« Mariage… »
C'est le duc Harts, son père, qui affichait une mine ahurie, comme un pigeon ayant avalé une fève grillée. Devant lui se tenaient sa femme et sa fille Cellroite.
C'était trois jours plus tôt qu'il avait appris par sa femme que Cellroite, qui étudiait à Agartha, rentrerait. Le duc avait répondu « C'est bien » d'un ton détaché, mais son cœur était rempli de joie.
…… Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas revu sa fille.
Depuis leur rencontre à Agartha, six mois s'étaient écoulés. Ne pas voir le visage de sa fille pendant six mois était une première dans sa vie.
Il ne tenait plus en place d'impatience. Sa femme n'avait pas beaucoup parlé, mais peut-être que Cellroite interrompait ses études à Agartha pour revenir au pays. Dans ce cas, ils pourraient à nouveau vivre ensemble dans ce manoir. Il ne s'enfermerait plus jamais dans sa chambre.
Une fois revenue au manoir, il n'aurait qu'à s'occuper à nouveau du potager du jardin. Si elle continuait ses études à Agartha, tant mieux.
Tout en pensant à cela, il se dirigeait vers le palais du Grand-Duc. Oui, il devait aussi en informer son frère aîné. Connaissant son frère qui chérissait sa nièce, il ordonnerait sûrement qu'on l'amène immédiatement.
C'est en songeant à tout cela que le duc monta dans la voiture venue le chercher.
Jusqu'au retour de Cellroite, le duc ne trouva pas un instant de calme et pilla nerveusement dans le manoir. Il avait repris la gestion du potager que sa fille avait cultivé avec soin, mais à l'approche de son retour, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter de l'état des cultures. L'état des plantes n'avait pas changé par rapport à avant, mais non, ne pourrait-il pas faire grossir les fruits davantage pour la surprendre ? Il arrosa plus abondamment que d'habitude et se fit gronder par ses serviteurs.
De plus, pensant qu'il serait triste que la chambre soit en désordre pour le retour de sa fille, il alla devant sa porte pour au moins la nettoyer, mais incapable d'entrer dans la chambre de sa fille qui était devenue une femme accomplie, il ordonna à maintes reprises à ses serviteurs de la nettoyer et se fit gronder par sa femme. Qui plus est, voulant au moins lui faire manger ses plats préférés pendant son séjour, le duc alla lui-même au marché acheter une grande quantité d'ingrédients, et se fit encore gronder par sa femme.
« Calmez-vous un peu ! »
Sa femme, qui d'ordinaire ne montrait pas ses émotions, apaisa le duc d'une voix teintée de colère. Il n'eut d'autre choix que d'attendre le retour de sa fille dans sa chambre, à tambouriner du pied nerveusement.
Trois jours plus tard, Cellroite, de retour au manoir, avait l'air d'une tout autre femme.
« Père, cela fait longtemps. Il fait nettement plus froid. Comment allez-vous ? »
Alors qu'elle montrait d'habitude un air anxieux et fuyant, elle se tenait maintenant le dos droit. Celle qui bredouillait en s'embarrassant la bouche, ressemblant à son père, parlait maintenant d'une voix toujours faible mais claire et sans hésitation. Ses yeux brillaient d'une profonde intelligence, et c'était une femme digne qui se tenait là.
« M… mon Dieu… Ah, la vie à Agartha a l'air… bi… bien… épanouissante, on dirait. »
« Oui, grâce à vous… Le Roi-sama d'Agartha et la Reine-sama Meiriasu nous traitent tous les deux très bien. »
« C'e… c'est… b… bien… C'e… c'est b… bien… P… profites-en pour te r… reposer tranquillement au manoir pendant un m… moment. Le G… Grand-Duc-sama aussi… attend… avec i… impatience ton r… retour. Dès d… demain… »
« Père, j'ai une faveur à demander. »
Entendant soudain qu'elle avait une demande, le duc afficha une expression hébétée. Il n'avait aucun souvenir que sa fille lui demande quelque chose directement. Il hocha lentement la tête pour l'inviter à continuer.
« Je voudrais obtenir votre permission pour mon… mariage. »
« Hein ? »
Sa fille avait dit mariage. Certainement. Ce n'était pas une erreur d'audition. Il le pensait tout en regardant sa femme assise à côté. Elle hochait vigoureusement la tête.
Le duc écoutait les paroles de sa fille en l'air. À ce point, le mariage de Cellroite était un événement qu'il n'avait pas du tout prévu. Pour lui qui pensait qu'elle passerait probablement toute sa vie dans ce manoir, ce fait était difficile à accepter.
Néanmoins, l'homme en question l'intriguait. Il hochait la tête vaguement tout en l'écoutant.
Cet homme était un agronome nommé Yannori qui enseignait à l'université d'Agartha. Il y avait près de vingt ans d'écart avec Cellroite. Pour dire les choses autrement, son âge n'était pas si différent de celui du duc. L'ancien cauchemar du duc refit surface dans son cœur.
