« Lâche-moi ! Qu'est-ce que tu fais ! Lâche-moi, Paterson ! Impudent ! Impudent ! »
« Calmez-vous, Sire ! Calmez-vous ! »
Alors que cet échange parvenait de la pièce voisine, le roi Maintia fut traîné dans la pièce, maintenu en étau par Paterson. Je lançai involontairement à ce dernier :
« Paterson ! C'est "dans l'enceinte du palais" ! On dit "dans l'enceinte du palais" ! »
« Dans l'enceinte du palais ! Dans l'enceinte du palais ! … Votre Majesté d'Agarta, quel est donc ce sortilège ? »
« Oh ~ C'est comme les Quarante-Sept Ronins. »
« Au lieu de jouer, arrêtez le roi ! Je vous en supplie ! »
Le roi Maintia avait les yeux injectés de sang. Il semblait avoir basculé en mode « sérieux total ».
« Est-ce une punition, ça ? »
Alors que je me levais pour tenter d'arrêter le roi, Shidī rentra. Apparemment, à ses yeux, la scène ressemblait à ce que Paterson rattrapait un seigneur fugueur.
Devant moi se jouait toujours la scène idiote de « La galerie des pins des Quarante-Sept Ronins ». Tout en observant la chose, j'expliquai brièvement à Shidī le fin mot de l'histoire.
« Tch… Le pire… En résumé, il suffit de l'arrêter, n'est-ce pas ? »
Disant cela, Shidī glissa sa main droite dans sa manche et s'avança lentement vers les deux rois. Son visage, habituellement expressif, était désormais impassible, et cela faisait peur. Surtout, elle claqua de la langue et désigna le roi par « ce type », ce qui montrait bien à quel point sa colère était vive.
« M-O-I, je vais, cette passion brûlante, la projeter sur cette femelle ! Qu'on ne me gêne pas, Patersoooon !! »
« Sire ! Je vous en prie ! Je • vous • en • prie, calmez-vous ! Tout le m • monde • vous • re • gard • e !! »
« Ça suffit, arrêtez ! »
Un cri proche du hurlement de Shidī résonna dans la pièce. En regardant, une fumée blanche flottait autour du visage du roi Maintia.
« Paterson, lâche-moi ! Pata… »
Soudain, le roi Maintia s'effondra net. Puis Paterson s'écroula lentement, comme pour se draper sur le roi.
« Inutile de vous inquiéter. Je n'ai utilisé que la poudre pour dormir que m'a donnée Fairy. Ils se réveilleront demain matin. »
Disant cela, Shidī porta son regard sur les proches du roi. Ils tressaillirent sous la acuité de son regard et emportèrent les deux hommes dans la chambre à coucher. Au final, la folie de ce seigneur idiot put être stoppée in extremis grâce à l'intervention de Shidī. Et j'envoyai un messager à Miraya d'Agarta pour qu'on s'occupe de cet idiot et de son valet pour un temps. Je ne manquai pas de préciser que la femme désignée pouvait être la plus laide de Miraya. J'ordonnai aux valets du seigneur de les transférer à Miraya dans la journée, et quittai la pièce avec Shidī.
« Sur l'instant, j'ai cru à un bon roi, mais un idiot reste un idiot, peut-être. C'était l'instinct à l'état pur. »
« … »
« Qu'est-ce qui t'arrive, Shidī ? »
« Votre Majesté Rinos aussi… deviendrez-vous comme ça ? »
« Pas question. Toi non plus, tu n'aimerais pas qu'on te force, si ? »
« … Une fois, peut-être. »
« Hein ? »
« Non, ce n'est rien ! Moi… je préfère… la douceur. »
Shidī, rouge jusqu'aux oreilles, s'éloigna d'un pas vif dans le couloir. Je trouvai son comportement adorable tandis que je regagnais mon bureau où se trouve la barrière de transfert.
La saison changea, et le printemps vint à la capitale d'Agarta.
Finalement, le médecin personnel de Norène dut être remplacé, et ce choix me donna du fil à retordre. Car la moindre femme un tant soit peu remarquable éveillait la libido du seigneur idiot. L'idée qui me vint alors fut de faire appel à Sairyūsu.
Elles sont, par nature, toutes de ravissantes femmes. En consultant leur chef, Vival, j'appris qu'elles accouchaient comme les humains et que certaines pouvaient tenir le rôle de sage-femme. Elle accepta ma requête avec plaisir et envoya du village une Sairyūsu d'une beauté remarquable. Et, comme prévu, elle échappa à l'attention du seigneur idiot, permettant enfin à Norène de vivre une grossesse sereine. De plus, sa beauté conquit le cœur des valets du seigneur, qui l'accueillaient à chaque visite avec une joie immense.
Quant au roi Maintia, depuis lors, il se rend à Miraya d'Agarta plusieurs fois par mois. Récemment, il semblerait qu'il y aille en compagnie de Lafayence et du maître charpentier Gen-san, et qu'il fasse des choses similaires à eux.
Cette fréquentation de Miraya par le seigneur idiot serait, contre toute attente, bienvenue du côté de l'établissement. Car il désigne systématiquement la courtisane la moins demandée, ce qui évite à celle-ci de « faire chou blanc » — de ne pas être choisie —, si bien que tant l'établissement que les courtisanes lui en sont reconnaissantes. Aujourd'hui, on l'appelle « Lord Tei » et il est devenu une sorte de célébrité. On ne sait jamais sur quoi tombe le bonheur chez les humains.
Un jour, une missive du Daijō-ō parvint au roi Maintia.
