« Nuages blancs ♪ Sommets des hautes montagnes ♪ La vie du printemps apportée par le vent clair ♪ »
C'est Aliria, la fille de , qui chante gaiement dans le jardin du manoir. Elle cueille les fleurs qui y éclosent et les tresse habilement pour en faire une couronne.
« Fairy~. Fairy~ »
« Kyu ? »
Appelée par son nom, Fairy sort la tête par-dessus le parterre. Les fleurs qu'elle a soigneusement cultivées depuis son arrivée au manoir fleurissent magnifiquement chaque année. Aujourd'hui, leur étendue s'est agrandie, et un coin du jardin s'est transformé en un superbe parterre. Cet endroit est le favori de Fairy, mais aussi de toute la famille ; les beaux jours, on y apporte souvent un pique-nique pour déjeuner en admirant les fleurs.
Battant des ailes, Fairy vole vers Aliria. Celle-ci pose délicatement la couronne de fleurs qu'elle vient de finir sur la tête de Fairy.
« Tiens, c'est pour toi~ »
« Kyu~ »
Fairy vole joyeusement autour d'Aliria, qui la regarde avec bonheur tout en reprenant sa cueillette. Cette fois, elle tresse une couronne pour Maman.
« Sous le ciel bleu bleu ♪ Baignée par la lumière du soleil qui pleut ♪ La vie germe sur la terre ♪ »
Fairy pose ses ailes et écoute, captivée par cette voix sans arrière-pensée. Quelle chanson qui lave le cœur. Elle adore les chants d'Aliria.
Tout comme Fairy, un autre être est envoûté par le chant d'Aliria. Le Roi-Dragon. Il se tient un peu à l'écart, l'oreille tendue vers elle. Peu après, un homme exécrable apparaît soudain devant lui. Inutile de le nommer : c'est . Il adresse au Roi-Dragon une mine visiblement ennuyée et ouvre la bouche.
« Encore toi... J'ai senti ta présence, je me disais bien que c'était toi, et c'est bien le cas. »
« Qu'est-ce que tu veux dire par "encore" ! »
« Est-ce que tu pourrais arrêter de stalker ma fille, à la fin ? »
« Sutorōkingu ? Qu'est-ce que c'est que ça ? »
« Ça veut dire : fiche-moi la paix. »
« Ficher la paix ? De quoi parles-tu ! Aliria m'a dit de ne pas la quitter, non ? »
« Hein ? »
jette un œil à Aliria qui chante gaiement. Comment qu'on l'écoute, on n'entend qu'une enfant qui chante un air de jeu.
« Écoute, Roi-Dragon. Tu pourrais au moins mentir un peu mieux. Faut vraiment pas avoir de chance pour sortir "Aliria m'a dit de ne pas la quitter", elle ne dirait jamais ça. »
« Qu'est-ce que tu racontes ! Tu n'entends donc pas ! Écoute bien. Elle dit distinctement : "Roi-Dragon, tu ne dois jamais te séparer de mon côté" ! »
« ...Non, pas du tout. »
« Alors, appelle Sairyūsu. »
« Quoi ? »
« Lui, il devrait pouvoir l'entendre. Toi, t'es incapable de comprendre ! »
Sur ces mots, le Roi-Dragon se met à marcher vers le manoir, mais s'arrête net et se retourne vers .
« Avant ça, lève la barrière. »
« Hein ? »
« Je sais. Tu as secrètement tendu une barrière qui ne réagit qu'à moi autour de ce manoir. Enlève-la tout de suite. »
« Non, je n'ai pas mis de barrière qui réagit à toi, mais ? »
« Si ce n'est pas le cas, qu'est-ce que c'est que ça ! »
Le bras droit du Roi-Dragon brille d'un éclat argenté, et il lance son poing comme un coup de poing direct.
« ...Qu'est-ce que tu fais ? »
« ...Habille. »
« ...Je ne saisis pas le sens de vos paroles. »
« Tu as levé la barrière au moment où je lançais mon Clariorso Sael Lindapaulor, non ? »
« Non, je te dis qu'il n'y avait pas de barrière au départ. Et c'est quoi, "Clari" ? »
« Clariorso Sael Lindapaulor. »
« Tu pourrais pas lui donner un nom un peu plus simple, celui-là ? »
« Qu'est-ce que tu dis ! Si on change le nom, ça ne sera plus le Clariorso Sael Lindapaulor ! »
lève involontairement les yeux au ciel.
Sans attendre d'invitation, le Roi-Dragon s'engouffre dans le manoir. Aliria, qui l'a repéré, crie à plein poumons.
« Ah ! Ryū-ō-kun ! »
Aliria court vers le Roi-Dragon. Celui-ci hoche la tête, satisfait.
« Hein ? Tu appelles Maman ? C'est bon ! Alors, assieds-toi et attends ! »
Aliria s'élance à toute vitesse vers l'annexe. Le Roi-Dragon, comme chez lui, ouvre la porte de service et entre sans la moindre hésitation.
