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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 563

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 563

Chapitre 563

Chapitre 563/69181%~7 min de lecture1 346 mots

« Quoi… Vraiment… ? »

Le grand-duc Taste arracha ces mots au fond de sa gorge. Au même instant, son visage se tordit de douleur. D'ordinaire, il ne laissait jamais transparaître d'émotions négatives, s'efforçant de conserver une contenance sereine, mais le rapport qu'il venait d'entendre réduisait à néant tous ses efforts quotidiens.

Devant le grand-duc, deux hommes tenaient la tête baissée, sans un mot : le chambellan Lirein et le duc Fantajic.

D'ordinaire, ils tenaient le dos droit et arpentaient les couloirs du palais ducal comme chez eux ; aujourd'hui, ils tremblaient comme des chiots abandonnés, implorant pardon sans relâche. La silhouette du duc était particulièrement misérable. Il ne portait pas ses somptueux atours habituels, mais un simple habit noir, comme pour des funérailles. Aucune décoration, aucune médaille ne l'ornait ; un simple homme mûr, la tête basse devant le grand-duc.

En les dévisageant, le grand-duc sentait un sueur froide lui glisser le long de l'échine. C'était bien l'heure de la survie ou de la disparition du grand-duché de Foar. Dans son esprit se dessinait une vision : le pays tout entier recouvert de fleurs de l'amitié, et, à leurs côtés, des récoltes desséchées et des corps d'hommes au visage contracté par la souffrance. Et il avait la certitude que cette vision deviendrait réalité dans un avenir proche.

D'après leur rapport, les fleurs de l'amitié se multipliaient à une vitesse explosivement supérieure à toute prévision. D'abord, le grand-duc n'avait pas pu saisir la gravité de la situation. Mais lorsqu'il apprit que Lirein avait prélevé les fleurs confiées, en avait fait des boutures et les avait multipliées, il comprit instantanément le danger que recélait cette plante.

Une plante aux capacités de reproduction et à la vitalité effroyables… Qui plus est, une fragrance qui, proportionnellement au nombre, se changeait en pestilence… Si on la laissait faire, ce pays périssait sans l'ombre d'un doute. Déjà, les jardins du duc Fantajic et du chambellan Lirein en étaient envahis et commençaient à diffuser une odeur nauséabonde tout autour.

« Qu'on enquête immédiatement dans tout le pays pour savoir si la fleur de l'amitié a pris racine ailleurs. »

D'une voix basse, comme pour ne pas se faire entendre, le grand-duc donna l'ordre. Une ride profonde creusait son front ; devant une telle intensité, les deux hommes s'inclinèrent en tremblotant et tentèrent de se retirer. Il les rappela.

« Attendez. Mes ordres ne sont pas finis. Lirein, le pied-mère de la fleur de l'amitié est-il encore dans ta demeure ? … Si c'est le cas, expédie-le au plus vite à Agartha. Harts, Harts n'est pas là ? »

« Ha… hai. Par ici… »

Tout en frissonnant, le duc Harts, son frère cadet, s'avança et se tint devant le grand-duc. Son attitude hésitante coutumière, mais ses yeux brillaient d'une lueur intense. Le grand-duc hocha largement la tête.

« C'est toi qui porteras de tes mains la fleur de l'amitié à Agartha. Montre-la d'abord à Celroit, puis obtiens une audience auprès du roi d'Agartha. Celroit, lui, comprendra à quel point cette fleur est dangereuse. »

« Ka, ka, ka, kashikomarimashi, ta »

« Pars sur-le-champ. »

« Ha… hai ! »

« Ah, attends. Seul, je ne suis pas tranquille. Emmène aussi ta femme, Merumo. »

« Ha-ha ! »

D'une voix si forte qu'on ne l'avait peut-être jamais entendu, le duc Harts répondit. Le grand-duc acquiesça vigoureusement et, d'un geste du menton, l'invita à sortir.

« Alors, nous aussi… »

Une fois le départ de Harts constaté, Fantajic et Lirein essayèrent de se retirer sur la pointe des pieds. Le grand-duc les rappela une nouvelle fois.

« Attendez ! Mes ordres ne sont pas terminés ! »

« Ha-ha ! »

« À vous deux, il est strictement interdit de retourner dans vos demeures avant mon autorisation. D'ici midi aujourd'hui, vous n'apporterez que le strict minimum et vous installerez dans ce palais ducal. »

« Heeeh !? »

« Bôruzu ! Bôruzu est-il là ? »

Devant un ordre si inattendu, les deux nobles affichèrent l'air de pigeons qu'on vient de tirer ; sans s'en soucier, le grand-duc hurla assez pour qu'on l'entende hors de la pièce. Peu après, un homme d'âge mûr, le crâne rasé, en uniforme militaire, à la carrure imposante, entra.

