« Maître… »
Gon me regarde avec une expression perplexe. Je jette un coup d'œil à son visage et hoche la tête, histoire de lui dire de me faire confiance. Puis je rapporte mon regard sur les fleurs devant moi.
Effectivement, lors de l'expérience à l'Institut de recherche médicale d'Agartha, les fleurs avaient complètement disparu. En me remémorant l'image de ce moment, je déploie une barrière et lance un sort de feu de niveau 5.
… En un instant, les fleurs ont disparu. Devant moi ne s'étend plus qu'un sol d'un noir total.
« C'est la même chose. »
La voix faible de Gon parvient à mes oreilles. Apparemment, c'est le même résultat que lorsque j'ai fait activer la pierre de barrière que je lui avais confiée. À ce moment-là aussi, toutes les fleurs s'étaient évaporées, et les grands-ducs avaient sauté de joie.
« C'est une simple intuition, mais il se peut que, dans quelques jours, ces fleurs… »
Les paroles de Gon sonnent juste. Je prends immédiatement une décision.
« Faisons venir Mei, Shidī et Cellroite ici. »
…
Gon s'incline lentement sans un mot. Tout en observant son attitude, j'active la barrière de transfert.
***
…
Quelques dizaines de minutes plus tard, je reviens sur les lieux accompagné des trois femmes. Elles ont affiché une surprise à mon explication, mais ont vite retrouvé leur calme et ont répondu qu'elles allaient examiner la scène. J'ai même été un peu étonné que Mei et Shidī réagissent exactement de la même façon. Quant à Cellroite, elle m'a fixé avec une mine de ne rien comprendre du tout, l'air totalement hébétée.
Une fois sur place, Shidī plante d'abord un regard perçant dans les fleurs et murmure d'une petite voix, sans s'adresser à qui que ce soit : « Maléfique… » Ce mot fait réagir Mei. Elle s'agenouille lentement et observe avec soin la terre devant elle. Voyant cela, Cellroite imite Mei et scrute le sol à son tour. Shidī, elle, garde les yeux rivés sur le terrain noirci et fait courir son regard de-ci de-là, affairée.
Finalement, Mei laisse s'écouler la terre qu'elle tenait dans sa paume, puis tape dans ses mains pour les nettoyer. Une légère volute de poussière s'élève de ses paumes.
« Ça, c'est quelque chose… tout de même. »
Soudain, une voix de vieillard résonne. En y regardant de plus près, le gnome, l'esprit contracté par Mei, est apparu à ses pieds.
« Pardonnez-moi de vous déranger. »
« Voyons, voyons, c'est la demande de Mei-chan. Appelle-moi quand tu veux. »
« Merci. Qu'en pensez-vous de cette étendue de terre devant nous ? »
« Comment dire… ce n'est pas de la terre. Ce sont des cendres volcaniques. Puisqu'elles s'accumulent sur le sol, on ne peut pas dire que ce soit très bon. »
« Je suis du même avis. »
Mei et le gnome s'engagent dans une discussion technique. Cellroite tend l'oreille à leur échange et hoche par moments la tête. Apparemment, elle saisit ce dialogue de spécialistes.
De son côté, Shidī reste bras croisés, le regard encore errant sur le sol noir.
« Dis donc… »
« Je ne sens qu'une présence maléfique. »
Coupant la parole, Shidī ouvre soudain la bouche. Elle tourne net son regard vers Gon et poursuit.
« Gon-san. Avez-vous utilisé la pierre de barrière de -sama pour faire disparaître les fleurs seulement ici ? »
« Non, il y a un autre endroit. »
« Guidez-nous là-bas. »
« Hein ? Eh bien, là-bas c'est… »
« Y a-t-il un problème ? »
« Haaa… »
Gon affiche une mine des plus embarrassées. Devant notre incompréhension, il baisse à nouveau la tête en disant qu'il y a une seule condition.
« Condition ? Qu'est-ce que c'est ? »
« Je voudrais que vous posiez une barrière sur nous tous. »
« Barrière ? Mais elle est déjà active. »
« Pas celle-là. Je voudrais une barrière qui nous fasse passer pour d'autres personnes. Car… il y a… beaucoup de monde… »
C'est vrai, dans ce cas c'est inévitable. On ne peut pas exclure que quelqu'un me connaisse. Si l'on découvre que moi, Mei et Cellroite, qui devrions être à Agartha, sommes dans le grand-duché de Foural, il y a de fortes chances que ça devienne un sacré pépin. Ah, au fait, j'ai oublié de dire à Cellroite de garder le secret sur la barrière de transfert. Je demanderai à Mei de lui expliquer gentiment plus tard.
