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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 168

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Chapitre 168

Chapitre 168

Chapitre 168/33151%~8 min de lecture1 498 mots

« Bon, je n'ai pas bien entendu. Répétez. Quelle ville est tombée ? »

C'était l'Empereur de l'Empire de Lamaron qui avait parlé. Il feignait désespérément le calme, mais sa voix tremblait. À cette vue, la Reine mère prit aussi la parole.

« Oui, c'est ma faute, je n'ai pas entendu. Quelle ville d'Agartla est tombée, dites-vous ? »

Le visage de la Reine mère affichait aussi un sourire de façade, mais elle ne parvenait qu'à en faire un rictus crispé.

Le chambellan respira profondément, fixa les notes dans sa main, puis porta de nouveau son regard sur l'Empereur et la Reine mère.

« Je vous informe. La ville forteresse de l'Empire, Galbie, est tombée. Elle a été prise par l'armée d'Agartla. »

D'un ton calme, lent, le chambellan fit son rapport. Au fil de ses mots, le sang se retira du visage de l'Empereur et de la Reine mère.

« … Galbie … tombée ? … Je ne peux pas y croire … »

L'Empereur refusait d'accepter la réalité, demeurant hébété.

« … Faites venir … le Général, faites venir le Général Cariès. »

La voix grave de la Reine mère s'abattit. À ce son, le chambellan, le corps tremblant, extirpa sa voix.

« Ce … certo. Cette … nouvelle, pour Lord Keinich aussi… »

« Inutile ! »

Un cri proche de l'hystérie résonna dans toute la pièce.

« Laissez le Duc Keinich continuer d'attaquer Agartla ! S'ils ont pris Galbie, c'est qu'Agartla a dû y engager toutes ses forces. Cela veut dire qu'Agartla est vide à présent ! Qu'il attaque ! Mais Galbie passe avant ! Il faut la reprendre, absolument, absolument ! Le Général, faites venir le Général Cariès, tout de suite !! »

Terrorisé par l'aplomb de la Reine mère, le chambellan s'enfuit comme s'il fuyait un incendie. Dans la pièce, seul le souffle rauque de la Reine mère se faisait entendre, nul ne prononça un mot.

Peu de temps après, le Général Cariès apparut.

« J'ai accouru sur votre appel urgent. »

« Allez à Galbie. »

« Hein ? Votre Majesté la Reine mère, je crains de ne pas saisir le sens de vos paroles … »

« Allez à Galbie !! »

La Reine mère se leva d'un bond, hurlant. De son habituel sourire poupin et détendu, il ne restait rien ; seule une vieille femme aux yeux exorbités, le front creusé d'une ride profonde, se tenait là. L'Empereur, les yeux vagabonds face à ce spectacle, parvint enfin à adresser la parole à Cariès, la voix hachée.

« G-Galbie … est tombée. Le rapport dit qu'Agartla l'a fait tomber. »

Le regard de Cariès changea. L'air insouciant de tout à l'heure avait disparu, remplacé par le visage d'un homme qui a survécu à maintes épreuves et champs de carnage.

« Galbie … C'est à deux pas de la capitale impériale. Si elle tombe, la capitale est en danger. Qui plus est, faire tomber cette ville réputée imprenable … Toutefois, pour la reprendre, mes dix mille hommes ne suffiront pas. Il faudra mobiliser les trente mille hommes de la garnison de la capitale et rappeler le corps expéditionnaire envoyé à Agartla. »

« C-c'est bon. Fais comme tu l'entends … »

« Non ! »

Ce fut la Reine mère qui coupa la parole à l'Empereur. Sous son regard tranchant, l'Empereur en resta coi ; elle poursuivit.

« J'autorise l'emploi de la garnison de la capitale. Mais le rappel du corps expéditionnaire d'Agartla, hors de question ! »

« Pourquoi ! Cette forteresse est solide. La seule manière est de l'écraser sous le nombre … »

« Agartla est vide, je vous dis ! »

Cariès fut un instant déstabilisé, mais il se reprit sur l'instant. Il exhalant lentement, retrouva son calme et parla sur le ton de la persuasion.

« Comme vous dites, Agartla est peut-être vide. Mais, Majesté, ce dont nous avons le plus besoin maintenant, ce n'est pas Agartla, c'est de reprendre Galbie. Si nous n'y allons pas, nous risquons de perdre la capitale, notre maison mère, même si nous prenions Agartla. Je vous en supplie, daignez considérer ce point et, je vous en prie, je vous en prie, ordonnez l'arrêt de l'expédition d'Agartla. Cariès Shima, prosterné, prosterné, vous en supplie. »

« Non. L'arrêt de l'expédition d'Agartla, hors de question. »

« Reine mère ! Si les renforts de Hidêta arrivent à Galbie, la reprendre sera encore plus difficile ! Les troupes qui occupent Galbie maintenant sont, au maximum, trois mille. Si nous l'encerclons avec cent mille hommes et lançons l'assaut total, aussi solide soit-elle, elle tombera. Je vous en prie, je vous en prie … »

Cariès s'inclina profondément. Personne ne parla. Et aux oreilles de Cariès parvint un froissement de soie.

