Aller au contenu principal

Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 256

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 256

Chapitre 256

Chapitre 256/40164%~10 min de lecture1 989 mots

Fradime, Roskano, Caballet. Frère cadet du Daijō-ō Ribon, il était l'homme en qui le Grand Roi avait une confiance absolue. Bien que leurs personnalités et leurs goûts fussent diamétralement opposés, ces deux frères comblèrent mutuellement leurs lacunes et bâtirent ensemble la prospérité actuelle du royaume de Fradime.

La jeunesse de ces frères fut une suite d'épreuves. Nés premier et deuxième fils du roi précédent, ils avaient le même ventre et grandirent sous le même toit. Tandis que l'aîné, studieux et d'une probité rigide, aimait les lettres dès l'enfance, le cadet était un garçon qui affectionnait le faste et les arts.

Leur vie bascula dès la mort de leur père.

Normalement, c'est l'aîné Ribon qui aurait dû hériter du trône, mais c'est finalement leur cadet, le troisième fils, qui y fut porté. Leur mère était une concubine de basse extraction. À l'inverse, la mère du troisième fils était l'épouse légitime, issue d'une grande famille noble, et fervente croyante de l'Église de Crimiana ; grâce au soutien total de sa maison et de la théocratie, ce dernier monta sur le trône à seulement trois ans. Les proches du nouveau roi méprisèrent les deux frères et les exilèrent dans une contrée reculée de Fradime. Ribon avait quatorze ans, Caballet douze.

La terre où ils furent relégués était misérable. Le sol maigre donnait peu de récoltes, et des monstres la ravageaient régulièrement. Pire, une épidémie y sévissait, ôtant tout espoir de survie aux habitants.

Dans cette situation, Ribon usa de sa diligence et de sa patience innées pour étudier la géologie locale et découvrit désespérément des cultures adaptées. Parallèlement, face aux monstres qui envahissaient le domaine, il se mit lui-même en tête de combat, s'appuyant sur son frère, les gens du lieu, ainsi que des aventuriers et chevaliers errants, et étendit peu à peu son territoire.

De son côté, Caballet exploita son sens artistique : il peignait, chantait, jouait de la musique pour apaiser le peuple. Surtout, il avait hérité de son père un talent exceptionnel pour le kemari traditionnel du pays ; son maniement acrobatique du ballon émouvait jusqu'aux larmes.

Ils luttèrent dix ans contre la pauvreté, les monstres et l'épidémie — qui frappa Ribon lui-même — avant qu'un semblant de calme ne revienne. C'est alors que le roi cadet mourut à treize ans. Sans héritier, après bien des tractations, c'est Ribon, dont la gestion du territoire reculé avait été reconnue, qui fut désigné pour lui succéder.

Pourtant, même intronisé, la position des frères restait précaire. L'influence des anciens ministres et de la théocratie de Crimiana demeurait forte, rendant la gouvernance extrêmement ardue. Profitant de la conjoncture, des vassaux se rebellèrent… Le sort des frères sembla scellé.

C'est Caballet qui les sauva de ce péril national. Contrairement à son frère chétif, il était né grand et dépassait 1 m 80 à l'âge adulte. Il mit cette carrure avantageuse au service du champ de bataille où il sema le chaos.

Même en temps de paix, son allure était telle que quiconque avait quelque habilité à l'épée préférait se cacher dans les ruelles ou fuir chez lui plutôt que de le croiser. Quand il chargeait, la lance au poing, l'ennemi s'enfuyait épouvanté. Il rapporta ainsi de nombreuses têtes, revenant triomphant. C'est grâce à ses exploits que Fradime put connaître une pacification relative.

Par la suite, le roi Ribon, fort de son savoir, de sa culture et de son expérience, élaborça sa propre doctrine politique. Il gouverna selon cette pensée, cherchant à imprégner tout le pays de ses préceptes. Cela ressemblait au confucianisme : il prêchait la bienveillance, l'action désintéressée, le devoir humain, et détaillait les coutumes et rites concrets pour les mettre en pratique. Il encouragea l'érudition et rabâcha l'importance de la sincérité.

