« L'échec n'est un échec que parce qu'on le laisse finir en échec. Si l'on conduit cet échec vers la réussite, il n'est plus un échec, mais une réussite. »
C'était une phrase que son grand-père, Juvansel Seine, répétait à chaque occasion. Grâce à ces mots, ses subordonnés s'étaient vu imposer des tâches impossibles, et beaucoup y avaient perdu la vie.
La scène de son grand-père prononçant cette phrase avec un sourire revint vivement à l'esprit de Vielle. Elle ouvrit les yeux et poussa un long soupir.
Les paroles de son grand-père avaient certainement leur part de vérité. Mais sa façon de penser n'était juste qu'à moitié, et fausse pour l'autre moitié. Ce qui ressemble à un échec maintenant pourrait s'avérer être une réussite à l'avenir. Même si la situation actuelle n'allait pas dans le sens de ses souhaits, on ne devait pas la qualifier définitivement d'échec.
Au moment où elle eut cette pensée, une idée lui traversa l'esprit.
« Uhuhu… Uhuhu… »
Vielle arbora un sourire malicieux en étouffant son rire. L'idée qui lui venait à l'esprit était exactement ce qu'aurait fait son grand-père.
Après tout, je suis bien la petite-fille de grand-père…
Tout en songeant à cela, elle posa le rapport qu'elle tenait sur le bureau et frappa dans ses mains. Aussitôt, la femme qui faisait office de secrétaire apparut.
« Me désirez-vous ? »
« Faites venir le cardinal Ron Eslotel. »
« Certainement. »
La femme s'inclina respectueusement et se retira. Vielle ferma à nouveau les yeux et s'abandonna au dossier de sa chaise.
***
« Je suis venu sur votre ordre. »
Peu de temps après, un homme aux cheveux blancs apparut devant Vielle. Derrière lui se tenait une femme cardinal. L'homme s'inclina profondément devant Vielle et la fixa droit dans les yeux. C'était chose rare, même parmi les nombreux fidèles de l'Église de Crimiana.
La plupart des croyants, une fois devant Vielle, détournaient le regard. Certains allaient jusqu'à baisser la tête sans jamais croiser son regard. Pour eux, Vielle était l'égale d'un dieu vivant ; simplement croiser ses yeux leur paraissait irrespectueux. C'est pourquoi, même parmi les cardinaux, on pouvait compter sur les doigts d'une main ceux qui étaient capables de lui parler en la regardant droit dans les yeux.
Ron Eslotel lui tournait des yeux pétillants, dépourvus de toute arrière-pensée. Vielle observa ce regard tout en ouvrant lentement la bouche.
« Nous avons reçu un courrier de ce type du cardinal Mataka, dépêché au grand-duché de Foal, ainsi que du cardinal Freeman, chef de la succursale de South Gredafull. »
« Oui. Je l'ai lu moi aussi, mais je n'ai pas de mots. »
L'homme affichait une expression disant toute sa compassion. Face à lui, Vielle continua.
« C'est vous qui gérez la région de South Gredafull. Je souhaiterais connaître votre avis. »
« … »
L'homme ne répondit pas à la question de Vielle. Un silence s'installa un moment, puis il redressa la posture et reporta son regard sur Vielle.
« D'après le courrier, on sent bien que le chef de succursale Freeman a donné le maximum de ses forces. Quant à Mataka, on perçoit la crainte d'être tenu pour responsable… tel est le sentiment qui transparaît. »
Tout en écoutant les paroles de Ron Eslotel, Vielle continua de le scruter sans changer d'expression.
« De mon côté, j'aimerais surtout donner une chance de se rattraper à Mataka. »
« Une chance de se rattraper ? »
« Oui. S'il en reste ainsi, Mataka et les siens, dépêchés au grand-duché de Foal, risquent d'en être chassés avant longtemps. Cela dit, ce pays est pour notre théocratie la clé de l'Ouest… S'ils endurcissent leur attitude, ce ne sera pas favorable pour nous non plus. C'est pourquoi je souhaite les y renvoyer à nouveau, le moment venu, pour leur offrir une chance de se rattraper. »
Alors que Ron Eslotel parlait, Vielle inclina légèrement la tête, l'air de ne pas tout à fait saisir.
