La conférence tenue dans la Nouvelle Théocratie de Crimiana a abouti, en définitive, à des résultats historiques qui seront transmis aux générations futures.
La conférence a débuté par les présentations de deux pays relevant de la Théocratie de Crimiana, chacun annonçant avoir mis au point un traitement spécifique contre des maladies réputées incurables : la fièvre d'Efrite et le syndrome de Fainzer, qui ne touche que des adolescentes et entraîne une mort subite.
Naturellement, ces annonces ne reposaient pas sur des vérifications incertaines comme par le passé, mais sur une accumulation de preuves dont nul ne pouvait contester la validité.
Vint ensuite le tour du royaume de Fradime. Le Daijō-ō Reborn monta lui-même à la tribune et exposa ses résultats de recherche avec une logique implacable. Un visage marqué par la variole, des yeux perçants... À cette apparence intimidante s'ajoutait une voix puissante qui fit taire l'assemblée entière comme par magie.
Le Daijō-ō présenta une technique pour transformer le bois en une substance d'une dureté comparable à celle du fer.
On fait évaporer lentement l'humidité contenue dans le bois à l'aide de la magie et d'une machine spéciale, tout en comprimant le matériau. Celui-ci renaît alors avec une dureté surpassant de loin celle du fer. L'expérience réalisée sur l'estrade par le Daijō-ō suscita la stupéfaction et un vif intérêt de la part de l'auditoire.
Suivit Agartha. Lorsque Meï, l'épouse de , fit son apparition, une ovation spontanée s'éleva de toute la salle. Légèrement décontenancée par un tel enthousiasme, elle entama sa présentation sur l'invitation de Shidī qui se tenait à ses côtés.
Ce qu'Agartha présenta, ce furent des « boules de terre ».
Chaque boule contient plusieurs sortes de graines. Jetées sur le sol, elles font germer celles qui sont les mieux adaptées au terrain et donnent des récoltes. Par un concours de circonstance, le volcan Reis de l'île de Ruwazan venait d'entrer en éruption et ses cendres ravageaient les cultures du monde entier, ce qui attira une attention considérable sur cette annonce. Meï et Shidī précisaient que ces boules permettaient de faire pousser quelque chose sur n'importe quel sol, si pauvre soit-il, et qu'elles seraient fournies gratuitement à qui les demanderait. La salle éclata en acclamations qui en firent trembler les murs.
Au milieu de cette effervescence, Vielle, postée au dernier rang, écoutait les intervenants en analysant froidement leur personnalité. Son regard s'attardait tout particulièrement sur Meï et Shidī.
…… La reine Meirias est toujours aussi belle, songea-t-elle. Elle déborde de vitalité.
Sans parler de la fraîcheur de son teint, sa façon de parler, le ton de sa voix, sa tenue... Vielle observait tout. De Meï ne se dégageait aucune hésitation. Et ses yeux étaient emplis de bienveillance.
…… Preuve que toutes ses relations humaines fonctionnent à merveille. Une femme comblée.
Vielle le murmura en elle-même. Selon son analyse, les femmes du type de Meï ressentent un fort stress quand on contredit leur opinion. De plus, dotées d'un esprit aiguisé, elles perçoivent si finement les pensées d'autrui qu'elles finissent par savoir des choses qu'elles n'auraient pas voulu connaître, source supplémentaire de stress.
Autant dire que pour Vielle, c'était le caractère le plus facile à manipuler. Mais la Meirias actuelle ne présentait aucune faille. Vielle poussa un grand soupir intérieur.
Tout en dévisageant Meirias, elle imaginait sa chambre à coucher avec son mari .
Meirias qui se dévêt elle-même pour se glisser nue dans le lit où l'attend . qui, impatient, se déshabille à son tour avec empressement... D'abord, elle le laisse faire à sa guise, mais avant longtemps, elle prend le dessus pour assouvir son propre désir...
…… Le roi d'Agartha doit être fort habile lui aussi, au lit.
Tout en songeant à cela, Vielle ne put réprimer un sourire. Elle revoyait en rêve gémir pathétiquement sous elle. Celui-là aussi, sans doute, se faisait chevaucher par Meirias-sama tout comme dans son rêve...
