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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 209

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Chapitre 209

Chapitre 209

Chapitre 209/33163%~7 min de lecture1 368 mots

« Ah, mince. J'ai peut-être un peu trop forcé ? »

Je laisse échapper une exclamation involontaire en plein vol. J'ai sans doute mal dosé l'apport de puissance magique.

Je me trouve actuellement à la frontière entre Agartha et l'Empire de Lamaron, perché sur Iremo en train de faire des cercles dans les airs. La rivière Ilbezi, là en bas, a grossi de façon spectaculaire et charrie une eau trouble et furieuse.

Après avoir vu Knogen partir par transfert pour Galby, j'ai gagné ce secteur frontalier sur le dos d'Iremo. Un paysage irréel, tout enveloppé d'un blanc immaculé, s'étendait à perte de vue. Sans doute à cause de l'altitude, la neige tombait sans discontinuer et l'accumulation était déjà impressionnante. Tout en profitant du spectacle, je continuais de remonter le cours de l'Ilbezi. Grâce aux ailes d'Iremo, les hauts sommets enneigés apparurent bien vite.

« Hein… qu'est-ce que c'est ? »

Après avoir tourné un moment en l'air pour repérer l'endroit, je fis descendre Iremo au sol.

« Wahou, c'est dingue… »

Devant moi surgissait une cascade de glace gigantesque. Des dizaines de mètres de haut, autant de large, un mur de glace colossal s'élevait. Saisi par la majesté et la féerie du spectacle, je restai un bon moment coi.

« On dit que les chutes gèlent parfois… mais je n'imaginais pas un résultat aussi saisissant. »

« C'est… magnifique… »

Iremo elle aussi contemplait la scène, fascinée. Je lui caressai le corps.

« C'est un peu dommage, mais tant pis. Avec ce froid, la chute refera de la glace. »

Elle gèlerait, c'est certain, mais je compris aisément qu'elle ne reprendrait jamais exactement cette forme. Du coup, je pris le temps de graver l'image dans ma mémoire.

« Allez, Iremo, on y va. »

De nouveau en selle, je m'élevai jusqu'au sommet de la chute. Là-haut, un petit lac niché entre les montagnes enneigées m'attendait.

Je lançais une petite balle incandescente vers la montagne neigeuse face à moi. Simultanément, j'envoyais des boules de feu sur le lac et la cascade gelée. En un instant, le mur de glace s'effondra, et presque dans la foulée, une masse énorme de neige se détacha de la montagne pour glisser vers le lac comme une avalanche. Bien que la balle incandescente fût plantée au cœur de la neige, ses flammes ne faiblissaient pas, et la neige, enveloppée de feu, dévalait la pente dans un tableau d'une beauté indicible.

Au moment où cette neige embrasée atteignit le lac, elle fondit en une fraction de seconde et un volume d'eau phénoménal se précipita dans la chute. On aurait dit qu'on avait renversé un seau géant rempli à ras bord. Qui plus est, la balle incandescente avait fait fondre une partie de la neige environnante, faisant monter le niveau du lac d'un coup.

« Ooh ! C'est splendide, mais… j'ai exagéré, non ? Là, l'Ilbezi va rester en crue un bon moment. »

Depuis le ciel, je voyais une quantité massive d'eau dévaler vers l'aval. Je fis poser Iremo au sommet de la montagne, puis transférai immédiatement à la frontière agartho-lamaronienne.

Là, le silence régnait en maître, à l'opposé du tumulte d'à peine. Seul le bruit feutré de la neige qui tombe se faisait entendre. J'aurais bien voulu m'imprégner encore de cette atmosphère, mais je la chassai d'un mouvement brusque pour remonter en selle et regagner les airs. Au loin, une crue terrifiante dévalait depuis l'amont.

« … C'est au-delà de mes prévisions. Bon, y a pas d'habitations par là, donc pas de victimes humaines à craindre… Par contre, les esprits de la forêt risquent de râler. Faudra que je demande à Soleil de vérifier la situation plus tard. »

Tout en marmonnant, je restai à observer la boue approcher de la frontière. Puis un débit d'eau hallucinant passa juste sous les pieds d'Iremo et les miens.

« Wahou. Un débit incroyable. Bon… à ce niveau, ça devrait tenir. »

Sur ce, je rentrai au manoir de la capitale impériale.

À la lisière de la forêt qui mène à la frontière entre Agartha et l'Empire de Lamaron, deux lodges ont été érigés. Tout autour, un nombre incalculable de tentes dressent leur toile. Inutile de préciser qu'il s'agit du camp des fidèles de la théocratie de Crimiana, venus de la capitale Aphrodité. Dans une des chambres du lodge, un goûter paisible battait son plein.

