« Quoi ! Guh… Qu'est-ce que c'est ! »
Soudain, la voix de Heiz s'élève. Il affiche une expression déconcertée tout en essayant de bouger son corps de gauche à droite, mais celui-ci ne bronche pas.
La déesse face à lui garde les yeux fermés, son beau visage détourné. Il a enfin pu accomplir son désir. C'est maintenant l'heure du plaisir, pourtant son corps ne bouge pas. Son amas de désirs semble solidement fixé en place.
« … J'ai fait en temps. Tant mieux. »
Soudain, une voix d'homme parvient à ses oreilles. Surpris, Heiz dirige désespérément son regard vers la source du son. C'est là qu'il aperçoit la silhouette du roi d'Agartha, Rinos.
« Pourquoi… Pourquoi es-tu ici… »
Machinalement, il porte son regard vers Ricolet, qui devrait être contre sa poitrine. Mais elle n'est plus là. Il cherche frénétiquement sa silhouette et la découvre, assise les jambes écartées aux pieds de Rinos. Elle cache sa poitrine de ses mains dans ses vêtements déchirés, haletant, les épaules heurtées par sa respiration.
« Qu… Quand est-ce que… Elle n'était pas censée être devenue mienne ! Qu'est-ce que c'est que ça… »
Heiz tente désespérément de mouvoir son corps. Par moments, son corps brille faiblement, comme s'il utilisait une sorte de magie, mais aucun effet n'apparaît ; quoi qu'il fasse, son corps refuse de bouger.
« Qu'as-tu fait ! Qu'as-tu fait à moi ! »
Face à cette expression terrifiante, emplie de haine, Rico tremble de peur, mais Rinos conserve une expression impassible.
« Meek ! Meek ! Meek ! »
Il appelle désespérément le nom de Meek, mais aucune réponse ne vient. Pourtant, peu de temps auparavant, elle observait encore ses ébats avec Ricolet. Elle devrait être juste à côté.
« Heu, la princesse elfe ? Je l'ai fait dormir. »
Soudain, la voix de Rinos résonne. Heiz lui replonge son regard haineux, fixant le visage de son ennemi juré.
« C'était dangereux. S'il avait fallu un peu plus de temps, je redevenais peut-être le Grand Roi-Démon. »
En disant cela, Rinos pose un genou à terre et enlace l'épaule de Ricolet de sa main droite. Elle s'y blottit comme si elle l'attendait, enfouissant son visage contre la poitrine de son mari.
« Rinos… Rinos… »
« Oui, tu as eu peur. Tu as eu peur, Rico. Mais ça va, maintenant. Tout va bien. »
« Uuuu… Rinos… »
Libérée de la tension et de la peur accumulées, Rico sanglote longuement contre la poitrine de Rinos. Celui-ci continue de caresser doucement son épaule.
Attendant que Rico se calme, je m'adresse lentement à Heiz.
« Bon, yōko Heiz. Il ne reste pas beaucoup de temps. Je vais t'emmener auprès d'Ohiisama. »
…
Il me fusille toujours du même regard terrifiant.
« Réponds d'abord à ma question ! Qu'est-ce que tu m'as fait ! »
« C'est simple. J'ai déployé une barrière. »
« Une barrière ? Idiot ! Il est impossible de poser une barrière sur moi… »
« Tu parles de ce champ de bataille où tu empêchais l'usage de la magie ? Disons que ça a eu un certain effet, mais tu n'as pas pu sceller complètement ma puissance magique. Et puis, regarde ton propre corps. Tu es à poil, non ? »
À ces mots, il affiche une expression de stupeur. Puis, tout en restant à quatre pattes, il fait rouler ses yeux dans tous les sens.
« C'était pari risqué. Comme tu'étais nu, j'ai eu l'intuition que ça pourrait marcher et j'ai essayé de poser une barrière ; ça a fonctionné. Sur le champ de bataille, j'ai eu du mal, mais ici la magie s'est employée sans problème. Grâce à ça, j'ai pu déployer, en tant que barriériste, mon chef-d'œuvre absolu. »
J'acquiesce largement, le visage impassible. Mon esprit est d'un calme qui me fait moi-même peur. Pire, j'observe minutieusement le moindre geste de ce renard démoniaque.
Heiz n'a actuellement aucun objet sur lui. Sa puissance magique est respectable et il maîtrise de nombreux sorts, mais la barrière qui l'enveloppe maintenant est de niveau 5. Elle est ajustée à son corps au millimètre près, il ne peut même pas bouger d'un millimètre. Seules des pierres d'absorption magique ou des pierres de Pril pourraient la briser. Et s'il utilise une pierre d'absorption, sa propre puissance magique sera aspirée au moment où la barrière disparaît. Je m'éloigne lentement de Rico et me dirige vers son lit. J'y découvre deux baguettes jetées en vrac.
« Les outils, il faut en prendre soin. Au moment crucial, ils vous lâchent. »
« … Tch, c'est… c'est à moi ! Ne les touche pas ! »
Heiz hurle, mais je l'ignore totalement et range les deux baguettes dans mon inventaire infini. À cet instant, Heiz pousse un cri retentissant.
« Nuaaaaaah ! Pourquoi ! Mon plan était parfait ! Alors pourquoi, toi… Comment es-tu arrivé ici ! »
Heiz hurle comme un fou. Devant tant d'outrance, j'en reste coi, sans voix. Il halète bruyamment, me dévisageant de haine.