Tout en songeant à cela, je refais la barrière sur tout le monde.
« Alors… »
Après avoir vérifié la barrière, Gon sort de sa poche une pierre de barrière dotée de l'effet de transfert, la pose au sol. Le paysage change sur-le-champ. À cet instant, je pousse un cri de stupeur.
« Qu'est-ce que c'est que ça ! »
Des centaines de soldats en armes se tiennent devant nous, le dos tourné. Devant un spectacle si inattendu, la voix m'a échappé. Et dès qu'ils ont entendu ma voix, les soldats se sont retournés d'un bloc, créant une atmosphère des plus gênantes.
« Qui êtes-vous ? Dégagez. »
Avec une mine à dire « ne nous gênez pas », l'un d'eux lâche cette réplique sur un ton lassé. En y regardant de plus près, un grand manoir blanc se dresse devant eux.
« … Maître, maître. »
Gon tire la manche de mon vêtement en marmonnant tout bas. Il nous entraîne un peu à l'écart.
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »
En nous écartant pour observer, on voit un bâtiment assez grand, recouvert de toiles, encerclé hermétiquement par les soldats. Le déploiement est impressionnant.
« Fantastic-sama… »
Soudain, Cellroite prend la parole. Les deux mains plaquées sur la bouche, elle fixe le manoir, hébétée.
« C'est bien cela. Cette demeure appartient au duc Fantastic du grand-duché de Foural. C'est l'autre lieu où fleurissent les fleurs de l'amitié. »
« Mais pourquoi est-elle entourée par les soldats ? »
« Le grand-duc a ordonné la fermeture totale de ce manoir, mais ceux qui refusent de l'accepter s'y sont retranchés. »
« Hein ? Quoi ? Qui est retranché là-dedans ? »
« La duchesse. »
…
D'après le récit de Gon, c'est surtout dans le jardin de ce manoir que s'épanouissent les fleurs de l'amitié. Sous la supervision des grands-ducs, il a d'abord éradiqué les fleurs dans le jardin de la résidence du chambellan Lilreine, puis s'est rendu à la demeure du duc Fantastic. Le jardin était immense et les fleurs y poussaient un peu partout. À la résidence Lilreine, les fleurs formaient une seule masse, ce qui avait permis de les éliminer d'un coup, mais ici, éparpillées, elles ont donné du mal. Sur l'ordre du grand-duc, il a donc été décidé de raser le jardin entier par le feu, et Gon l'a exécuté fidèlement.
Voyant le jardin réduit en cendres, la duchesse serait tombée dans un état de stupeur, mais elle a vite fait apporter force fleurs et plantes pour refaire une apparence de jardin. Comme le manoir est bâché, la lumière du soleil est bloquée, donc les plantes ne tiendront pas longtemps. Pourtant, sourde aux supplications de son mari de quitter les lieux, elle s'obstine comme possédée, s'activant jour après jour à la restauration du jardin. Mais les fleurs de l'amitié ont refait surface. Naturellement, le grand-duc a interdit l'accès au manoir, mais elle a refusé catégoriquement. Exaspéré, il a dépêché des soldats pour l'évacuer de force.
« Je ne veux pas être désagréable, mais il n'y a qu'une femme retranchée là-dedans, non ? On devrait pouvoir l'évacuer illico, non ? »
« C'est là que ça coince, apparemment. »
« Ça veut dire quoi ? »
« Il semblerait qu'un barriériste se trouve à l'intérieur, et qu'on ne peut même pas pénétrer dans le manoir. »
« Hein ? »
En y regardant de plus près, une barrière de niveau 3 enveloppe effectivement tout le bâtiment. C'est vrai qu'avec ça, un humain normal ne peut pas entrer. De mon point de vue, c'est encore une barrière inégale, mais disons qu'elle est passable.
« … Bon, faut déjà lever cette barrière, non ? »
À mes mots, Gon hoche la tête, perplexe. Je remarque que Mei et Shidī hochent aussi lentement la tête.
« Faut bien faire avec. »
Lâchant cela, je m'avance vers le manoir…