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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 58

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 58

Chapitre 58

Chapitre 58/10157%~9 min de lecture1 606 mots

Je porte à présent l'uniforme de cour des nobles, d'obscures décorations pendent à ma poitrine, et je me tiens, dans un apparat étincelant, devant Sa Majesté l'Empereur. Qui plus est, tout autour, à commencer par le Prince Vairasu et le Chancelier en personne, la noblesse impériale est alignée en grand costume. La gorge me brûle. Je sens un filet glacé me couler le long du dos.

Tout a commencé quelques jours plus tôt.

« Rinos-dono, j'ai une faveur à te demander. »

« Encore ? De quoi s'agit-il cette fois ? »

Nous sommes dans un salon du palais. Face à moi, le Chancelier et le Prince Vairasu sont assis. Tous deux froncent les sourcils, l'atmosphère est tendue.

Sur l'arbitrage de l'Empereur Heat, la princesse Ricorette n'a pas été inquiétée. Cela dit, elle reste assignée à résidence dans sa chambre. Tant que l'interrogatoire des complices de la tentative d'assassinat contre l'Empereur n'est pas clos, elle y demeure confinée.

« Avant la faveur, il y a un point que je souhaite confirmer. As-tu une épouse ? »

Épouse ou pas, je suis célibataire pour l'instant.

« Alors l'affaire est simple. Que dirais-tu de te marier ? »

« Hein ? Avec qui, au juste ? »

« Avec Ricorette-sama. »

« C'est une blague... »

L'invraisemblable du retournement me vide la tête. Juste elle, Ricorette, et moi qui devrais l'épouser. Comment, à quel moment, une chose pareille devient-elle possible ?

« Je ne suis qu'un roturier. Pire, un ancien esclave. Nos conditions ne s'accordent pas. »

« Sur ce point, heureusement ou malheureusement, rien ne t'interdit de prendre Ricorette-sama pour femme. »

« Qu'est-ce que cela veut dire ? »

« Tu devais être adopté par la maison Basam. Il suffit d'exécuter cette adoption. »

« Je me porte garant. Au nom de Hideta Shua Vairasu, je reconnais que cette adoption a été réalisée. »

« Une décision si unilatérale... »

« Mais non, c'est ainsi que fonctionne la noblesse. Heureusement, il existe une lettre du Duc Basam à ce sujet. C'est une consultation privée adressée à moi, mais elle porte le sceau des Basam et le papier à en-tête de la maison. Elle peut passer pour une missive officielle sans difficulté. »

« D'ailleurs, la maison royale de Juka a cessé d'exister. Il n'y a donc plus à s'en soucier. C'est toi qui feras revivre les Basam. Le défunt marquis en serait ravi, j'imagine. »

« J'ai plutôt l'impression qu'il m'engueulerait depuis l'au-delà. »

« Qu'à cela ne tienne, je me charge du titre. Toi, présente-toi au palais avec tes seuls vêtements. Les noces avec Ricorette-sama viendront après. »

« Non, je n'ai ni accepté ni refusé... »

« C'est aussi la volonté de Sa Majesté le Nouvel Empereur. »

« Euh ? »

« Quand nous en avons parlé à mon frère, enfin à Sa Majesté, il s'en est réjoui. Il a dit qu'aucun parti ne convenait mieux à Ricorette. »

« C'est n'importe quoi. »

« À moins que tu n'aies déjà quelqu'un dans le cœur ? »

« Non, ce n'est pas... »

« S'il n'y a personne, je t'en prie, accepte. La vérité, c'est qu'aucune famille noble de l'Empire ne veut accueillir Ricorette-sama. La garder ici indéfiniment ferait mauvais genre. La marier à l'étranger ? Elle a déjà vingt-trois ans. Une veuve de quelque maison royale ou nobiliaire, pourquoi pas. Mais une princesse impériale qui irait rejoindre un veuvage... »

« C'est là que tu as été désigné. Le royaume de Juka n'est plus qu'un souvenir, mais les Basam restent une lignée prestigieuse, connue jusqu'en Empire, qui a donné un Grand Chancelier à Juka. Pour l'Empire comme pour ma sœur, il n'est pas de meilleur choix. »

« Si Ricorette-sama refuse, il suffit de l'enfermer dans une aile du manoir. D'ailleurs, pourquoi ne pas construire, dans ton domaine actuel, un pavillon pour qu'elle y vive ? »

« Si rien ne change, ma sœur finira ses jours dans un couvent. Ce n'est pas le souhait de Sa Majesté. Près de toi, elle restera sous l'œil de l'Empereur. »

« Même si vous me dites ça... »

« Pardon de vous interrompre. Sa Majesté le Nouvel Empereur réclame votre présence. »

Nous nous dirigeons tous trois vers la chambre impériale. Tout le long, les deux autres ne cessent de me harceler : « Vas-y, accepte ! » Je compte bien signifier mon refus directement à l'Empereur.

« Tous, c'est bien. Asseyez-vous. »

Sur l'invitation de l'Empereur, nous prenons place.