« … Tous comptes faits, environ trente mille, donc. »

C'est Vielle qui porte la tasse à ses lèvres avec une élégance souveraine. Autour d'elle, les six évêques et Cassel grignotent des pâtisseries à leur rythme, dans une ambiance détendue. Sans briser cette quiétude, l'évêque Cofresi ouvre la conversation en souriant.

« Exact. De Galby, probablement plus de dix mille croyants remonteront l'Ilbezi. Via Hidêta, près de dix mille autres emprunteront le même fleuve pour rejoindre Agartha. Et par le duché de Niza, encore quelques milliers sont attendus. »

« Je vois… Au final, vu qu'Agartha est coincée dans les montagnes, c'est à peu près la limite de ce qu'on peut faire transiter depuis les pays voisins. »

« Agartha étant nichée au creux des montagnes… même pour des nations limitrophes, les déplacements massifs restent compliqués. »

« Cela dit, le fait qu'Agartha contrôle Galby a été une aubaine pour nous. Sans ce port, notre migration, comme celle des fidèles, aurait été bien plus ardue. »

C'est une évêque qui enchaîne sur les mots de Cofresi. Vielle acquiesce avec aisance.

« Tout à fait. C'est incontestablement la protection de Crimiana qui nous a guidés vers Agartha. Bien sûr, l'idée de Cassel d'aménager la route pour faciliter le voyage a aussi beaucoup compté. »

À ces mots, le coin des lèvres de Cassel se relève légèrement. Vielle, le regardant avec une tendresse évidente, poursuit :

« Trente mille fidèles qui affluent, ça nécessite de l'espace. Alors, où établir notre paradis ? Près de la capitale d'Agartha, peut-être… »

« Sœur. Mesdames, Messieurs. J'ai une proposition. »

Cassel se lève, le visage rayonnant de confiance.

« Je pense qu'il faut fonder notre paradis juste ici, où nous séjournons. Il y a la forêt, l'eau, et surtout c'est l'endroit idéal pour rejoindre ceux qui remontent l'Ilbezi. En plus, en bateau, on rallie Galby en une demi-journée. Les approvisionnements d'Agartha transitent aussi par ce fleuve ; en contrôlant ce point, on pourrait, le cas échéant, mettre la main dessus. Qu'en pensez-vous ? »

Les évêques échangent un regard, mais personne ne s'y oppose. Vielle prend la parole devant ce consensus silencieux.

« La proposition de Cassel est très convaincante. Vous en pensez quoi, tous ? »

Tous les évêques hochent la tête. Ravie, Vielle proclame d'un large sourire :

« Alors, unissons toutes les forces de la théocratie de Crimiana pour bâtir notre paradis sur cette terre. Cassel, merci pour cette excellente idée. »

Sous le regard de Vielle, Cassel acquiesce joyeusement.

« Vielle-sama. La construction sérieuse commencera quand les matériaux arriveront des navires mouillés à Galby. D'ici là, je propose de nous consacrer à l'accueil des fidèles qui ne vont pas tarder à affluer. Ça vous va ? »

« C'est parfait, Cofresi. Faites comme vous l'entendez. »

« Entendu. »

Cofresi s'incline respectueusement et quitte le lodge.

« … J'aimerais tant que le roi d'Agartha reçoive le baptême au plus vite, mais il semble que son esprit soit troublé par un faux dieu usurpant le nom de Crimiana. Pourtant, en voyant le paradis que nous allons ériger, le sage roi d'Agartha ouvrira les yeux, j'en suis certaine. Crimiana daignerait-elle foudroyer qui que ce soit… c'est impensable. »

Vielle parle en souriant. Son sourire inchangé, elle déplace son regard sur l'un des évêques.

« Niedes-san, peinez-vous à aller accueillir les fidèles qui viennent de Niza. Quant aux autres, rendons-nous à la capitale d'Agartha pour y répandre la précieuse doctrine de Crimiana. »

À ses mots, tous hochent la tête en souriant. Elles l'ignorent. La crue déclenchée par Rinos va engendrer un enfer au-delà de l'imagination. Et ce spectacle deviendra pour le peuple de Crimiana, et tout particulièrement pour Vielle, un traumatisme profond qui la hantera des années durant.

La terre d'Agartha, baignée de soleil, offrait l'image d'un monde d'argent pur qui parait magnifiquement le sol.

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