« Me harceler ? C'est une blague de mauvais goût. Très bien, je vais te remettre à ta place. »
Le lapin noir commença à s'envelopper d'une aura rose. Il tenait une rapière à la main.
« Ufufu, les flammes de l'enfer vont te consumer ? Si tu ne fuis pas tout de suite, tu vas finir grillé ? »
Je fixai Porshei sans bouger d'un millimètre.
« Ahahaha, t'es pétrifié de trouille, c'est ça ? »
« Maître, fuyez, je vous en supplie ! »
Mearrias s'accrocha à mon dos.
« Je vais vous tuer tous les deux d'un seul coup, tiens. »
« Depuis tout à l'heure, tu marmonnes tout seul, tu fais quoi au juste ? Ton mélodrame à trois sous pue, mec. »
« Hein ? »
« Ah, Mearrias, t'as rien fait, toi. Tiens, voilà. »
« ... Le feu s'est éteint. »
« Si l'illusion se voit, ça peut faire son effet, mais si elle se voit pas, c'est juste pathétique. »
« Ah, c'est douloureux à regarder. En fait, t'es juste ridicule. C'est déjà fini ? T'as l'air marrant, alors y'a de quoi s'amuser avec toi. »
J'avais déjà déployé une barrière de dix mètres autour de ce Porshei, l'enfermant à l'intérieur. Et j'y avais fait apparaître une masse de gobelins.
« Waah ! C'est quoi ça ! Non ! Arrête !! »
Porshei s'envola instinctivement dans les airs. Je fis exploser ses ailes noires, lui retirant sa capacité de vol. Hurlant de douleur, il s'écrasa au sol et tenta désespérément de fuir les gobelins. Je fis exploser ses deux jambes, scellant ses mouvements. Porshei se tordait, piétiné de tout son corps par la horde de gobelins.
« Noooon ! Gyaaaaa ! Arrêteeeez !! Arrêteeeeeez !! »
Cette scène était trop insoutenable, alors j'ai fait en sorte que Mearrias et Gon ne voient pas les gobelins. De leur côté, on dirait juste que Porshei devient soudain fou.
Tout en observant le spectacle, je relançai une appréciation sur ce Porshei.
Riona (Porshei, 37 ans) Niv. 29
PV : 183
PM : 116
Art des illusions Niv. 3
Art de la séduction Niv. 3
Art de l'humanisation Niv. 3
Magie mentale Niv. 3
Art du transfert Niv. 2
Vol Niv. 2
Des compétences spécialisées dans la manipulation d'autrui. En combat frontal contre moi, elle ne fait pas le poids, mais cet « Art du transfert » m'intéresse.
« Dis donc Gon, c'est quoi l'Art du transfert ? »
« C'est une forme de magie spatiale, mais une compétence qu'on utilise peu, Maître. On ne peut transférer que soi-même, et ça consomme énormément de PM, donc ça sert surtout de dernier recours pour fuir. »
Quoi ? On peut pas aller où on veut avec, alors ?
« Dans ce cas, la compétence de barrière est idéale. Si on maîtrise la barrière, on peut transférer beaucoup de gens. Le sanctuaire de ma grande sœur fait aussi partie d'une barrière. »
C'est quoi ça ? Dites-le plus tôt. Faudra que je me fasse expliquer les compétences en détail par Gon une bonne fois. J'ai l'impression de gâcher un trésor.
Pendant que je réfléchissais à ça, l'espace autour de Porshei commença à se distordre. En y regardant de plus près, ses camarades semblaient la rejoindre par transfert. Et juste après l'arrivée d'un Porshei particulièrement grand, celui-ci hurla.
« En suivant le signal de secours, je débarque et je trouve Riona ! Qu'est-ce qui t'est arrivé !! »
Je nettoyai l'intérieur de la barrière où se tordait Riona. Trempée de sueur, elle gisait inerte, sans bouger le moindre muscle.
Huit Porshei entouraient celle qu'on appelait Riona. Je vois, agir en groupe, c'est ça leur truc.
