Aller au contenu principal

Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 545

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 545

Chapitre 545

Chapitre 545/69179%~7 min de lecture1 288 mots

Dès le lendemain, un marché tenu par des fidèles de l'Église de Crimiana s'ouvrit dans un coin de la capitale.

On ne peut pas dire qu'il fût de grande envergure : il s'agissait pour l'essentiel d'étals, à l'allure peu engageante, mais on y trouvait en abondance du riz, du blé et toutes sortes de denrées sèches à longue conservation. Le tout était vendu à des prix cassés, ce que les commerçants des alentours ne purent cacher leur trouble en le constatant.

Les habitants de la capitale, d'abord méfiants envers la boutique crimianaise, s'en tenaient à distance. Mais dès qu'ils comprirent que les marchandises étaient de qualité tout à fait correcte, ils commencèrent à affluer peu à peu, et un mois plus tard, l'établissement connaissait un succès retentissant.

Du coup, la clientèle désertait les boutiques voisines. Celles-ci se voyaient contraintes de choisir : baisser leurs prix en acceptant des pertes, ou fermer boutique.

Les commerçants n'étaient pas restés les bras croisés. Ils avaient formé une corporation marchande, liée aux nobles du grand-duché. Ils implorèrent les nobles influents de venir à leur secours et d'éliminer la boutique de Crimiana.

Les nobles tentèrent toutes sortes de manœuvres d'obstruction contre Crimiana, mais chacune échoua. En dernier recours, ils essayèrent la force, mais furent là encore aisément éconduits. Leurs hommes, armés d'épées, fondirent sur les Crimianais qui, mains nues, mirent les agresseurs hors d'état de nuire jusqu'au dernier.

Chaque développement était rapporté sans délai au grand-duc Teist. La confiance des habitants de la capitale envers Crimiana grandissait de jour en jour. Pire encore, ceux qui avaient reçu de l'argent de Crimiana se mirent à acheter activement dans les commerces environnants, au point que ces derniers ne pouvaient plus maintenir leur activité sans eux. Pour le dire crûment, le pays s'était fait saisir par le cou — sa nourriture — par la théocratie de Crimiana.

Le grand-duc Teist sentit la crise s'aggraver. Si Crimiana brandissait cette emprise pour exiger l'inacceptable, le pays n'aurait d'autre choix que de se plier à la théocratie.

…… Il faut absolument trouver le moyen de les éliminer.

Teist le pensait au fond de lui, mais au moment de passer à l'acte, il hésitait. Les gens de Crimiana avaient déjà conquis la popularité des habitants. Les chasser ferait perdre d'un coup la confiance du peuple. Le pays sombrerait dans la guerre civile. Exactement le scénario que souhaitait Crimiana. Sans doute la théocratie profiterait-elle du trouble pour envoyer ses troupes et réduire le pays en État vassal. C'était leur méthode rodée, observée de par le monde autrefois.

Comment éviter l'ingérence de la théocratie ? Le grand-duc Teist convoqua les notables du grand-duché pour une réunion de crise.

Contre toute attente, l'opinion majoritaire penchait pour une élimination secrète de Crimiana. Le marquis Fansto en était le plus ferme partisan.

« Il y a un moyen. Il suffit d'éliminer les gens de Crimiana sans que personne ne s'en aperçoive. On dira au peuple qu'une urgence a surgi au pays d'origine et que tous sont rentrés. Laissez-moi faire. Sous le couvert de la nuit, je réglerai l'affaire prestement. Quant aux navires au mouillage, j'ai des hommes capables de les manœuvrer. On y chargera les cadavres, on les mènera au large, on les y coulera, et il ne restera aucune preuve. »

Le marquis Fansto était issu de la maison chargée de l'armée du grand-duché. Son assurance fit pencher la balance : beaucoup d'assistés acquiescèrent. Le grand-duc demanda s'il y avait d'autres avis, mais nul ne répondit.

« …… Euh. »

C'est le duc Hearts, frère cadet du grand-duc, qui ouvrit faiblement la bouche. Un homme qui avait toujours vécu dans l'ombre de son aîné, se laissant porter par l'entourage, prenait soudain la parole de sa propre initiative. L'assemblée entière se tourna vers lui, stupéfaite.

« C-c-cela me paraît… une situation des plus graves. »

Le duc Hearts marqua une pause, avala sa salive, et continua.

