Deux semaines s'étaient écoulées depuis son arrivée à Agartha. Cellroit regarda les champs s'étendant devant elle et exhalait lentement.
C'étaient des jours tourbillonnants. À peine l'audience avec le roi d'Agartha terminée, on l'avait conduite à l'université d'Agartha. Cela dit, ce n'était pas un campus au sein de la capitale, mais une ferme située à l'extérieur qu'on lui fit visiter.
Elle s'étendait jusqu'à l'horizon, d'une immensité telle que, bien qu'elle en ait entendu parler, Cellroit n'imaginait pas une telle échelle ; elle resta bouche bée, clouée sur place, hébétée.
Y poussaient toutes sortes de cultures. Plusieurs variétés étaient même inédites pour Cellroit. Pour la première fois depuis longtemps, le cœur battant d'excitation, elle observait les plantes des champs.
Voyant cela, la sainte Mélias lui proposa d'aller arpenter ces champs pendant quelque temps à partir du lendemain. Selon ses explications, la ferme disposait d'un hébergement pour les chercheurs. L'idée était qu'elle y loge tout en observant les cultures pour trouver celles qu'elle voudrait essayer de cultiver. Cellroit n'avait pas d'autre choix que d'accepter.
Le lendemain, après avoir transféré ses bagages du palais d'accueil vers l'hébergement, Cellroit arpenta sans attendre les champs de l'université d'Agartha. Les cultures qui s'y trouvaient stimulaient vivement sa curiosité. Aussi, jour après jour, elle s'y rendait pour les parcourir. Ce jour-là encore, la sainte Mélias, s'arrachant à ses lourdes tâches, s'était portée volontaire pour lui servir de guide. Gênée par tant de gentillesse, Cellroit avait les yeux rivés sur les plantes.
« C'est... des fruits de Shing !? »
Soudain, Cellroit poussa un cri. Ce n'était pas surprenant : s'étendait devant elle, sur tout le champ, le fruit qu'elle avait lu dans les livres et qu'on appelait le « fruit幻 ». De gros fruits d'un rouge vif, ressemblant à s'y méprendre à des tomates, pendaient en grappes sur les rangées de buttes qui se dressaient en nombre.
« Vous connaissez bien cela. »
À peine une voix s'était-elle élevée du milieu du champ qu'un homme apparut entre les plants de Shing. La trentaine, semblait-il. Grand, mince, la peau brûlée d'un noir intense, il montrait un visage à l'allure indéfinissablement aimable, tout en laissant percer une intelligence profonde.
« Je mène des recherches à l'université d'Agartha, je m'appelle Yannori. »
« Ah, ah, ah... euh... ah... »
Prise au dépourvu, elle ne trouvait pas ses mots. Face à elle, Yannori esquissa un doux sourire.
« Yannori-san poursuit ses recherches à l'université d'Agartha tout en enseignant l'agriculture aux étudiants. Comme il le fait avec beaucoup de soin, il jouit d'une grande confiance de leur part. »
C'est ainsi que Mei la présenta. Yannori, embarrassé, agita la main devant son visage.
« Pas du tout... Vous m'en dites trop, Méi-sama. »
« C'est la vérité. Mais alors, comment va la culture des Shing ? »
Au son de la voix de Mei, le visage de Yannori s'assombrit.
« On a réussi à les faire fructifier jusqu'ici, mais... quant au goût, c'est vraiment... Le fruit de Shing original est sucré, mais ceux qui ont poussé ici n'ont presque pas de sucre. »
En disant cela, il cueillit distraitement un fruit de Shing, le frotta vigoureusement contre son vêtement et le leur tendit. Mei le prit sans hésiter et le porta à sa bouche. Cellroit l'imita et saisit à son tour un fruit de Shing.
« ...Effectivement. On perçoit une légère douceur, mais ce n'est pas cette "douceur débordante" dont parlent les livres. »
« C'est bien ça. J'ai essayé divers moyens, mais la douceur, impossible de... »
C'est alors que Cellroit prit la parole à l'improviste.