« ...Il a peut-être besoin d'une petite "éducation", lui ? »
Marmonnant cela, fait craquer ses doigts et se dirige vers le manoir.
« Oh, Roi-Dragon-sama ! Cela fait longtemps. »
Lorsque entre par la porte de service, Soleil, qui tient son fils Seisamu dans les bras, s'incline respectueusement. Derrière elle, Riko entre dans la salle à manger en portant , le fils de Matkal. Riko croise le regard de et hoche lentement la tête. *Laissez-moi gérer ici, soyez tranquille...* Ses yeux semblent dire cela.
Pourtant, ne peut s'empêcher de s'inquiéter pour Aliria. Il entre dans la salle à manger et s'assoit tranquillement à côté du Roi-Dragon, qui occupe déjà une chaise avec aplomb. Riko et Soleil échangent un regard, puis finissent par s'asseoir face à eux. Aliria s'installe sagement entre Riko et Soleil.
« Cette visite soudaine du Roi-Dragon-sama... Que se passe-t-il ? »
« Aliria m'a dit de "ne pas la quitter", mais cet homme prétend ne pas l'entendre. Je veux que tu lui fasses comprendre que je dis la vérité. »
« Ma foi... »
Soleil affiche un instant un air hébété, puis se tourne vers Aliria et lui demande quelle chanson elle a chantée. Aliria bat des pieds et se remet à chanter l'air d'à l'heure.
...Pour les oreilles de , ce n'est toujours qu'une chanson d'enfant. Mais Soleil ferme les yeux, le visage grave, et écoute attentivement.
« ...Effectivement, j'entends : "Dragon le plus fort, reste à mes côtés, protège-moi." »
« Sérieux ? »
est stupéfait. À côté de lui, le Roi-Dragon croise les bras et hoche la tête, satisfait.
« Moi, je n'entends qu'une chanson d'enfant... Et toi, Riko ? »
« Moi non plus, c'est pareil que . »
« C'est ce que je pensais. »
« Aliria peut produire une tessiture particulière... »
Soleil prend une mine embarrassée. Aliria, elle, a l'air de ne rien comprendre à ce qu'on dit.
« Vous ne pouvez pas comprendre. Le chant d'Aliria ne peut être perçu que par les élus. C'est bien la preuve que son chant atteint les cœurs. Son appel à l'aide me transperce le cœur, non ? »
Le Roi-Dragon garde les yeux fermés et hoche la tête avec force.
« Un gamin ne peut pas chanter avec une "émotion poignante" pareille. »
« C'est de la mauvaise foi ? Certes, toi, tu ne pourrais pas chanter une chanson qui ébranle les cœurs à ce point. »
« Ce n'est pas vrai. L'enka, c'est bien, tu sais. Par exemple... »
toussote, porte son poing droit à la bouche, fait tourner lentement son poing gauche, et se met à chanter.
« Oh~, la dou~ceur et la sévé~rité~ ♪ S'accroch~ent à cet hom~me ♪ »
Tous ceux qui l'entendent figent d'étonnement. Mais lui, sans s'en apercevoir, continue.
« La me~r, c'e~st la mer d'Is~é ♪ La mer, c'e~st la mer d'Isé, la mer de Tob~a ♪ »
« Arrête ! »
Soudain, l'intention meurtrière du Roi-Dragon fond sur . Au même instant, déploie une puissante barrière sur le Roi-Dragon.
*Pan !*
Un bruit comme un ballon qui éclate. La barrière de se brise. Et comme sur un signal, les enfants dans les bras de Riko et Soleil se mettent à hurler. Les deux femmes se lèvent en catastrophe pour les bercer.
« ! C'est quoi, cette chanson ! »
« Quoi ? Riko... C'est de l'enka. "La mer de Toba"... Tu connais pas ? »
« -sama, cette chanson est un peu... »
Soleil rentre le cou, comme pour supplier. De son côté, Aliria se tient le ventre, pliée en deux de rire.
« Kya haha haha haha ! Papa, c'était quoi ça ? C'est dro~le ! »
Devant ces trois réactions différentes, est perplexe. Le Roi-Dragon, lui, souffle par les épaules et lui adresse une voix chargée de colère.
« Toi, ne chante plus jamais une chanson pareille ! Surtout pas devant Aliria ! »
« Qu'est-ce que c'est que cette insolence ! Pourquoi je n'aurais pas le droit de chanter de l'enka devant des enfants ! »
« C'est comme une invitation à la mort ! Une telle chanson, plus jamais ! »
« Quoi ? »
« Une chanson qui donne l'impression que quelqu'un va mourir ce soir ! »
« Une chanson qui fait mourir quelqu'un ce soir ? ...Je vois, Roi-Dragon. Toi, tu comprends vachement bien, en fait. »
« Je comprends ? Quoi ? »
« En gros, y a une "tsuya" (veillée funèbre / lustre), c'est ça ? »