Cette doctrine d'une rigueur excessive étouffait vassaux et sujets. Caballet en était le contrepoids parfait. Usant de sa qualité de frère royal, il organisait régulièrement des divertissements pour le peuple. S'il était un démon sur le champ de bataille, il possédait une vertu innée, était loyal et aimé de tous. Il devint ainsi le bras droit du roi, freinant les tendances autocratiques de son frère. L'aîné, lucide et décidé ; le cadet, vertueux et raffiné. Leur complémentarité porta Fradime à son apogée depuis sa fondation.

Mais cette relation prit fin brutalement un jour.

De longues pluies provoquèrent une inondation catastrophique qui anéantit les récoltes. La famine menaçait : sans distribution, la plupart des sujets mourraient de faim. Pourtant, des voix s'élevèrent pour s'y opposer. Celles des anciens ministres du roi précédent.

« Nous, la famille royale et la noblesse, avons faim, et vous voudriez nourrir les sujets ? Les sujets sont comme du bétail. Qu'ils mangent de l'herbe et des racines d'arbres ! »

Ils l'affirmèrent sans ciller. Mais les laisser mourir aurait signifié la fin du royaume. Le roi Ribon trancha.

— Quiconque n'obéit pas sera tué.

Il agit vite. Il fit surveiller ses vassaux par des espions, convoqua au château d'Arisun ceux qui s'enrichissaient sur le dos du peuple, menaient vie fastueuse ou s'adonnaient aux plaisirs, les jugea et les fit exécuter. Tous leurs biens furent confisqués pour acheter du grain à l'étranger.

Naturellement, Caballet ne fut pas épargné. Convoqué au château, il exposa fièrement sa pensée devant son frère.

« Frère ! Je ne m'adonne pas au luxe pour le plaisir ! Les hommes ne peuvent vivre sans joie. Précisément en ces temps de calamité, chants et musique sont nécessaires pour apaiser les cœurs. Je n'obéirai pas à l'ordre d'arrêter le kemari, la musique ou les arts. Nier l'art est une sottise. Laissez-moi faire : ce Caballet apaisera le cœur du peuple. »

Il partit en riant, son large corps tremblant de gaieté. Il croyait comprendre son frère. Mais le regard acéré que le roi planta dans son dos n'était plus celui du frère qu'il connaissait. Ribon avait commencé sa purge avec une conviction inébranlable, sans la moindre once de remords. Caballet, à cet instant, ne mesura pas l'horreur de cette froideur.

Il quitta le château et se rendit à Obbize, où il distribua de la nourriture aux affamés et joua pour les consoler, avant de regagner sa demeure.

L'anomalie se manifesta à l'aube. Il saisit l'épée à son chevet, laissa sa femme Mitéa endormie et gagna le jardin en silence. Un bruit désagréable lui parvint.

Levant les yeux, il vit tomber du ciel pré-aube une pluie d'un rouge éclatant. Ce qu'il prenait pour de la pluie étaient des flèches enflammées ; elles s'enfonçaient dans le toit et les murs comme aspirées, transformant la demeure en brasier en un instant. Il se précipita pour protéger sa famille. Mais une volée innombrable de flèches lui transperça le dos au même moment, et des soldats en armure déferlèrent dans la cour. Il lutta vaillamment, mais finit transpercé par leurs lances.

… Quand il revint à lui, il volait. Il flottait, léger comme une plume. Tout en s'étonnant, il repensa à son passé. N'était-il pas mort, transpercé par les lances ? Ces flammes… Là, son regard tomba sur les ruines noircies de sa demeure.

« Mitéa ! Grégōn ! »

Il hurla les noms de sa femme bien-aimée et de son fils. Pas de réponse. Devant lui apparut un corps calciné. En y regardant de plus près, c'était sa femme et son enfant, enlacés dans la mort par le feu.

« Capitaine ! La princesse et le jeune maître Grégōn ont été retrouvés ! »

Une voix parvint à ses oreilles. Aussitôt, les corps furent encerclés par des soldats.

« C'est bien la princesse et le jeune maître Grégōn. Bien. Faites disparaître ces cadavres complètement ! »

Les soldats emportèrent les deux corps, y empilèrent du bois et les brûlèrent. Caballet assista à toute la scène. Lorsque tout fut fini, quand il eut la certitude que sa famille était réduite en cendres, une haine monstrueuse s'alluma en lui.