« Ah... pour la douceur, euh, en ajustant... la quantité d'eau... je pense que ça marcherait. »
« L'eau... ? On leur en donne déjà suffisamment, si on en donne plus, on risque qu'elles pourrissent... »
« N-non, c'est l'inverse. »
« Comment ça ? »
« L'eau... il faut ne pas leur en donner... jusqu'à la limite. »
« ... »
« Si on les cultive... dans un endroit sec, au soleil intense... elles deviennent sucrées... »
Cellroit expliqua en détail son expérience de culture dans le jardin de sa maison. Yannori l'écouta sérieusement en hochant la tête, puis finit par afficher une expression d'avoir compris quelque chose.
« Je vois. En effet, certaines plantes cultivées dans le désert ou sur des terres pauvres ont du sucre. C'est ça... Jusqu'ici, je demandais à Elkarina-san d'ajuster finement l'humidité, mais c'était peut-être un mauvais coup... »
« Elkarina ? »
Pour une raison quelconque, le nom lui échappa. Cellroit, troublée, porta instinctivement la main à sa bouche. Face à cela, Mei lui adressa un doux sourire.
« Cette ferme fonctionne avec la coopération des Sairyus. Elkarina-san a un contrat avec un esprit de la forêt, elle excelle donc à manipuler l'humidité. »
« Les Sairyus... les esprits de la forêt... »
« Des Sairyus sous contrat avec des esprits de la forêt et de l'air nous aident ici. Et l'esprit de terre Nome-san nous prête aussi main-forte. »
« C'est exact. Comme je veille dessus, les cultures poussent bien. Au fait... où est passée Elkarina-chan ? »
Soudain, une voix de vieillard se fit entendre. Baissant les yeux, elle aperçut un petit vieillard qui se tenait droit, le regard tourné vers elle.
« Ce sol était déjà bon à la base. Les Sairyus gèrent l'humidité et la température pour chaque culture, alors tout pousse facilement. Au fait... où est allée Elkarina-chan ? »
« Elle est allée au champ de Kuwaraka pour l'instant. »
Yannori répondit avec un sourire. Apparemment, ces deux-là se connaissaient depuis longtemps.
« Quoi, c'est décevant. Je pensais pouvoir voir les beaux seins d'Elkarina-chan... Bon, j'ai pu voir Mei-chan, ça ira. »
« Nome-san. »
Mélias affichait une mine ahurie. Élevée dans la noblesse, on avait appris à Cellroit qu'évoquer crûment le corps d'une femme était d'une impolitesse extrême. Face à l'attitude outrageante de ce petit vieillard, elle ne sut comment réagir et en resta les yeux ronds.
« Méi-sama~ ! Méi-sama~ ! »
Soudain, une forte voix d'homme retentit. Surprise, elle tourna la tête dans sa direction : un jeune homme à cheval agitait la main en venant vers elles. Une calèche stationnait à ses côtés.
L'homme descendit de cheval et courut vers elles. Il reprit son souffle et s'inclina profondément devant Mélias.
« Vous étiez bien ici. J'ai un message de -sama. Il demande qu'on amène immédiatement Cellroit-sama au palais d'accueil. »
« Amener Cellroit-sama ? »
« Oui. Il paraît que Cellroit-sama a un visiteur. »
« Moi... ? »
Cellroit lança un regard inquiet à Mélias. Seules quelques personnes dans le grand-duché de Foural savaient qu'elle était dans ce pays. Et pourtant, elle, une visiteuse... ? Un instant, elle pensa à Mataka-sama, mais cette personne ne viendrait pas à Agartha. Et même si c'était le cas, on ne la laisserait pas la rencontrer. Alors qui... ?
Face à elle, Mei maintenait un regard bienveillant. Elle hocha lentement la tête, puis se tourna vers l'homme qui attendait.
« Compris. Nous allons amener Cellroit-sama au palais d'accueil dès maintenant. Transmettez cela à votre maître. »
« Entendu. J'ai amené la calèche là-bas. Montez dedans. Je vais alors rapporter vos paroles à -sama. »
Sur ce, il repartit en courant, monta à cheval et s'élança. Après l'avoir vu partir, Mei fit un signe de tête à Cellroit et l'invita à se diriger vers la calèche.
« Cellroit-san. »
Son nom fut appelé à l'improviste. C'était Yannori. Il prit la main de Cellroit et la serra doucement entre les siennes.
« Merci. Grâce à vous, ma recherche va pouvoir avancer d'un pas. Je vous en suis reconnaissant. »
La main qui serrait la fine main de Cellroit était très chaude.