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Kekkaishi e no Tensei

Chapitre 148

Kekkaishi e no TenseiKekkaishi e no Tensei
Chapitre 148

Chapitre 148

Chapitre 148/33145%~10 min de lecture1 909 mots

La reine mère de l'Empire de Lamaron, Lamaron Crow Reisis, contemplait avec une immense satisfaction la scène qui s'offrait à elle.

Dans la pièce étaient réunis les principaux nobles et officiers de l'Empire. Et tous, sans exception, étaient à genoux sur un genou, la main droite posée sur la poitrine, la tête baissée. Autrement dit, dans cette salle, seuls deux individus ne s'inclinaient pas, si l'on excepte les soldats de la garde : la reine mère elle-même et son fils, l'empereur de Lamaron.

Reisis savourait ce bonheur de pouvoir jouir de ce spectacle.

Le trône de la reine mère Reisis était placé en contrebas de celui de l'empereur, à la même hauteur. Elle voyait donc le même panorama que celui réservé au seul empereur. Et par-dessus tout, elle partageait cette vue sublime avec son fils, plus précieux que sa propre vie. Y a-t-il plus grand bonheur ?

Le chancelier Madrin se leva, s'inclina respectueusement devant l'empereur, puis commença à lire l'édit impérial accordant des vivres aux nobles rassemblés. Tout en écoutant cette voix, elle repensait aux décennies de luttes qu'elle avait menées. Sa vie entière avait été consacrée à faire de son fils l'empereur.

Lamaron Crow Reisis était née dans la ville de Keshir, à l'extrémité sud de l'Empire. Son père était stratège de l'armée impériale ; il avait ensuite conquis une partie du royaume de Juka et en était devenu le gouverneur.

Lorsque Reisis eut dix ans, une cérémonie de triomphe pour son père eut lieu dans la capitale impériale. Elle conservait encore un souvenir éclatant de ce spectacle fastueux.

Mais son père tomba face à une contre-attaque de l'armée de Juka et perdit la vie au cœur des combats. Reisis avait douze ans. Sa mère, veuve, fut ensuite remarquée par l'empereur de l'époque, Lamaron Crow Dios, et accueillie comme l'une de ses épouses.

À quinze ans, Reisis fut promise à Aeno, fils du frère de l'empereur, Lucius. Toutefois, Aeno possédait déjà une épouse principale ; Reisis entra donc au palais comme concubine. Elle ne tarda pas à tomber enceinte.

Alors qu'elle souffrait de violentes nausées et que son ventre commençait à s'arrondir, juste au moment où elle entrait dans la période de stabilité, sa mère fut accusée d'adultère et exécutée par l'empereur Dios. On murmurait qu'il s'agissait d'un complot ourdi par l'impératrice et les autres concubines, mais pour Reisis, ce fut un choc immense. Son beau-père Lucius et son mari Aeno, par déférence envers l'empereur, la confinèrent, elle qui était enceinte, dans une aile du palais. Dans une pièce mal éclairée, nourrie de repas grossiers, seule avec les trois servantes qui l'avaient suivie, Reisis y mit au monde son enfant : l'actuel empereur, Lamaron Crow Freins.

Dans la noblesse impériale, il est coutume d'assigner une nourrice à la naissance d'un enfant, mais dans le cas de Reisis, aucune nourrice ne lui fut accordée. C'est donc elle-même qui allaita Freins de son propre lait. Et elle passa cinq ans dans cette pièce, en compagnie de ses servantes.

Heureusement, Freins était un enfant robuste, à l'image de son père. C'était aussi un enfant calme, qui ne donnait guère de souci. Elle consacra tout son temps à son fils, ne vivant que pour le plaisir de le voir grandir.

Lorsque Freins eut cinq ans, l'empereur Dios trépassa. Après bien des péripéties, c'est son beau-père Lucius qui monta sur le trône. Reisis fut enfin libérée de sa captivité et put s'installer au palais aux côtés de son mari.

Cinq ans plus tard, Lucius quitta à son tour ce monde, et c'est Aeno, son époux, qui devint empereur.

