Nous sommes arrivés dans la capitale royale.
La capitale était protégée par de hauts remparts et l'on y accédait exclusivement par des checkpoints aux quatre points cardinaux. Nous sommes entrés par la porte Ouest, tandis que le barbu échangeait visiblement quelque chose avec un garde en armure.
« Je représente le marchand d'esclaves ! Voici le certificat demandé ! »
« Hum, très bien. Je vais examiner la cargaison. ... Quoi ? Il n'y a que des enfants. Allez, passez. »
C'était un soldat blond au visage avenant, vêtu d'une armure de style occidental. Ça m'agaçait un peu.
Le carrosse avançait cahin-caha sur les pavés de la capitale. En jetant un coup d'œil vers l'extérieur, j'ai vu une foule aux origines et aux tenues variées qui se croisait. On aurait dit un salon du cosplay. Des soldats en armure, des personnes vêtues de robes dignes de grandes dames, des prêtres, des hommes habillés comme des cuisiniers... Bref. Mes chemises en tissu raide et mes demi-pantalons me donnaient une allure misérable par rapport à tous ces autres. J'avais vraiment l'air d'un esclave, quoi.
Apparemment, ce monde adoptait un style occidental. Blonds et cheveux argentés y abondaient. À côté, j'étais un brun. Seul ce trait semblait avoir survécu à ma réincarnation.
Peu après, le carrosse s'est immobilisé et nous avons été jetés dehors. Un vaste bâtiment aux allures de maison de commerce se dressait devant nous. Il s'agissait manifestement de la boutique du trafiquant d'esclaves. Depuis l'intérieur de l'établissement, un homme d'âge mûr soigneusement vêtu a fait son apparition. C'était donc lui le propriétaire des lieux.
« Gaim, te voilà revenu. Bonne besogne. Les filles devront être dépoussiérées pour être plus attrayantes. Conduis-les au puits. Frotte-les à fond. Les garçons... Pour eux, je me charge de les vendre au marché. »
« Entendu, Patron. Je vais procéder au marquage de propriété. »
Gaim, le barbu, a saisi mon bras et a murmuré quelques mots. Le dos de ma main a brillé un instant.
« Désormais, ce gars-là est votre propriété. Je vais conduire les autres au puits. Hé ! Bougez-vous ! Suivez-moi ! »
Les jeunes filles ont avancé en file indienne. Celle à qui j'avais distribué cette pitance dégueulasse n'a même pas levé les yeux vers moi et a suivi Gaim, impassible.
« Allons-y. »
L'homme, qu'on venait d'appeler Patron, a repris route. Je me suis empressé de marcher derrière lui.
Peut-être qu'au milieu de cette foule, aurais-je pu saisir ma chance pour fuir ? De toute façon, je disparaîtrais dans la masse. Au vu de son allure, ce patron n'avait pas l'air d'être un grand combattant. Autant tenter le coup.
Le patron ne broncha pas et ne me regarda absolument pas. C'était jouable. Je pris doucement du retard. C'était bon, la distance augmentait. Mais à l'instant précis où je crus voir ma chance, un courant électrique parcourut mon corps et une douleur atroce m'accabla.
« Attention, tu es sous l'emprise d'une magie d'asservissement. Dès que tu prends une distance précise par rapport à moi, une douleur te submerge. Si tu tentes de fuir ou si tu nourris de l'hostilité à mon égard, une souffrance atroce te paralyse pendant un moment. Si tu ne me crois pas, tu peux toujours essayer. »
Je secouai la tête désespérément. Est-ce que j'allais pouvoir supporter pire ? ... Absolument pas. Je suis carrément fichu.
J'ai fait de mon mieux pour coller à ses talons afin de ne jamais franchir la limite autorisée. Il marchait à un rythme assez tranquille, alors que j'étais un enfant. Notre enjambée étant radicalement différente, j'ai dû adopter un rythme soutenu. C'était vraiment éprouvant.
Pendant que je commençais à paniquer, les pas du patron se sont arrêtés net. Il s'agissait apparemment du marché.