« Vous êtes ses camarades ? Si vous rentrez tranquille, vous pouvez l'emporter. »
« Qui es-tu ! Les blessures de Riona, c'est ton œuvre... ? Impossible ! Riona ne peut pas en être réduite à cet état !! »
« Possible ou pas, peu importe. J'ai faim, moi. Pour aujourd'hui, je ferme les yeux, alors barre-toi vite fait. »
Pendant que je parlais, un Porshei me fonça dessus, lame au clair. Au moment où il frappa, je l'enfermai dans une barrière et fis grimper la température à l'intérieur en flèche. En un instant, le Porshei fut enveloppé de flammes et disparut, réduit en cendres.
« Mihiji !! ... Je te pardonnerai pas, je te pardonnerai pas !! Tuez-le !! »
Le gros Porshei beugla l'ordre. Les six restants entamèrent une incantation. Je l'ai senti venir et leur lâchai des « Balles ardentes » en plein chant. Des trous s'ouvrirent dans leur corps, d'où jaillirent des flammes. Ils moururent sans même comprendre ce qui leur arrivait.
« Hé, le costaud. Toi, j'ai des questions. »
« Kuh ! Nuaaaaa !! »
Au moment où je déployai ma barrière, le grand Porshei amorça un transfert. Poussant un cri d'agonie, il disparut.
« Il a... fui par transfert ? »
« Un Porshei qui abandonne ses camarades pour s'enfuir, c'est une première. Mais comme il a transféré depuis l'intérieur de votre barrière, Maître, il a dû encaisser de gros dégâts. »
« Tant pis. J'irai demander à celle-là. »
Je m'approchai de la femme blessée, effondrée au sol. Gon et Mearrias me suivirent. Elle n'avait pas bronché, mais quand je fus près d'elle, elle releva lentement le visage.
« Le costaud tout à l'heure, c'était ton camarade ? Il a l'air de t'avoir larguée, ceci dit. »
La femme me fixa et esquissa un sourire narquois. Au même instant, un éclair zébra l'air et une explosion retentit.
« Danger ! »
Réflexe, j'enlaçai Mearrias contre moi. Ses cheveux duveteux et le duvet sur ses bras étaient agréables.
Je me retournai. Il n'y avait plus rien. Juste la même prairie qu'avant.
« C'est un suicide, Maître. Je savais pas qu'ils pouvaient s'autodétruire, c'est une découverte. »
Gon avait l'air bizarrement admiratif. En y regardant bien, une épée gisait dans l'herbe. Je la ramassai et l'appréciai.
Épée de cuir : une lame qui tranche net n'importe quelle matière.
Houla, une coupe rasoir. La lame est superbe.
« C'est une épée que j'ai forgée. »
Pendant que j'admirais l'arme, Mearrias marmonna comme pour elle-même.
« Elle a l'air de bien couper. C'est une bonne lame. »
« On m'avait ordonné de faire une épée qui tranche l'air lui-même. Mais ça demande une quantité phénoménale de PM. J'essayais de trouver une formule pour économiser les PM, mais ça marchait pas... »
PM ? J'en ai à revendre, moi. Allez, j'essaie d'en injecter. Je visualisai le PM qui coule dans l'épée... Oh, elle l'aspire à une vitesse folle. Elle en veut encore. J'en remets... et là, la lame se met à luire bleu. Mearrias écarquille les yeux devant le spectacle.
Quand j'eus injecté environ 10 000 PM, j'eus l'impression que l'épée était saturée. La lame était devenue belle comme un miroir poli. Mearrias laissa échapper un « c'est beau... » involontaire. Je relançai une appréciation.
Épée sacrée : tranche toute matière et l'espace lui-même. Tranchance accrue contre le mal.
... Une épée sacrée vient de naître. C'est bon, ça ? Vraiment bon ?
Sans un mot, je tendis l'épée à Mearrias. Elle fixa la lame, la tournant et la retournant longuement, comme pour la lécher des yeux.
« Co-comment tu as fait ça... ? Alliage ? Non, t'as changé la formule intégrée en méthode Quash... Non, pas la formule... Hein ? L'herbe gomri a cramé ? Hein ? Hein ? »
Une belle fille qui dévisage une épée en marmonnant toute seule, c'est plutôt flippant.
« Mearrias, cette lame est nue. Tu pourrais pas nous faire un fourreau ? Pas tout de suite, hein. Les matériaux... on ira en acheter demain. J'ai faim. Allons manger ! »
« Haï ! » Mearrias serra l'épée précieusement contre elle. « J'ai faim, moi aussi — » bâilla Gon. Je rentrai au manoir avec eux deux à mes trousses.