Aeno était un empereur compétent. Il mena une expédition contre les territoires occupés par le royaume de Juka et parvint à les conquérir. Non content de cela, il redressa les finances de l'Empire de Lamaron, qui s'étaient effondrées sous les expéditions répétées de l'empereur précédent, Dios. Dans l'ombre de cette réussite, Reisis avait joué un rôle majeur ; elle était l'artisane méconnue de la restructuration financière.

L'empereur Aeno était un homme d'État digne du titre de sage souverain. Pourtant, dès son avènement, son emploi du temps effréné fit que l'intérêt qu'il portait à ses épouses s'amenuisa rapidement. L'impératrice comme les concubines rivalisèrent de faste et de beauté pour attirer son regard, entraînant les finances impériales dans une spirale de gaspillage.

C'est alors que Reisis fit une proposition à son mari, l'empereur : pratiquer l'économie.

Et elle, loin de participer à ce concours de parure, s'attacha à éliminer sans pitié tout superflu dans son entourage. Elle congédia la majorité de ses servantes, vendit les bijoux, les vêtements et les meubles somptueux que l'empereur lui avait offerts, et s'installa de son plein gré dans une pièce étroite et misérable. Pour elle, tant que son fils Freins était à ses côtés, rien d'autre n'importait. Un tel comportement aurait pu valoir son exil du palais, voire mettre sa vie en danger, mais il toucha le cœur de l'empereur. Ce fut le déclencheur d'un édit d'austérité pour le harem. Les dépenses jusqu'alors astronomiques du harem furent réduites, et les finances impériales s'en trouvèrent assainies.

Cet événement fit d'elle une figure remarquée par l'empereur, les bureaucrates et les militaires.

Quelques années plus tard, l'impératrice mourut. Lorsque se posa la question de sa succession, de nombreux bureaucrates et militaires appuyèrent la candidature de Reisis. Poussé par ces voix, l'empereur en fit son impératrice.

Devenue impératrice, Reisis ne cessa de préconiser l'élimination du superflu. Elle commença par réduire le nombre des concubines — qui dépassaient les dix — pour n'en conserver que deux. Ces deux dernières étaient toutes deux filles de hauts gradés de l'armée. Au sein de l'Empire, ce sont les militaires qui détiennent le plus d'influence. Reisis l'avait bien compris. Ainsi parvint-elle à s'assurer l'appui de l'armée et fit-elle rétrograder au rang de simples sujets le second et le troisième fils de l'empereur.

Bien des voix s'élevèrent contre ces décisions, mais au final, non seulement les frais d'entretien des concubines et des princes furent supprimés, mais aussi les salaires des chambellans et servantes qui les servaient, ce qui permit une économie massive.

Ayant ainsi gagné la confiance de l'empereur et de l'armée, Reisis engagea méthodiquement les préparatifs pour placer son fils Freins sur le trône.

Elle maria d'abord sa propre sœur à König Wamori, capitaine de la garde impériale, et la nomma intendante en chef du harem.

Wamori était un homme d'une grande douceur. Reisis le soutint et le stimula, tantôt le réprimandant, tantôt l'encourageant, et le fit gravir les échelons jusqu'au poste de commandant en chef de la garde. Quant aux pères des deux concubines restantes, elle finit par leur confier respectivement les fonctions de commandant en chef de l'armée et de commandant de la défense de la capitale.

Pour son propre fils Freins également, elle arrangea un mariage avec une petite-fille de l'empereur précédent, et fit officialiser l'adoption de Freins par l'empereur, bouclant ainsi tous les détails.

De la sorte, ayant verrouillé l'armée et le harem, Reisis fit répéter inlassablement par leurs bouches à l'empereur que le véritable digne héritier n'était pas le prince héritier, mais bien Freins.

De son côté, le camp du prince héritier ne resta pas les bras croisés. Les femmes évincées du harem et leurs familles, ainsi que le chancelier, ralliés à leur cause, colportèrent l'origine modeste de Reisis et l'incompétence supposée de Freins. L'Empire de Lamaron semblait s'engager dans une lutte de pouvoir sordide.

Pourtant, ce conflit se termina de manière inattendue : l'empereur destitua le prince héritier.