« Le marquis propose d'éliminer Crimiana en secret… Mais… c'est… c'est… c'est quelque chose qui a déjà échoué à maintes reprises. J-j-j'ai peine à croire… que cela puisse réussir. S-s-si ça échoue… n-n-notre grand-duché… p-p-périra… »

« Je comprends bien ce que vous dites, mais alors, que proposez-vous, duc ? »

L'impatience du marquis Hearts — homonyme sans lien de parenté — le fit parler avec aigreur. Sans jamais croiser son regard, le duc Hearts poursuivit.

« I-i-il faut… solliciter l'aide… d'un autre pays… »

« Un instant, duc. Notre grand-duché n'a reçu le soutien d'aucune nation depuis cent ans. Tout ce qui nous était nécessaire, nous l'avons produit nous-mêmes. Nous n'avons jamais été à charge pour qui que ce soit… N'est-ce pas là la fierté de notre grand-duché ! »

Un noble se leva pour l'affirmer. La majorité des présents acquiesça. Mais le duc ne broncha pas.

« A-a-alors… ce grand-duché a-t-il… la marge… pour nourrir son peuple ? »

À ces mots, tous tombèrent dans le silence.

« C'est bien compris. »

Le grand-duc parla d'une voix lourde. Il baissa les yeux vers le duc Hearts, qui se tortillait sur place.

« Vous parlez d'aide étrangère ? Concrètement, à qui comptez-vous la demander ? »

« À… Agartha. »

« Agartha… »

« C-c-c'est le seul pays au monde… capable de… repousser l'ingérence… de Crimiana… »

« Cela suffit. »

Le grand-duc coupa court aux paroles de son frère, ferma les yeux et se tut.

Il avait parfaitement saisi l'intention de son cadet. Agartha était l'une des premières puissances agricoles mondiales. De surcroît, elle offrait gratuitement aux pays touchés par les éruptions volcaniques des semences qui fructifient même en terres pauvres. Qui plus est, le roi d'Agartha disposait de l'armée la plus forte du monde, tout en jouissant d'une réputation de douceur extrême. Il avait aussi fait ses preuves en repoussant l'ingérence crimianaise. C'était le partenaire idéal pour le grand-duché dans sa situation.

Le grand-duc rouvrit les yeux et fixa à nouveau le duc Hearts.

« Reste que demander de l'aide ne se fera pas gratis. Que pourrions-nous offrir à Agartha en échange ? »

« … »

« Qu'y a-t-il, Hearts ? »

« … M-ma fille, Seruroito… je la… livre à Agartha… comme… otage. »

Le grand-duc perdit la parole. Et il comprit pourquoi son frère, d'ordinaire si taciturne, s'était soudain mis à s'exprimer avec tant de vigueur.

… Il veut protéger sa fille. Protéger Seruroito.

Le duc Hearts chérissait sa famille. Surtout sa fille unique, Seruroito, qu'il comblait d'un amour sans mesure. Cette nièce pour Teist ressemblait à son père : réservée, peu encline à s'exposer, plutôt introvertie. Pourtant, l'éducation soignée de ses parents transparaissait dans sa tenue irréprochable, et l'intelligence qui émanait d'elle attestait qu'elle était appelée à devenir une femme d'exception.

Depuis peu, un homme rodait autour de Seruroito. Un certain Mataka, cardinal de Crimiana. Un visage aux yeux clairs, d'une apparente bonhomie… C'était lui qui, nuit après nuit, retrouvait Seruroito dans le manoir ducal.

L'épouse du duc Hearts en avait informé le grand-duc en confidence. De son côté, le duc avait surpris par hasard une conversation stupéfiante entre Mataka et sa fille dans le manoir.

« Seruroito, mes ordres sont absolus. Jures-tu de m'obéir ? »

« Je le jure. »

« Tu deviendras mon esclave. »

« Je le deviendrai avec joie. »

Cette fille si douce et si gentille… qu'elle en soit arrivée là… Le duc, en entendant ces mots, avait été saisi d'effroi, et simultanément, une petite flamme s'était mise à brûler en lui.

… Je dois la sauver. Quoi qu'il en coûte.

Cette volonté farouche avait mis en mouvement l'homme timoré. Le petit geste de ce petit cœur finirait par sauver le grand-duché, mais le duc Hearts, dans sa pusillanimité, n'avait aucun moyen de le savoir…

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.