« Mitéa… Grégōn… Quel acte… Quel acte… Ah… Frèèèèèère ! Je ne pardonnerai pas, je ne pardonnerai paaaas !! »

Les soldats qui l'avaient attaqué étaient indubitablement de la garde rapprochée du roi Ribon, et l'ordre ne pouvait venir que de lui. Dans son regret, il maudit son frère de toute sa haine.

Un être observait Caballet. L'esprit de l'air, Poppe.

Elle pouvait absorber les âmes des morts pour renforcer son pouvoir. Une âme portée par une telle obsession était pour elle une source de puissance accrue ; sans hésiter, elle tenta de s'emparer de l'âme de Caballet.

Ce fut son erreur.

Même réduite à l'état d'âme, la force de volonté de Caballet surpassait de loin le pouvoir de Poppe. Au final, Poppe vit sa conscience submergée par celle de Caballet, qui renaquit ainsi en esprit. N'ayant pas totalement assimilé le corps de Poppe, il ne put prendre une forme d'esprit parfait et resta un « esprit-pensée » — un stade antérieur. Mais il acquit les capacités d'un esprit de l'air : changer de forme à volonté, se déplacer sur les courants d'air, et manipuler autrui par sa force mentale.

La première destination de cet esprit-pensée fut le château d'Arisun. Il réfléchit à la façon de faire le plus souffrir son frère roi. La réponse fut le prince Maīntia, le neveu. Ce fils intelligent, sur qui le roi fondait le plus d'espoirs : le corrompre ferait souffrir le roi et mènerait le pays à sa perte. « Qu'un tel pays périsse. Il doit périr. » Avec cette pensée, il se rendit au château et, traversant l'air, pénétra dans le corps du roi Maīntia pour le contrôler.

« … Voilà l'histoire de ce Caballet jusqu'à présent. »

J'expire lentement en racontant le passé de cet esprit-pensée, tel que révélé par ma compétence d'Expertise. Le roi Maīntia n'a pas changé d'expression une seule fois en m'écoutant ; Paterson et les autres mordent leurs lèvres, le visage baissé.

« Vous le saviez ? … Apparemment, oui. »

Le roi Maīntia porte son regard sur Paterson derrière lui et prend la parole. Puis il referme les yeux, lève la tête vers le plafond, comme plongé dans une profonde réflexion.

« Il ne faut pas blâmer le père, le Daijō-ō. »

Il marmonne ces mots les yeux fermés. Les regards de Paterson et des autres se tournent lentement vers lui. Il rouvre les yeux, affiche une grimace amère, et poursuit.

« Roi, nobles, sujets : tous égaux en tant qu'humains. Il faut les chérir… C'était la maxime de mon père. Pour la concrétiser, il a mené cette politique de terreur impitoyable. Il a exécuté tant de gens, et par cette politique a sauvé des dizaines de milliers de sujets de la famine. Mon père était réaliste jusqu'au bout, contrairement à mon oncle. Ou plutôt, il n'a eu d'autre choix que d'être réaliste. Il n'est pas né dans une époque chanceuse comme la mienne. »

Le roi esquisse un sourire. Il regarde Paterson, puis Sidī et moi, et, le visage à nouveau doux, continue.

« Pourtant, je déteste la méthode de mon père. Je ne deviendrai pas comme lui. Non, au contraire, c'est tant mieux d'avoir été possédé par mon oncle. C'est sûrement grâce à son influence que j'ai trouvé du plaisir dans la peinture et la gastronomie. Oui, c'est bien. C'est comme ça que ça devait être. Grâce à cela, j'ai pu faire la connaissance du roi d'Agartha. Pas seulement. J'ai aussi connu le seigneur Lafayence, et même le roi Poséidon. Tout cela, c'est parce que mon oncle a pris place en moi. »

Le roi Maīntia rit doucement. Il relève lentement le visage, plante son regard dans le mien, et ouvre lentement la bouche.

« Roi d'Agartha, vous devez avoir bien des griefs contre mon oncle, le duc Caballet, mais ne pourriez-vous me confier son sort ? En tant que roi de Fradime, j'assumerai la responsabilité de le traiter. … Je vous en prie. »

Il s'incline vivement devant moi. Plus trace du seigneur insouciant d'habitude. Là se tient un souverain empreint de dignité, un véritable roi.

Swipez pour naviguer

Commentaires

0/2000

Aucun commentaire pour l'instant. Sois le premier à en laisser un.