« Combien de fois faut-il me le répéter ? Je déteste par-dessus tout ces inutile insistance. »

Sur ces mots, la Reine mère fit demi-tour et quitta la pièce.

« Général, c'est entendu. Menez la garnison de la capitale et reprenez Galbie. C'est un ordre impérial. »

L'Empereur jeta un coup d'œil à Cariès, toujours courbé, puis quitta la pièce sur les talons de sa mère, la Reine mère. Les dames de suite les suivirent.

Dans la pièce désormais vide, Cariès releva lentement la tête. Il fixa le plafond et empuit un long soupir. Le Général regardait loin. Simplement, il regardait loin.

De son côté, après avoir franchi plusieurs montagnes et bivouaqué, l'armée de Lamaron parvint enfin à la frontière d'Agartla, et resta saisie devant le spectacle.

Là s'étendait un grand fleuve comme on n'en avait jamais vu.

Keinich, commandant en chef du corps expéditionnaire d'Agartla, ne cachait pas son trouble et hurlait.

« Qu'est-ce que c'est que ça ! Qu'est-il arrivé ! On ne m'a jamais dit que le fleuve Ilbezi était dans un tel état ! »

Sergeant les dents avec un grincement, il dévisageait le fleuve devenu monstre. Personne ne pipait mot. À ce moment, une conversation anodine de soldats arrivés en renfort atteignit les oreilles de Keinich.

« Ah, comme prévu. »

« Il a fait chaud ces temps-ci. Je me doutais qu'il gonflerait, et voilà, il a gonflé. »

Sans un mot, Keinich chevaucha vers ces soldats. Surpris par l'approche du commandant en chef, ils baissèrent la tête. Keinich dégaina prestement et leur pointa la lame à la gorge.

« J'aimerais faire exécuter les bavards, mais pour cette fois je passe. Répondez à ma question. Pourquoi saviez-vous que ce fleuve gonflerait ? »

« N-nous … nous avons grandi près de ce fleuve. L'Ilbezi grossit tous les ans au printemps avec la fonte des neiges. Le courant devient violent, c'est dangereux, alors on se faisait souvent engueuler par les voisines, gamins. Mais cette eau est réputée excellente, les parfums faits avec cette eau sont merveilleux … »

« Nn ! »

Le soldat qui s'efforçait de parler eut la gorge transpercée par l'épée de Keinich et mourut sur le coup.

« J'ai permis de répondre à ma question, pas de bavarder. »

Keinich tourna sa lame vers l'autre soldat, qui tremblait à côté du cadavre.

« Toi. De quelle unité ? »

« Quatrième armée, cavalerie sous les ordres du Commandant Benezene. »

« Grade ? »

« Sergent. »

« Sergent … donc une unité d'élite ? Peux-tu traverser ce fleuve ? »

« Je … je ne sais pas. »

« C'est un ordre. Traverse ce fleuve maintenant. C'est simple. Si tu atteins la rive d'Agartla, tu auras une récompense. Si tu veux mourir, refuse purement et simplement. … Allez. »

L'épée tendue par Keinich s'approcha encore de la gorge du soldat. Celui-ci, ne tenant plus, s'éloigna et lança son cheval dans le grand fleuve vers Agartla.

Au milieu du courant, le cheval s'arrêta net. Le soldat le fouetta, l'éperonna, mais bientôt le cheval fut emporté par le flot, emmenant l'homme avec lui. Il ne reparut plus à la surface.

« Commandant en chef, replions les troupes sur la capitale pour l'instant. »

Son adjoint de longue date s'approcha et lui parla.

« Non, marche sur Agartla. »

« Attendez. Si nous avançons dans ce fleuve, beaucoup de soldats seront décrochés. Y entrer maintenant n'est pas judicieux. »

L'adjoint le suppliait, le visage désespéré. Keinich toisa le fleuve un moment, puis donna son ordre.

« Rassemblez les commandants. Nous tenons un conseil de guerre. »

Keinich ordonna aux commandants réunis de trouver un moyen de traverser le fleuve d'ici demain matin. Mais l'avis unanime fut la retraite sur Rainy. Keinich insista pour l'invasion d'Agartla, mais les commandants n'écoutèrent pas et entamèrent la retraite.

Contraint de battre en retraite sur Rainy, Keinich bouillait d'une haine féroce.

« Agartla aussi … ces commandants aussi … je les écraserai. J'écraserai Agartla, puis j'écraserai ces commandants qui ont ignoré mes ordres … Des types qui font ce genre de choses inutiles … je les écraserai … »

Seul, sur son cheval pendant la retraite, Keinich continuait de marmonner ces paroles sinistres.

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