« C'est vrai… J'ai compris. »
En entendant le rapport de Selroito, Meiriasu acquiesça largement. Face à Selroito, inquiète de savoir si son explication maladroite avait été comprise, Meiriasu résuma ce qu'elle avait dit avec une clarté remarquable et le lui répéta.
« Selroito-san, si ça ne vous dérange pas, servez-vous de ceci comme référence. »
Soudain, Meiriasu lui tendit un cahier. Y était consigné en détail le déroulement de l'expérience. Elle lui enseigna avec soin la tenue d'un cahier de laboratoire, ajoutant avec un sourire qu'ainsi, elle pourrait faire des explications compréhensibles par n'importe qui.
« Je vois. »
Sans y penser, Selroito acquiesça. Ainsi, son expérience serait compréhensible sans même avoir à parler. Elle fixa le cahier de Meiriasu avec une intensité dévorante.
« Je vous le prête, gardez-le. »
« Ah, merci beaucoup. »
Selroito remercia poliment, se leva en serrant le cahier contre elle. Puis, disant qu'elle voulait essayer quelque chose, elle se posta devant le pot où était plantée la fleur d'amitié.
« Hum… »
Là, Considie avait la main sur le front, plongée dans ses pensées. Les yeux fermés, elle levait les yeux au ciel, mais les rouvrit soudain et son regard croisa celui de Selroito.
« Ça… ça va ? »
Aux mots de Selroito, Considie esquissa un sourire et acquiesça.
« Il y a forcément une issue. J'ai comme l'impression que ça va marcher, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Ah, j'ai un mauvais pressentiment… »
D'après ce qu'on put apprendre, Considie avait repris les recherches de Selroito et injecté encore plus de poisons à cette fleur. Pourtant, son intuition ne lui disait pas que cela mènerait à une solution.
Toutes les options étaient épuisées… Précisément, Considie se trouvait dans une telle situation.
Selroito proposa de prendre le relais, s'assit sur la chaise qu'occupait Considie. Elle sortit une petite boîte de son sac et l'ouvrit avec précaution.
« Wah ! »
Soudain, un petit animal jaillit de la boîte comme s'il dansait. Considie ne put retenir un cri.
Ce qui en sortit était une petite souris. Un fériarat, couvert de poils jaune terre, courait çà et là sur le bureau. Bientôt, la souris sauta sur le pot, se mit à renifler l'odeur de la fleur d'amitié.
« Ah ! »
Selroito poussa involontairement un cri. Le fériarat avait commencé à ronger la tige de la fleur.
Sans qu'on s'en rende compte, Meiriasu et Considie s'étaient penchées sur le pot. Les trois retenaient leur souffle, observant fixement les mouvements de la souris.
Combien de temps s'était-il écoulé ? Les trois retenaient leur souffle, épiaient les mouvements de la souris. Celle-ci s'était déjà enfouie dans la terre, et la terre tremblotait de gauche à droite.
« … ! »
Le souffle des trois se coupa. La fleur d'amitié s'inclina lentement, puis blanchit lentement.
Les trois se regardèrent mutuellement. Devant elles se tenait la fleur, comme figée dans du plâtre.
Selroito toucha la fleur avec hésitation. Celle-ci s'effondra sans un bruit.
Meiriasu, Considie et Selroito se regardèrent à nouveau en silence. Puis, sans qu'on sache qui l'initia, les trois se prirent les mains en silence.
« Le fériarat… »
Comme pour étouffer sa joie, Considie murmura. Ses yeux brillaient d'une lueur ardente.
« C'est à la ferme… Celle de Yannori-san… »
« Allons-y tout de suite. »
À la voix de Meiriasu, les trois se levèrent simultanément.
***
« Hein… »
À la vue de Meiriasu et des siennes, Yannori écarquilla les yeux et resta figé. Il était à genoux, en train de ramasser les fruits dévorés par les fériarats.
« Les souris ? »
À la voix de Considie, Yannori garda la bouche béante et ne fit qu'acquiescer. Elle détourna les yeux de l'homme pour scruter les alentours.