« … Il dit qu'il ne reconnaît pas le retour de Norène au pays. »
« Eh ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Alors qu'un enfant va naître ? »
Du pays natal, le Daijō-ō envoyait souvent des lettres à Mei. Leur contenu était purement académique, et la plupart m'étaient incompréhensibles, mais dans la dernière, il avait inhabituellement demandé des nouvelles du roi Maintia. Sur mon conseil, le roi lui-même avait envoyé un courrier pour donner de ses nouvelles, mais la réponse stipulait qu'on ne permettait pas à Norène, qui porte l'enfant du roi, de rentrer.
« … Mon père dit que Norène doit séjourner à Agarta avec l'enfant qui naîtra. »
« Non, même si on vous le dit tout d'un coup, nous avons nos propres circonstances. D'ordinaire, ne serait-ce pas le Daijō-ō qui s'adresserait à moi ? Je ne comprends pas pourquoi on tente de faire avancer les choses sans mon accord. »
Je laissai échapper mon fond de pensée. Car enfin, on a l'impression qu'on me prend complètement pour un imbécile. Tandis que je ruminais cela, Paterson arriva vers nous, portant sous le bras un fascicule de la taille d'un format A3.
« Votre Majesté d'Agarta, voici une missive de notre Daijō-ō. »
En la prenant, je vis que c'était une enveloppe, cachetée avec soin.
Je brisai le sceau et parcourus la lettre. Y étaient écrites les paroles du roi Maintia, mais aussi que le royaume de Fradime souhaite approfondir ses liens avec le royaume d'Agarta. Pour ce faire, on laisse en dépôt Norène, side consort du roi, et son enfant comme otages. Si jamais Fradime levait l'arc contre Agarta, qu'on les punisse sans ménagement. Dans l'idéal, on souhaite que l'enfant de Norène soit éduqué à Agarta. S'il s'agit d'un garçon, on aimerait, à terme, lui confier une partie du territoire de Fradime.
« … C'est d'un culot incroyable. »
« Du point de vue de mon père, il ne supporte plus de voir femmes et enfants s'entasser au château d'Arisun. »
Il rit doucement « kuku ».
« Mon père écrit, dans sa lettre pour moi, que Fradime prendra en charge tous les frais pour Norène et l'enfant à naître. Chez toi aussi, non ? … Bien sûr, c'est normal. »
« Non, même si on me dit ça tout d'un coup… »
« En fait, moi aussi, je suis d'accord avec l'avis de mon père. »
« Quoi ? »
« Si on la ramène à Fradime, Norène devra vivre au milieu des jalousies et des rancunes des autres femmes. Elle sait mieux que quiconque à quel point c'est éprouvant. »
Le roi Maintia jeta un regard furtif sur Norène. Elle baissa lentement la tête.
« De plus, si l'enfant qui naît s'avère doué, mon père tentera sans doute de l'imprégner de sa propre idéologie. Cela serait pitoyable pour l'enfant. À Agarta, en revanche, ni l'un ni l'autre ne risquent d'être rongés par de telles frictions ou idées partiales. Je pense que c'est un meilleur environnement pour Norène comme pour l'enfant. Et puis… »
« Et puis, quoi ? »
« Si Norène et l'enfant restent ici, à Agarta, il me sera plus facile de venir. Je pourrai aussi aller voir le roi Poséidon plus aisément. »
Il me regarde avec ses yeux habituellement brillants. Je lui réponds, ahuri.
« C'est pour cela que je dis qu'il faut aussi considérer notre position… »
« Non, c'est une proposition qui profite aussi à Agarta. »
Soudain, la voix du roi devient un baryton grave.
« Réfléchis. Notre enfant, une fois adulte, recevra un territoire à Fradime, c'est ce que mon père, le Daijō-ō, a promis. Et moi, le roi, j'y consens. Si tu doutes, je peux sceller par mon sang. Agarta pourra teindre cet enfant à ses couleurs. Cet enfant devenant seigneur à Fradime… n'est-ce pas comme si Agarta faisait avancer ses frontières sans combattre ? Même sans cela, selon la manière de faire, on pourrait librement obtenir des informations sur notre pays par cet enfant. En d'autres termes, notre pays offre délibérément territoire et informations au vôtre. »
« … Pourquoi aller si loin ? »
« Mon père est tombé sous le charme d'Agarta. Non, précisément, sous celui de la reine Meiriasu. Il a dû penser que tant qu'il aurait cette dame comme alliée, son pays serait en sécurité. Alors, comment s'assurer l'alliance de la reine Meiriasu ? En ralliant son mari, le roi d'Agarta, toi. Toi, la reine Meiriasu, et Agarta deviendrez le rempart de notre pays. Rien n'est plus rassurant. Mon père, tout en étant mon père, a une réflexion impressionnante, et sa force de décision est remarquable. »
« … »
« Je ne demande pas de réponse immédiate. Simplement, mon père, le Daijō-ō, a mûri cette proposition longuement. Elle peut sembler farfelue, mais moi aussi je l'approuve. Moi aussi je porte la responsabilité du pays. Je dois penser à l'avenir de la nation, et je crois que cette proposition est profitable aux deux parties. »
Sur ces mots, il se leva lentement, retrouva son sourire habituel.
« J'attends une réponse favorable. Bon, je vais voir Luara. »
« Chez Luara ? »
« Ah, ça fait longtemps que je veux revoir le roi Poséidon. Je vais y faire un tour. »
Et il quitta la pièce d'un pas rapide.
« Est-ce que ce type… n'est pas un idiot calculateur ? »
Je levai les yeux au plafond, perplexe.
Finalement, il fut décidé que Norène et son enfant resteraient à Agarta. Après avoir renvoyé la réponse au Daijō-ō, alors que je réglais les préparatifs de l'accouchement et le logement, le temps passa en un clin d'œil. Quand je m'en rendis compte, l'été approchait. Et voilà que la date prévue pour l'accouchement de Riko approchait à grands pas.