« C'e… c'est… C'est… est-ce que c'e… est… d… d'accord… ? »
« C'est une personne très sincère. C'est quelqu'un qui me rendra heureuse. »
« C'e… ce genre de chose, on ne peut pas le s… savoir… »
Le duc, ouvrant la bouche comme pour cracher sa réplique, fit face à Cellroite qui se redressa et ouvrit calmement la bouche.
« Il m'a dit qu'il voulait me rendre heureuse quoi qu'il en coûte. Moi aussi, je pense vouloir le rendre heureux, quoi qu'il en coûte. »
« …… »
Dans les yeux de sa fille, on ne pouvait lire ni mensonge, ni faux-semblant, ni culpabilité. Le duc sentit à quel point la résolution de sa fille était ferme. Il tourna lentement son regard vers sa femme assise à côté.
« Moi aussi, je l'ai rencontré une fois, et il m'a paru être un homme très sincère. »
« S… son titre nobiliaire ? »
« Titre ? Ce n'est pas quelqu'un qui possède une chose pareille. »
« S… sans t… titre… »
« En effet. Cependant, c'est quelqu'un qui sert Meiriasu-sama, la Reine-sama d'Agartha. J'ai entendu dire qu'il jouit d'une grande confiance de la part de Meiriasu-sama. »
« Ugh… »
Le duc ne fit que grogner et ne put prononcer un mot. Puis, aspirant une grande bouffée d'air, il détourna le regard dans une direction quelconque.
« Ah, demain… J'irai… voir le Grand-Duc-sama… Pour obtenir… son… accord… »
C'était tout ce qu'il parvint à dire.
Le lendemain, le duc se rendit au palais du Grand-Duc accompagné de Cellroite. Bien qu'ils soient tous les deux seuls dans la voiture, ce père et cette fille n'échangèrent pas un mot. Cellroite portait une robe légèrement sobre et un léger maquillage. De l'avis même de son père, elle avait une apparence belle. Mais le duc lui, n'arrivait toujours pas à digérer la nouvelle brutale du mariage de sa fille, et il en était même à espérer que son frère, le Grand-Duc, s'y oppose en invoquant la différence de rang.
Peu de temps après, la voiture arriva au palais. Guidés comme il se doit, ils se dirigèrent vers la pièce où les attendait le Grand-Duc. On les conduisit dans la chambre privée du Grand-Duc, au fond du palais. Vêtu d'une tenue décontractée ressemblant à une robe de chambre, le Grand-Duc afficha un large sourire en voyant Cellroite et se réjouit en disant « Tu es bien revenue. » Puis, il lui posa une salve de questions sur sa vie à Agartha.
Cellroite y répondit poliment. Le Grand-Duc l'écoutait en plissant les yeux.
« Grand-Duc-sama, j'ai une faveur à demander. »
« Hmm ? »
Lorsque la conversation fit une pause, Cellroite se redressa soudain pour prendre la parole. Le Grand-Duc, visiblement pris au dépourvu, afficha une expression bête, ce qui était rare de sa part.
« J'ai trouvé quelqu'un avec qui je veux passer ma vie. Je vous p… prie d'a… ccorder votre permission pour notre m… mariage. »
« … Soit. »
Ce fut une réponse trop facile. Il s'attendait à ce qu'on l'interroge en long et en large sur l'identité de l'homme et qu'on s'y oppose, mais sa prédiction fut grandement démentie. Cette fois, c'est Cellroite qui clignait des yeux nerveusement de gauche à droite.
« Harts. »
« Ha ! »
« Tu es contre, n'est-ce pas ? Inutile de le cacher, je le sais. Mais écoute, Cellroite essaie de saisir son bonheur par elle-même. Cette Cellroite, là. Je n'aurais jamais cru qu'un tel jour viendrait. N'est-ce pas une joie ? »
« …… »
« À la base, on l'avait envoyée à Agartha comme otage. Tu avais accepté en sachant que le Roi-sama d'Agartha pouvait mettre la main sur elle. Et voilà qu'elle a trouvé elle-même son compagnon à Agartha. C'est un bonheur qu'elle a saisi de ses propres mains. Ça finira bien, j'en suis sûr. »
Sur ces mots du Grand-Duc, le duc baissa silencieusement la tête.
Quelques mois plus tard, Cellroite et Yannori célébrèrent leur mariage au pavillon d'accueil d'Agartha. Ce fut un mariage strictement privé, en présence du Grand-Duc et de quelques proches, et du côté d'Agartha, , Riko et Mei y participèrent. Vêtue d'une robe de mariée d'un blanc pur, Cellroite paraissait une femme d'une grande élégance.
Une fois la cérémonie terminée, le roi Meintia, qui se trouvait par hasard à Agartha, apprit la nouvelle et, pour les féliciter, dessina sur-le-champ un portrait des mariés qu'il leur offrit. Ce tableau, intitulé « La Mariée », est compté parmi les chefs-d'œuvre du roi Meintia, et cent ans plus tard, il acquit une valeur de plusieurs centaines de millions de yens japonais.
Par la suite, ils eurent deux enfants et vécurent heureux ensemble…