Le piège tendu par Reisis était subtil. Elle conseilla d'abord à son mari l'empereur Aeno que le prince héritier était le mieux placé pour lui succéder. Et pour cela, elle l'incita à confier au prince une mission d'envergure capable de convaincre le peuple.

Parallèlement, elle fit parvenir au camp du prince héritier l'information selon laquelle la faction de Reisis cherchait à l'évincer pour faire briller son fils Freins par un grand exploit. Elle précisa même que la politique en question serait « l'éradication des moineaux ».

Dans l'Empire, les moineaux étaient considérés comme des nuisibles dévorant les récoltes. Le camp du prince héritier accueillit la proposition avec enthousiasme et la soumit à l'empereur. Celui-ci l'approuva et nomma le prince héritier responsable de l'éradication des moineaux.

Ce dernier promulgua immédiatement un édit ordonnant l'extermination des moineaux à travers tout le pays.

Mais le problème survint très vite. Moustiques, mouches, sauterelles et autres insectes nuisibles pullulèrent à travers la nation. Ces ravageurs dévorèrent les cultures, menaçant Lamaron d'une famine sans précédent.

Ce fut Freins qui sauva la situation. La faction fidèle à Reisis et Freins s'abstint d'éradiquer activement les moineaux, et les récoltes de leurs domaines furent épargnées. Grâce à cela, l'Empire put traverser la crise sans dommages.

Reisis le savait : les moineaux ne sont pas des nuisibles. Dans cette pièce exiguë et misérable où elle avait élevé le jeune Freins, l'une de ses vieilles servantes lui en avait expliqué le rôle.

Cet échec cuisant de la politique suffit à détruire la crédibilité du prince héritier. Accablé par les critiques populaires et abandonné par son père l'empereur, il fut confiné dans une demeure misérable, loin de la capitale.

Face à Reisis, soutenue par l'armée et le peuple, il ne restait plus d'ennemis. Et elle en vint à assassiner son mari, l'empereur Aeno, dont la vieillesse se faisait sentir.

Elle utilisa le poison. Elle administra du konsarumu pour provoquer une détresse respiratoire et le fit périr.

Ce konsarumu est un poison à action lente, mais son amer était un inconvénient. Elle ordonna donc aux cuisiniers de servir en dessert une glace sucrée. L'empereur, friand de douceurs et en pleine saison estivale, s'en délecta et en absorba une grande quantité. Puis il but le vin que Reisis elle-même lui avait versé, se coucha, et fut découvert sans vie dans son lit le lendemain.

La bouche humaine, après avoir ingéré quelque chose de très froid, voit son goût temporairement paralysé. C'est ce principe qu'elle exploita pour empoisonner l'empereur. Son père étant militaire, elle avait vu dans son enfance des scènes où l'on apaisait la douleur d'une blessure en la refroidissant par magie d'eau. C'est de cette expérience qu'elle tira l'idée.

Un an après la mort de l'empereur, la cérémonie d'intronisation de son fils tant désiré, Freins, eut lieu. Elle devint nominalement et réellement la mère de l'empereur, la reine mère, détenant un pouvoir absolu.

Élevé depuis l'enfance dans la tendresse, Freins avait grandi en un homme sensible, timide, terrifié à l'idée d'être rejeté par sa mère. Il en était venu à accepter sans discussion tout ce qu'elle décidait. Elle aimait un tel fils et éliminait sans pitié quiconque ou quoi que ce soit qui le gênait ou lui semblait superflu.

Le résultat en était qu'aucun opposant ne subsistait face à ce duo maternel. Elle avait enfin conquis tout le pouvoir et une vie comblée de luxe. Pourtant, même après avoir tout obtenu, le désir de la reine mère ne connaissait pas de fin.

Son désir actuel était que son fils surpasse la renommée de l'empereur précédent. L'Empire de Lamaron était acquis. Désormais, elle voulait s'emparer de l'histoire de l'Empire. Faire de son fils Freins le plus grand sage souverain de l'histoire impériale. Telle était son ambition présente.

Pour cela, elle devait à tout prix faire accomplir à son fils un grand exploit. La crise alimentaire qui frappe actuellement l'Empire de Lamaron représentait la chance idéale pour assouvir ce désir. L'amour déformé de la reine mère s'apprêtait à se déchaîner…

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