Son regard dérivant, elle aperçut le roi d'Agartha, , qui prenait des notes placidement. Il se tenait derrière l'intervenant et rédigeait le compte rendu comme à son habitude. Au-dessus de sa tête, les cardinaux de la Théocratie de Crimiana veillaient sur le déroulement de la conférence.
« Je vais maintenant expliquer la composition de cette terre. »
Sur l'estrade, Shidī avait pris le relais de Meï pour l'explication. Sa voix claire résonnait dans toute la salle. En l'observant, Vielle entama l'analyse de Considie.
…… Elle a l'air pleine d'assurance, mais c'est pour cacher ses faiblesses. Si on met la main dessus, cette naine sera facile à mener.
Vielle continua de scruter Considie. Des gestes vifs et précis. Comme Meirias, son élocution logique ne laissait paraître aucune brèche.
Mais aux yeux de Vielle, cette absence de faille était au contraire la preuve d'un intérieur qu'on ne voulait pas qu'on explore. Elle poursuivit son analyse en la dévisageant.
…… Son corps, peut-être ? Les nains grandissent lentement par nature. Les femmes surtout conservent souvent une morphologie enfantine à l'âge adulte. Et celle-ci n'a pas les cheveux crépus typiques des naines. Elle doit... les lisser par quelque moyen. Si on lui proposait d'obtenir un corps pulpeux, elle écouterait probablement nos propositions dans une certaine mesure.
Arrivée là, Vielle porta brusquement son regard sur . Elle alla et vint entre lui et Considie, approfondissant son analyse.
…… Le roi d'Agartha apprécie peut-être, contre toute attente, le corps enfantin de cette naine.
Les yeux de Vielle se plissèrent. En repassant en revue les visages et silhouettes des épouses de , aucune ne se ressemblait. Celle avec la meilleure compatibilité était sans doute l'épouse légitime, Rikolet. Celle qui acceptait n'importe quelle forme, c'était Soleil... Celle qui se soumettait docilement à tout ce que disait , c'était probablement cette Considie.
Dans l'esprit de Vielle se dessina la chambre à coucher de et Considie.
« Viens par ici », lui dit-il, et Considie s'allonge dans le lit, toute honteuse. l'enlace doucement. Elle a déjà les yeux fermés très fort. Il lui retire lentement son pyjama. Au fur et à mesure, le visage de Considie s'empourpre de plus en plus.
…… On dirait une vierge. C'est cette fraîcheur qui a capturé le cœur du roi d'Agartha, peut-être ?
Tout en songeant ainsi, Vielle accéléra son imagination. Considie immobile, s'en remettant entièrement à . qui savoure pleinement son corps. Il la serre contre lui en lui murmurant des mots d'amour à l'oreille, et elle, sans nul doute, rougit encore davantage en s'accrochant à son mari.
« C'est tout. »
La voix particulièrement claire de Considie ramena Vielle à elle. Au même instant, la salle fut submergée par une immense ovation mêlée d'acclamations. Les gens se levaient les uns après les autres en applaudissant pour les acclamer. Vielle se leva elle aussi et battit des mains, *pachi-pachi*.
À cet instant, ses yeux croisèrent ceux de Considie sur l'estrade.
Considie la fixait intensément. Comme si son regard perçait à jour toutes les fantasmes qu'elle venait d'avoir.
…… Ah ? M'a-t-elle devinée ?
Au moment où Vielle murmurait cela en elle-même, l'expression de Considie changea légèrement.
…… Il ne faut pas trop penser à ce genre de choses.
L'air de Considie semblait dire cela. Vielle ne put s'empêcher de laisser échapper un sourire.
Les participants prirent cette expression de Vielle pour un hommage à Agartha — elle reconnaissait sa défaite cette fois. Mais dans un coin de la salle, Lacker, dissimulant son imposante carrure derrière une colonne, observait Vielle en plissant profondément les sourcils. Et son regard se porta sur , sur l'estrade.
Quant à lui-même, il s'employait sur l'estrade à prendre des notes sténographiques avec acharnement.