Vielle exigeait que la lettre d'excuses contienne les trois engagements suivants.
Reconnaître pleinement sa responsabilité dans cette invasion et présenter des excuses.
Jurer que Daora ne provoquerait plus jamais de conflit de son propre chef.
Jurer que Ganobu ne se présenterait plus jamais devant Vielle.
On avait l'impression qu'une rancune personnelle s'y glissait, mais sa condition était que cela soit partagé avec le monde entier. Il n'y avait aucune chance que ce Ganobu avale une telle chose. J'ai essayé de dire que cela ne ferait que le provoquer davantage, mais elle a fait caprice en insistant pour que cette condition soit non négociable.
J'ai failli lui coller une gifle, mais cela n'aurait pas changé la situation, et cela aurait compliqué la suite, alors j'ai renoncé. Mais à ce point, rendre une femme furieuse envenime les choses à ce point... j'ai vraiment failli déprimer.
Mon salut a été Matcal. Elle écoutait en silence le discours de Vielle, puis a fini par demander d'un mot si cette lettre d'excuses aurait un effet. Vielle la fixait en silence. En effet, une lettre d'excuses n'est qu'une lettre d'excuses. Ce n'est pas un traité, donc je doute qu'elle ait une réelle portée entre nations. Cela se borne à faire dire à Ganobu-chan en son nom personnel : « J'ai fait une mauvaise action. Pardon. C'est ma faute. Je ne recommencerai plus. » Bon, on ne peut pas dire que ce ne soit pas une manœuvre de Vielle, ou plutôt un jugement politique de haut vol. Si on prend une vue cynique, la pousser à bout au niveau national risquerait de provoquer aussi les pays vassaux de Crimiana. Ces pays, mis à part ceux directement envahis par Ganobu, ceux qui n'ont pas subi de dommages directs pensent probablement : « Sœur, c'est bon, arrêtons-là. Ne nous obligez pas à provoquer l'ennemi. S'il s'excuse, pardonnez-lui. » Si la guerre s'éternise, la charge économique et militaire des vassaux augmentera encore. Beaucoup de pays sont en difficulté financière, et forcer la main ferait baisser le pouvoir de cohésion de Vielle.
On pourrait penser qu'elle a choisi la lettre d'excuses de Ganobu après avoir réfléchi jusque-là... Mais à voir son attitude, on dirait qu'elle n'y a pas pensé du tout. À mes yeux, elle semble simplement vouloir infliger à Ganobu une blessure qui lui restera à vie.
« Quoi qu'il en soit, je n'ai absolument pas l'intention de changer mes conditions. J'attends deux jours. La prochaine fois que je viendrai ici, je veux votre réponse. Si ne serait-ce qu'une condition n'est pas acceptée, je ferai exploser la capitale impériale sur-le-champ ! »
J'avale les mots « Est-ce que tu me menaces ? ». Enfin, si on le dit comme ça, c'est clair, mais personnellement, peu m'importe si la capitale impériale de Daora s'effondre. C'est pareil pour les trois pays : Fradime, Sandanji et Daora. Il y a bien un risque d'afflux de réfugiés, mais Daora et Fradime devraient pouvoir gérer. Je me suis juste soucié d'éviter le chaos autour de Daora, pourquoi dois-je me faire du souci pour ça ? S'ils tiennent tant à se battre, que Vielle et Ganobu règlent ça en duel. Ah, mais alors Ganobu gagnerait haut la main et Vielle se ferait plaquer au sol par lui.
À ce moment, un soldat est entré dans la pièce. Comme Vielle hurlait, il a semblé surpris. À l'homme qui demandait s'il y avait un problème, Vielle a répondu,
« C'est bon. Comme la conversation était d'une nullité affligeante, j'ai laissé échapper un grand cri sans le vouloir. Désolé, désolé. »
en imitant instantanément ma voix. Le soldat est parti sans la moindre suspicion, disant : « C'est bien cela, appelez-moi si besoin. » C'est vraiment louche. Est-ce que je parle comme ça ? Non, ce n'est pas possible. Je suis censé répondre plus sincèrement. Cette scène m'a au contraire déprimé.
