchée, ou bien qu'elle se ferait amputer le bras pour pouvoir rentrer coûte que coûte.

Mais, même après les deux semaines prévues, Vielle ne bougea pas, restant hospitalisée à l'hôpital universitaire d'Agarthe. Parmi leurs subordonnés, certains avançaient que la blessure de Vielle était profonde et son état critique, mais Ron Esrotel rejeta cette opinion sans hésiter.

C'est à Agartha que Vielle s'était réfugiée. Les institutions médicales d'Agarthe, qui comptaient la grande sage Meiriasu, se targuaient de la meilleure technologie au monde. Même s'il s'agissait d'un poison violent, une blessure de cette ampleur pouvait être guérie grâce aux compétences d'Agarthe.

De leur côté, Ron Esrotel et les siens n'étaient pas restés les bras croisés. Tout en surveillant les mouvements de Vielle, ils avaient annoncé aux yeux du pays et de ses États vassaux la destitution du pape, et proclamé qu'Aphrodité était déjà occupée.

Et ils avaient décrété l'exonération d'impôts pour un an dans le pays de Crimiana, notifiant aux États vassaux que les offrandes dues au pays seraient réduites de moitié pour l'année à venir.

Une telle mesure rendait impossible le financement de l'achat des fleurs de l'amitié qui devaient être payées à Agartha, sans lesquelles celles-ci se faneraient. Mais Ron Esrotel avait dépêché des émissaires auprès d'Agarthe pour les informer de ces circonstances. Ces émissaires, en tant qu'envoyés spéciaux, étaient partis d'Aphrodité. Ils n'étaient donc pas encore arrivés à Agartha.

L'état de Vielle à Agartha restait inconnu. Crimiana avait depuis longtemps infiltré des gens dans la capitale d'Agarthe, mais même eux n'avaient pu percer le secret de l'intérieur de l'hôpital universitaire. Cela restait toutefois dans le cadre des prévisions.

Vielle tenterait forcément de revenir à Aphrodité. C'était sur ce postulat qu'ils demandaient des renforts aux divers pays.

Déjà, autour d'Aphrodité, les troupes de renfort affluaient des pays ayant reconnu Ron Esrotel. Il en allait de même à l'intérieur du pays ecclésiastique, où des flottes traversaient la mer pour converger vers Aphrodité. Leur total avait gonflé jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'hommes.

Ron Esrotel, contemplant l'océan qui s'étendait au-delà de la fenêtre, était convaincu de la victoire. Le seul problème était la manière de l'emporter. Vielle devait être capturée vivante. Et il fallait exposer ses crimes au grand jour sous les yeux de tous, avant de l'exécuter. Pour cela, il valait mieux éviter un combat en mer. Si par malheur elle tombait à l'eau, il deviendrait difficile de s'emparer de sa personne.

Ron Esrotel pivota sur ses talons et s'adressa à l'homme qui se tenait devant lui.

« Si elle est partie de la capitale d'Agarthe sur un radeau, sa destination sera Galby. De là, elle compte prendre un bateau pour Aphrodité. En chemin, elle absorbera probablement les soldats de la garde rapprochée, donc son arrivée ici prendra environ un mois. D'ici là, renforcez la grande porte du temple papal. »

« Euh… et pour la défense du port, que devons-nous faire ? »

« Rien. »

« Hein ? »

« Laissez-les débarquer. »

« Quoi ? Mais alors… »

« C'est parfait comme ça. Toi, tu te contentes d'obéir en silence. »

« Ha… Cependant, les habitants du quartier portuaire… »

« S'ils veulent évacuer, qu'ils viennent au temple papal. Enfin, connaissant ce pape, il y a fort peu de chances qu'elle fasse du mal aux gens qui vivent ici à Aphrodité. Simplement, des combats pourraient éclater au moment du débarquement. S'ils font attention aux flèches perdues et aux sorts, ils peuvent rester chez eux. Laissez-les libres. »

« C… compris. »

Le jeune cardinal s'inclina et quitta la pièce. Ron Esrotel suivit son dos des yeux, un sourire narquois aux lèvres.

Il s'assit devant son bureau et posa son regard sur la carte étalée. Elle représentait les environs d'Aphrodité.

Ron Esrotel la parcourut lentement du bout de l'index. C'était la prédiction des mouvements que Vielle allait entreprendre. Probablement, cette femme foncerait droit sur ce lieu, Aphrodité. Si elle faisait cela, sa tête était à eux sans aucun doute possible.

Ils encercleraient Aphrodité de dix, de vingt couches, et captureraient Vielle. Dès qu'elle mettrait les pieds dans Aphrodité, cette femme serait finie.

Le problème, c'était le camp d'Agarthe. Si l'armée d'Agarthe soutenait pleinement Vielle, la donne changeait. Mais il y avait peu de chances que le roi d'Agarthe prenne son parti. Quel qu'en soit l'angle, ce serait jouer le rôle de l'idiot qui se brûle les doigts pour les autres. Intervenir dans la guerre civile de Crimiana n'apportait aucun avantage à Agarthe.

Pour preuve, Vielle avait quitté la capitale d'Agarthe avec seulement quelques gardes. Si le roi d'Agarthe avait été son allié, il aurait organisé une escorte militaire pour la raccompagner. L'absence de pareil dispositif montrait bien qu'Agarthe n'avait pas l'intention de soutenir activement Vielle.

… Même avec son éloquence, elle n'a pas pu séduire le roi d'Agarthe.

Un rire monta involontairement. Ron Esrotel réprima de justesse un gloussement.

« Sa Majesté le roi d'Agarthe est toujours de notre côté. »

Le visage de Vielle, qui répétait sans cesse cette phrase, lui revint en mémoire. Elle faisait mine d'avoir envoûté ce roi, alors qu'en réalité, elle s'était toujours fait doubler par lui. Elle refusait de l'admettre et continuait à se mentir à elle-même. Ce n'était pas là l'attitude d'un pape.

À cette pensée, Ron Esrotel se renfonça dans son fauteuil. Un siège où s'étaient assis les papes successifs. De belles décorations, un luxe certain, mais grand et dur. Loin d'être confortable. Pourtant, c'était le fauteuil où devait s'asseoir le roi du monde.

Il s'y appuya et repensa au chemin parcouru. Long, incroyablement long. Il avait gagné la confiance de la pape Vielle tout en bâtissant patiemment celle de ses subordonnés. La partie la plus délicate avait été de s'opposer aux ordres du pape sans pour autant perdre sa confiance. Une erreur et c'était la mort immédiate. En répétant cet exercice périlleux, il avait acquis une confiance profonde de la part de ses hommes. Ron Esrotel l'avait mené avec la plus extrême prudence, et cela avait fini par porter ses fruits.

Il n'avait aucun intérêt pour la position de pape. Il voulait simplement restaurer l'antique gloire, faire revivre ce pays de Crimiana qui avait jadis régné en maître sur le monde. Il pensait que le pape, que Vielle, partageait cette même aspiration. C'était pour cela qu'il avait consacré toute sa vie. Pourtant, elle ne faisait que le dire avec sa bouche, tandis qu'en réalité, elle avait fait de ce pays ecclésiastique un vassal d'Agarthe. Un traître pareil n'était pas nécessaire. De fait, la grande majorité des croyants de Crimiana la considéraient comme une ennemie.

Ron Esrotel esquissait dans sa tête l'avenir de la théocratie de Crimiana. Sans savoir que la probabilité de sa concrétisation était infinitésimale…

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