« Vous m'avez appelé ? »

« Hum. Tu vas raccompagner ces deux-là chacun chez soi. Ensuite, d'ici midi aujourd'hui, tu ne leur laisseras emporter que le strict nécessaire pour les amener ici. Après quoi, tu scellerez hermétiquement leurs deux demeures, au point qu'aucune fourmi n puisse y entrer. »

« Votre ordre sera exécuté, mais… »

Le militaire appelé Bôruzu ne put s'empêcher de jeter un regard aux deux nobles figés sur place.

« L'affaire presse ! Inutile de discuter, obéis ! Et en même temps, mobilise toute l'armée pour rassembler du tissu dans tout le pays ! »

« Du tissu… ? »

« Oui. Du tissu. »

« Ka, kashikomarimashita… »

Bôruzu cligna des yeux, puis pressa les deux nobles de sortir. Par la suite, le tissu collecté dans tout le pays servit à envelopper hermétiquement les deux demeures.

Ce que craignait le grand-duc, c'était que les graines et le pollen de la fleur de l'amitié ne se dispersent et ne s'envolent avec cette odeur pestilentielle. Si le pollen était emporté par le vent, le grand-duché de Foar risquait fort de devenir l'enfer qu'il avait imaginé. Il avait dès lors pris la ferme résolution de jouer tous les coups possibles pour protéger son pays. C'était bel et bien le coup d'envoi d'une guerre sous une forme déguisée entre le grand-duché de Foar et la théocratie de Crimiana.

Mais, trois jours plus tard, comme s'ils avaient anticipé la confusion du grand-duché, des émissaires de Crimiana se présentèrent. Le grand-duc, furieux qu'ils osent demander audience après avoir plongé le pays dans un tel chaos, refusa de les recevoir et s'enferma dans sa chambre. S'il les rencontrait, il risquait fort de les trancher sur-le-champ ; il n'avait aucune confiance en sa capacité à maîtriser ses émotions et à garder son sang-froid.

Néanmoins, l'autre partie était venue en tant qu'envoyé du pape. Les renvoyer équivalait à déclarer la théocratie ennemie. Ce qui donnerait à ce pays un prétexte pour l'envahir ; il était alors évident que le grand-duché serait piétiné sans pouvoir rien faire.

Faute de mieux, ce furent le duc Fantajic et le chambellan Lirein qui durent s'occuper de l'envoyé de Crimiana. Malgré de nombreuses voix contraires, les deux hommes insistèrent pour assumer ce rôle, affirmant qu'ils laveraient leur honneur en arrachant à l'envoyé la méthode pour contrer la fleur de l'amitié.

« Ya, cela fait un moment, n'est-ce pas ? »

L'émissaire qui apparut était l'homme qui avait apporté la lettre personnelle du pape. Petit, le crâne dégarni, il affichait en permanence un sourire aimable qui le faisait passer pour un brave homme à première vue. Mais ses yeux fouillaient frénétiquement dans toutes les directions, cherchant à glaner le maximum d'informations sur la situation intérieure du pays.

Ayant appris que le grand-duc Taste était alité par la maladie, il fit mine d'être grandement surpris.

« Quoi ! C'est fâcheux. Notre théocratie de Crimiana compte nombre des meilleurs médecins du monde. Si vous le souhaitez, nous en dépêcherons un auprès du grand-duc. »

Il savait pertinemment que cette offre serait refusée catégoriquement. Pourtant, il la formulait avec un culot tel que le duc Fantajic et le chambellan Lirein ne purent réprimer un sourire amer.

Mais l'émissaire ne s'en formalisa pas et continua son verbiage anodin. Qu'à Aphrodite, la capitale théocratique, le soleil était trop fort, que Sa Sainteté le pape s'était récemment mis en tête de faire des potages de légumes… Autant de propos parfaitement insignifiants pour eux.

Sentant leur exaspération monter face à cette attitude dilatoire, l'homme se mit à renifler, le nez frétillant.

« Il flotte une bonne odeur, par ici. Serait-ce, par hasard, le parfum de la fleur de l'amitié ? Ah, au fait, qu'est devenue cette fleur ? »

Enfin le cœur du sujet… Les deux hommes se redressèrent et firent face à l'émissaire.

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