« … C'est juste une impression, mais il doit y en avoir un bon paquet. »
« Alors, posons des pièges. »
« Compris, Mei-chan. Laisse-moi faire. »
Sur ces mots, Considie quitta la ferme d'un pas rapide. Meiriasu raccompagna son dos du regard, puis s'excusa auprès de Yannori pour l'intrusion soudaine, et lui expliqua poliment que, peut-être, le fériarat détenait la clé pour éradiquer la fleur d'amitié.
« Dans ce but, nous pensons capturer le plus grand nombre possible de fériarats. »
« Haa… C'est ça… Eh bien, comme vous voyez, c'est la cata. Considie-sama l'a dit aussi, il doit y en avoir pas mal, alors capturez-en tant que vous voulez… »
Tout en écoutant Meiriasu, Yannori acquiesçait avec une expression comme flottant dans un rêve.
« Vo… Vos cultures sont… su… superbes, du coup, y'a… plein de souris qu'on peut attraper. »
Selroito lui parla en souriant. Face à elle, Yannori poussa un grand soupir et marmonna d'une petite voix.
« Euh… Je ne les élève pas pour les souris, moi… »
En voyant l'air embarrassé de Yannori, Selroito éclata de rire. Son expression était si radieuse que, rien qu'à ce sourire, il sentit son cœur s'apaiser.
***
Au même moment, Vielle feuillettait une missive dans son bureau du palais papal. C'était un rapport envoyé depuis le grand-duché de Foâru.
Y figuraient : le grand-duc Teisuto alité gravement malade ; pour sa guérison, Foâru avait envoyé un émissaire au Daijō-ō Reibun du royaume de Fradime demander l'envoi d'un médecin ; l'état du grand-duc étant tenu sous le plus strict secret, la maladie restait inconnue.
Vielle laissa échapper un sourire.
L'émissaire de Foâru s'était sans doute dirigé vers Agartha. Le grand-duc avait dû implorer l'aide d'Agartha. Et connaissant ce roi, il prêterait main-forte à Foâru, c'était certain.
C'était exactement le scénario espéré. Quelle tête ferait le roi d'Agartha en apprenant l'existence de cette fleur ? Il ferait sûrement un air ahuri en disant : « Qu'est-ce que tu fais ? »
Pour Vielle, l'essentiel était de faire reconnaître à Agartha comment la fleur d'amitié avait pu être portée à sa connaissance. Si ce n'était qu'une fleur à la vitalité tenace, ce roi n'y prêterait pas attention. Elle jugeait crucial de lui faire comprendre l'ampleur de son impact à l'échelle mondiale. Le danger de cette fleur, rapporté par l'émissaire de Foâru, aurait sûrement un poids considérable. Elle aurait bien voulu être sur place pour l'entendre.
Si Agartha s'y mettait sérieusement, éradiquer cette fleur serait tout à fait possible. Mais le premier objectif de Vielle était de faire admettre que la théocratie de Crimiana détenait une telle carte. Cela semblait accompli. De plus, la fleur d'amitié de Foâru continuait de fleurir. Comme expérience, les résultats étaient amplement suffisants.
Alors, comment négocier avec Agartha en jouant cette carte… Le regard de Vielle s'aiguisa. Dans sa tête, elle réfléchissait à quoi exiger d'Agartha en échange de la promesse de ne pas utiliser la fleur d'amitié.
… Si seulement je pouvais nouer des liens avec ce roi.
Mais demander qu'il me prenne en échange de ne pas utiliser la fleur, c'était quand même trop absurde. Vielle ne put s'empêcher de pouffer.
« Hein ? »
À cet instant, un bouton de la tenue de Vielle se détacha sans bruit. Elle le ramassa et le posa négligemment sur le bureau. En regardant, elle vit le jeune cardinal qui l'attendait devant elle, le visage écarlate, les yeux détournés.
C'était le bouton de l'encolure. Son décolleté était visible. Elle posa tour à tour son regard sur sa poitrine et sur le cardinal, un sourire taquin aux lèvres.