« Rinos-dono, as-tu entendu ce que ces deux-là avaient à dire ? »

« Oui, je l'ai entendu. Franchement, je n'en ai guère envie. »

« C'est compréhensible, vu le caractère de ma sœur. Pourtant, je ne vois pas en Ricorette la femme forte dont ils parlent. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Depuis petite, c'est une solitaire qui supporte mal la solitude. Elle ne pouvait pas dormir seule. Isolée, elle se mettait à pleurer. Elle redoute sans doute par-dessus tout d'être abandonnée, rejetée. Alors elle réfléchit, elle agit pour que personne ne s'éloigne. C'est ainsi que je la perçois. »

« Dans ce cas, elle devrait chercher à se rapprocher des gens... »

« Son rang de princesse ne le lui a pas permis. Elle n'a pas pu montrer sa faiblesse. Son éloquence, son intelligence naturelle y sont pour quelque chose, mais c'est surtout en exhibant ses talents qu'elle a cru retenir les gens auprès d'elle. »

« Est-ce vraiment ainsi ? »

« Ses idées farfelues, que je lui ai entendues, ne rallient personne dans l'Empire. Mais toi, tu les as comprises, tu t'en es fait l'écho. Ce n'était pas pour te faire bien voir d'elle, n'est-ce pas ? »

« Effectivement. Dans un sens, je les trouve justes. Simplement, elles ne collent pas à l'époque actuelle. »

« Elle est trop lucide pour son bien. Avec ça, les hommes ne s'attachent pas facilement. Mais toi, tu as saisi la pensée de sa sœur, tu t'en es fait l'allié. C'est pour cela que j'ai acquiescé à la demande de ces deux-là. »

Quel empereur observateur. Peut-être a-t-il vraiment l'œil pour juger les hommes.

« Je sais que j'abuse. Pourtant, je veux te donner Ricorette en mariage. Réfléchis-y, veux-tu ? »

« Haa... Mais si Ricorette-sama elle-même s'y oppose ? »

« C'est juste. Alors commence par lui en parler. Si elle refuse tout autant que toi, j'imaginerai une autre issue. »

Bon gré mal gré, je suis conduit dans la chambre de la princesse Ricorette.

En entrant, je la trouve dans la pénombre. En plein jour, les rideaux sont tirés, volontairement assombris.

« Vous aussi, vous avez bien du mal. »

« Oui, énormément. »

« C'est notre mariage qu'on vous impose, n'est-ce pas ? Vous êtes libre de refuser. »

« Qu'en pensez-vous, Ricorette-sama ? »

« Quoi que je pense, je ne peux ni m'enfuir, ni même mourir. Je suis un oiseau en cage, privée de liberté. Je n'ai d'autre choix que d'obéir. »

« C'est vrai. Pour l'instant, vous êtes un oiseau en cage. Ne pas voir l'avenir, c'est angoissant. Je le sais. Quand je suis devenu esclave, quand j'ai cru ma liberté perdue, j'ai été saisi d'une peur véritable. Je crois pouvoir comprendre ce que vous ressentez. »

...

Ricorette baisse les yeux, sans répondre. J'insiste.

« Certes, vous êtes en cage à présent. Mais vous avez un choix. Mis à part notre mariage, vous pouvez choisir de vivre ou de mourir. Vous mordre la langue, c'est la mort. Vous pendre aux rideaux, c'est la mort. Le couvent ? Vous y vivriez pourtant. Vous avez ce pouvoir de choisir. »

Ricorette me fixe droit dans les yeux.

« Mon maître et sa famille auraient voulu vivre, et ils n'en ont pas eu la chance. Vous, vous êtes différente. Si vous voulez vivre, vous le pouvez. Mourir met un terme à tout. Mais tant que vous vivez, sous quelque forme que ce soit, il se passe quelque chose. Moi, j'ai été esclave, et je me dis que c'est bien d'avoir vécu. L'avenir que j'imaginais alors n'a rien à voir avec celui-ci. Vous aussi, pourquoi ne pas essayer de vivre ? Peut-être personne n'a compris votre façon de penser. Mais elle n'est pas fausse. C'est seulement l'époque qui n'a pas encore rattrapé votre avance. L'idée d'être utile à quelqu'un est juste. Si vous la gardez, vous pourrez survivre dans n'importe quel monde. Et alors, les gens viendront à votre aide. C'est tout ce que je voulais dire. »

Je le dis d'une traite, et je me lève.

« Pardonnez mon incivilité, mais je dois partir. »

D'un pas rapide, je quitte la chambre de la princesse Ricorette. Et je me rends directement auprès de l'Empereur. La pièce contient encore, outre Sa Majesté, les deux hommes d'avant.

« Je viens de m'entretenir avec Ricorette-sama. »

« Et ma sœur, qu'a-t-elle dit ? »

« Qu'elle refuse si cela lui déplaît. J'ai exposé ma propre façon de voir, puis je suis sorti. Probablement que Ricorette-sama n'acceptera pas ce mariage. Il serait préférable, Sire, que vous envisagiez une autre solution. »

Le Chancelier et le Prince Vairasu affichent une grimace de défaite. L'Empereur, lui, m'observe avec un demi-sourire. Peu après, un chambellan entre.

« Sire, la princesse... »

« Inutile de formaliser. Parle. D'ailleurs, "Sire" est prématuré, la cérémonie de couronnement n'a pas encore eu lieu. »

« Al... Alors, je m'exécute. Heu... »

« Quoi donc ? »

« La pr... la princesse Ricorette fait savoir qu'elle accepte le mariage avec Rinos-dono. »

... Pourquoi ça finit comme ça ??

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