« C'est simple. J'ai remonté la trace de la puissance magique de Rico. »
« Quoi ? »
« Je me suis inspiré de la technique de transfert de Poesehai. C'était une improvisation, aussi. Comme je ne savais pas où était Rico, j'ai cherché sa signature magique. J'ai eu du mal, mais j'ai fini par percevoir son infime puissance magique. En me transférant à cet endroit, me voici. Tu allais te jeter sur Rico tout nu ; c'était juste à temps. Au moment où je posais la barrière sur toi, j'en ai posé une sur Rico et je l'ai transférée instantanément à mes côtés. Ah, au fait, celle que tu croyais avoir eue n'était qu'un mirage que j'ai projeté. »
Heiz détourne ses yeux de moi vers Rico. Elle tressaute un instant, puis tourne son regard vers moi et hoche fortement la tête. Je m'approche d'elle, pose à nouveau un genou à terre et l'enlace doucement par l'épaule.
« Tout ce temps… tout ce temps, j'ai appelé ton nom dans mon cœur… Pendant que Zéza chantait… de toutes mes forces… »
« Ah, tu as dû envoyer inconsciemment une Pensée. Ne t'inquiète pas, je l'ai bien reçue. Sur le champ de bataille, j'ai entendu la voix de Rico. Je me suis transféré en catastrophe au manoir, et Eril s'y trouvait. Elle pleurait en disant que maman était partie. Quand je l'ai expertisée, j'ai vu le souvenir de ton départ avec Mat. À cet instant, j'ai cherché désespérément ta puissance magique. »
« Rinos… »
Rico s'accroche à mon bras avec une force incroyable.
« Pff, arrête tes conneries… »
Heiz grince des dents en marmonnant.
« Remonter la puissance magique de Ricolet ? Impossible… Dans ce lieu protégé par cette barrière, sa puissance magique ne peut pas fuir à l'extérieur… Et même si c'était le cas, une puissance aussi faible ne pourrait jamais être captée par toi, qui es à l'autre bout du monde… »
« Bien sûr, j'en ai bavé. J'ai dû répandre ma puissance magique dans le monde entier. Ça m'a coûté une quantité phénoménale de mana. Mais elle est déjà récupérée. »
Je frôle mon armure du bout des doigts. Fruit du sang et des larmes de Mei et de Considie, elle est d'une excellence remarquable.
Heiz ne semble pas croire mes mots. Il reste hébété, la bouche ouverte, haletant.
« La puissance magique dans le monde entier… ? Mais qui es-tu au juste… ? »
« Moi, peu importe. Heiz, tu vas venir avec moi. Devant Ohiisama, tu te présenteras dans ton plus simple appareil. »
« Rinos, attends. »
Soudain, Rico m'interpelle. Surpris, je regarde son visage. Elle presse sa poitrine, se redresse lentement et fixe Heiz droit dans les yeux.
« J'ai une chose à te demander. »
À ces mots, Heiz tourne vers elle ses yeux troubles de rougeur.
« Qu'as-tu pensé de Satsuki ? De Satsuki, qu'en pensais-tu ? »
La question de Rico, totalement inattendue, le laisse d'abord hébété, puis il pouffe de rire et répond d'un ton narquois.
« Satsuki ? M'en fiche, une fille comme ça. Moi, c'est seulement toi, Ricolet… »
« Tais-toi ! »
Le hurlement de Rico résonne dans la pièce. Même Heiz en reste bouche bée, les yeux écarquillés.
« Qu'est-ce que tu dis… Satsuki t'aimait au prix de sa vie. Et tu dis que ça t'est égal… Quelqu'un qui a donné sa vie pour toi… »
« Les femmes… les femmes sont bêtes, tu sais. Satsuki était particulièrement bête parmi les bêtes. Une fille qui n'apprenait pas, qui n'a jamais su me satisfaire. Puisqu'une telle fille a pu, ne serait-ce qu'un peu, m'être utile, elle devrait s'en réjouir, non ? D'ailleurs, qu'une ou deux femmes bêtes disparaissent, le monde ne s'en porte ni plus mal ni mieux. »
« Tu… tu es impardonnable… »
« Rico, ça suffit. »
« Rinos ! »
« Rico n'a pas à gaspiller sa colère sur ce type. Perte de temps. D'ailleurs, Rico a quelque chose d'important à faire. »
« Mais… »
« Eril t'attend au manoir. Elle est restée dans le jardin, sans bouger, à guetter ton retour. Rentre vite la voir. Et il y a aussi l'affaire de Mat… »
« Même si, Rinos, cet homme seul je ne lui pardonnerai jamais ! Quoi qu'il… »
Sans un mot, je serre Rico dans mes bras. Ses épaules se soulèvent. Combien de temps suis-je resté ainsi à l'étreindre ? En réalité, ce ne fut sans doute pas bien long, mais je l'ai tenue jusqu'à ce que sa respiration s'apaise. Puis je me dégage lentement.
« Tu as compris, Rico ? »
Rico plante ses yeux dans les miens et hoche lentement la tête.
Je la tiens encore du regard et, sans un mot, la transfère au manoir de la capitale impériale. Jusqu'au dernier instant où sa silhouette s'efface, elle ne me quitte pas des yeux.
Une fois sa disparition confirmée, je m'approche à nouveau de Heiz et lui parle d'une voix calme.
« Bon, yōko Heiz. Je pensais te remettre à Ohiisama, mais à te voir, tu es pourri jusqu'à la moelle. Il te faut une sévère leçon. »
« Une leçon ? Vas-y, essaie ! C'est ce que je veux ! »
Sur ces mots, je me redresse lentement…