Je jette un coup d'œil à Matcal. Je lui ai déjà demandé, mais elle m'a répondu quelque chose de délicat : ni qu'elle trouve ça similaire, ni que ce ne le soit pas. Quand j'ai demandé ce que ça voulait dire, elle a dit qu'elle ne fait qu'exagérer les particularités de ma façon de parler. Apparemment, en écoutant calmement plusieurs fois, on finit par voir la différence, mais lors d'une brève rencontre de quelques secondes, celui qui croit avoir affaire à Kenshin le croira sur parole. C'est une réponse ni claire ni floue, mais bon, laissons tomber.
À contrecœur, j'ai dit que je transmettrais le message à Ganobu-chan, et j'ai mis fin à la discussion avec Vielle.
***
Peu après, j'ai fait appeler Ganobu et lui ai transmis les conditions de Vielle. Il n'a rien dit, plongé dans sa réflexion. Cherchait-il un stratagème ? Il bougeait les yeux de gauche à droite, absorbé dans ses pensées. Et cela a duré un bon moment. Au moment où j'allais lui demander ce qui se passait, il a lentement ouvert la bouche.
« En gros, il suffit que ces trois conditions y soient écrites, c'est ça ? »
« À peu près, oui. »
« J'ai un vœu à formuler. »
« Quoi ? »
« Tu as dit "partagé avec le monde entier", mais comment comptez-vous le partager ? »
« Ce serait... distribuer des documents écrits, non ? »
« Cela prendrait du temps. »
« Je n'en sais rien. C'est ce que Vielle a dit. »
« Et si on faisait comme ça ? Devant Vielle et tous ceux qui ont pris part au combat, je lis moi-même cette lettre d'excuses. Les rois de Sandanji, Daora, Fradime, les rois des pays que nous avons envahis... Quoi ? Le roi de Fradime et le Daijo-o ne viendront pas ? N'importe qui ira ! L'essentiel, c'est que je présente ma lettre d'excuses devant ceux qui le souhaitent, alors ne peut-on pas en rester là ? »
« Moi, peu m'importe, mais tout dépend de ce que dira Vielle... »
« C'est là qu'il faut me faire confiance. Fais en sorte que Vielle dise "oui". Après tout, c'est moi-même qui me présenterai devant les rois pour lire la lettre d'excuses. L'effet sera plus grand que de simples documents, non ? »
« ... Compris. J'essaierai de lui en parler. »
« Compte sur moi. Si c'est accepté, je te donne ma sœur Coco. »
« J'ai dit que je n'en veux pas. »
« Non, ma sœur Coco est amoureuse de toi. Aider sa sœur dans sa romance, c'est le devoir d'un frère. »
« Je ne vaux pas la peine pour moi. Il y a plein de gens bien ailleurs. Avec sa beauté, beaucoup de tes vassaux doivent l'aimer aussi. Mieux vaut la marier à l'un d'eux, elle sera chérie, et pour Daora, cela augmentera le nombre de vos proches. »
« Certes, parmi mes vassaux, nombreux sont ceux qui convoitent Coco. Certains, bien qu'ayant passé la cinquantaine, essaient encore d'attirer son attention. Hmm. La marier à un vassal prometteur ne serait pas une mauvaise idée. »
« Fais ça. Ah, encore un truc, Ganobu-chan. »
« Quoi ? »
« Arrête d'appeler Vielle par son nom sans honorifique. »
« ... Certes. Tiens, elle n'est pas encore ma femme. C'est ma faute. Surtout, ne lui dis pas que je t'ai dit ça. »
« C'est pour ça que... »
« Hahaha. C'est pas grave. Personne n'écoute notre conversation. Garde ça dans le cœur du roi d'Agartha. Cela dit, elle avait un corps magnifique. Il a manqué un rien. En prenant mon temps pour la draguer, j'aimerais bien goûter à ce corps un jour. »
« Bon, fais comme tu veux. Alors, je vais transmettre l'affaire de la lettre d'excuses à Vielle. »
La réponse de Vielle acceptant la proposition de Ganobu est arrivée peu de temps après...