« L'inquiétude de Sa Sainteté le Pape est tout à fait légitime. Toutefois, le cardinal Mataka a reçu la protection du Dieu suprême. Il sait qu'il n'y aura pas de second échec. »
« … Puisque vous le dites avec tant d'assurance, soit. Alors, concrètement, comment comptez-vous procéder ? »
« Avant tout, le plus important, à mon humble avis, est de faire retirer Mataka et les siens de ce pays avant qu'on ne leur ordonne de partir. S'ils se font ordonner le départ, ou pire, s'ils se font attaquer par des troupes et abattre, il deviendra difficile de leur offrir une chance de se rattraper. Cela dit, s'ils périssent là-bas, nous aurons un prétexte pour envoyer notre armée. Pour nous, ce serait même plus commode. »
Ron Eslotel acquiesça lentement, le visage impassible. Vielle observa son attitude, toujours sans expression.
« Tout d'abord, je voudrais demander à Votre Sainteté d'adresser une lettre personnelle au grand-duché de Foal pour annoncer le rappel des cardinaux dépêchés sur place. »
« Cela ne me pose pas de problème, mais concrètement, que comptez-vous faire faire au cardinal Mataka ? »
« Pour cela, je pense qu'il est préférable de le laisser s'expliquer lui-même. Il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Cet homme saura sans faute répondre aux intentions de Sa Sainteté. »
« Cardinal Ron Eslotel. »
« Ha. »
« Répondez à ma question. »
Ron Eslotel garda le silence un moment, puis, semblant se résoudre, ouvre la bouche d'une voix basse.
« Je crains de devoir vous demander de nous laisser seuls. »
« Il n'y a que vous et moi dans cette pièce, non ? »
« Non. Il y a quelqu'un derrière la porte. »
Les yeux de Vielle s'entrouvrirent légèrement. Elle poussa un petit soupir et appela vers l'autre côté de la porte.
« Mademoiselle Aurélie. Vous pouvez vous retirer. Je vous appellerai si j'ai besoin de vous. »
La secrétaire Aurélie était une femme qui semblait faite de loyauté pure. En bonne croyante dévouée de l'Église de Crimiana, elle vénérait Vielle comme une déesse et trouvait une joie suprême à la soutenir. C'est pourquoi elle se tenait toujours à portée de voix de Vielle. Cette fois encore, elle attendait derrière la porte pour pouvoir répondre immédiatement lorsque Vielle avait frappé dans ses mains. Cette attention lui fit sincèrement plaisir.
Mais elle ne laissa pas transparaître cette émotion sur son visage, restant impassible comme toujours. Face à elle, Ron Eslotel marmonna d'une voix basse.
« Le prototype de "Ça" est achevé. »
Les yeux de Vielle s'écarquillèrent grandement.
« Enfin… est-il vraiment achevé ? »
« Oui. Simplement, "achevé" ne veut pas dire qu'il a été utilisé. S'il est employé dans notre pays… surtout à Aphrodité, il y a un risque que des événements imprévus se produisent. »
« Dans ce cas, quelque part en sécurité… ne me dites pas… ? »
Aux mots de Vielle, Ron Eslotel acquiesça largement.
« Ce pays n'est-il pas exactement l'endroit idéal ? »
« Je vois. C'est donc ça. »
Tous deux se regardèrent et acquiescèrent lentement. Déjà, l'esprit de Vielle fourmillait de stratégies pour la suite.
… Si cela fonctionne, nous pourrions peut-être vaincre Agartha.
Sans même envoyer de troupes, sans même ourdir de stratagème, si seulement cela réussit, Agartha ne pourra plus se maintenir en tant que nation sans la Crimiana. C'est-à-dire que cela reviendra à placer Agartha sous notre domination. Et alors, l'État ecclésiastique de Crimiana règnera naturellement au sommet de ce monde.
Après avoir congédié Ron Eslotel, Vielle referma les yeux et s'enfonça dans sa chaise. L'émotion de l'espoir, qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps… Elle souhaita ardemment s'immerger encore un moment dans cette sensation agréable. Naturellement, son expression se détendit, et elle esquissa inconsciemment un sourire…