Par la suite, les préparatifs pour l'expérience de Mei furent rapides. Elle l'avait achevée en seulement deux jours. À présent, un courant électrique à puissance maximale a été généré quelque part sous la mer.
En ce moment même, se trouvant dans une pièce équipée d'un sceau de téléportation, Mei avait disposé une bassine et y puisa joyeusement de l'eau depuis un puits. Je lui avais proposé de l'aider, mais elle m'avait répondu qu'elle terminerait vite, poursuivant ainsi son transport d'eau sans s'arrêter. Tout autour était plongé dans l'obscurité totale, ce qui n'avait rien de surprenant puisque nous dépassions déjà minuit.
Face à elle, j'étais présent, accompagné de Cidia et de Rico. Au départ, je comptais garder cette opération secrète vis-à-vis de mes épouses. Plus précisément, c'était Mei elle-même qui avait affirmé qu'il n'y avait aucune raison d'en parler.
Seulement, j'étais rongé par l'inquiétude. Les autres devaient ressentir la même chose. Même si la récupération du gaz réussissait, je fus certes vert de colère ; surtout ceux qui chérissaient Mei-chan comme le Daijō-ō. Dans le pire des cas, ma vie put même être menacée. Mei elle-même ne se fit pas ces pensées et n'envisagea absolument pas un tel scénario. Derrière son cran résida probablement une confiance absolue en l'utilité du gaz. Selon sa logique, prouver ses effets suffit à obtenir des résultats écrasants, et ces derniers firent taire toute critique futile.
Mei ne comprit pas la force du sentiment voué à sa « idole ». Quant à moi, je vis clairement dans leur cœur le fanatisme des admirateurs de Mei-chan.
Dès qu'ils surent que celle qu'ils chérissaient courait un danger, un danger mortel potentiel, ils explosèrent de colère comme des flammes dévorantes. Pourtant, cette fureur ne se dirigea pas vers Mei elle-même, qui avait pris la décision. Elle visa son entourage. Moi aussi, si ma favorite eut commis une telle imprudence, j'eus tenu les gens autour d'elle pour responsables. Ils savaient depuis longtemps qu'elle est irréfléchie. Pourquoi ne vous étiez-vous pas interposés, alors que c'était votre job ?
J'acceptai volontiers ces critiques. Le seul point qui m'angoissait réellement resta l'intégrité physique de Mei. L'électricité produite devait avoir une tension considérable, un courant haute fréquence classique. Une simple contact involontaire put la tuer par électrocution. Une issue pareille était impensable. Bien que Cidia ait assuré que tout irait bien, je ne fus pas convaincu. La charge étant trop lourde pour que je la porte seul, je me suis tourné vers Rico. Elle afficha une expression surprise, ferma les yeux pour réfléchir, puis finit par répondre :
« Si Mei le dit, il n'y a probablement aucun souci. »
C'était sa réponse. Aux dires de Rico, Mei savait parfaitement gérer les risques. Néanmoins, elle ajouta qu'elle accompagnerait personnellement Mei lors de l'expérience.
Comme prévu, ces turbulences gagnèrent les enfants. Sans oser l'avouer, ils arborèrent tous une mine inquiète. Pour cette raison, Soleil resta au manoir et lutta contre les pleurs des petits avec des berceuses. Matcal, elle, effectua sa garde nocturne aux côtés de l'armée d'Agartha. Ni l'une ni l'autre ne semblèrent imaginer un seul instant que Mei put échouer.
Au final, je fus le seul à tracasser jusqu'au bout. Il semble donc que la masculinité soit véritablement fragile.
« Allons-y. »
Avec un sourire laissant entendre que tout était prêt, elle sortit d'un paquet de papier qu'elle avait apporté à l'avance un objet blanc et opalin semblable à du caoutchouc. D'après ce que j'ai compris, il s'agissait d'intestins d'Aleacondor, un grand oiseau, réputés parfaits pour contenir des gaz. Sa forme évoqua exactement celle d'une carte rigide ; sans explication, il était impossible de deviner sa véritable nature.
Cidia réceptionna ledit objet cartonné. Elle portait une serviette sur ses mains pour le saisir. Était-ce un matériel extrêmement précieux ou quelque chose qui ne devait toucher que quelques personnes ?
Tandis que je m'y creusais la tête, Mei commença à ôter ses vêtements sans la moindre hésitation. Affichant une entière absence de pudeur, elle se tourna vers nous et se débarrassa de chaque vêtement un par un. Son corps généreux se révéla progressivement. En y réfléchissant, j'avais déjà assisté à une scène similaire. Cette fois-ci, il s'agissait de la jeune . Elle aimait remplir de baignoire un tronc d'arbre coupé trouvé dans la forêt Luara et se prélassait dedans. Cette demoiselle non plus n'éprouvait nullement de gêne ; dès qu'elle arriva sur place, elle retira tranquillement ses habits. Même avant que l'eau ne coule, d'ailleurs. Qu'il fasse chaud ou froid, elle procéda toujours ainsi. Jusqu'à ce que tonnerre résonne enfin pour lui ordonner de se dépêcher quand il gelait.
Mes pensées interrompues, je constatai que Mei était maintenant totalement nue. Certes, je suis habitué à la voir ainsi, mais c'était la première fois que je découvrais son corps dans un contexte pareil. Pour une raison inexplicable, l'atmosphère autour de Rico et de Cidia me parut changeante. Bon, je vais laisser tomber de fouiller là-dessus pour l'instant.
Après avoir puisé de l'eau dans la bassine, Mei en répandit plusieurs fois sur elle-même. L'eau éclaboussa bruyamment à chaque geste. Peu après, elle nous enjoignit de faire un pas en arrière. Aussitôt ces mots prononcés, elle se renversa copieusement l'eau glacée sur la tête à plusieurs reprises.
« Eh bien… »
Ayant reçu le sac des mains de Cidia, elle avança vers le sceau de téléportation. Le barrage ayant été entièrement dissous, elle dut subir pleinement la glaçante fraîcheur de l'eau, mais elle garda le silence sur le sujet. La sensation resta néanmoins assez mordante car sa peau blanche rougit légèrement. À ce spectacle, elle me sembla très belle.
Ne se retournant même pas, Mei empiéta sur le sceau. L'instant où je crus apercevoir le balancement de ses larges hanches fut immédiatement suivi de sa disparition. Alors que je murmurais une prière en direction des dieux pour qu'elle regagnât nos côtés indemne, sa silhouette réapparut aussitôt.
« Q…Que se passe-t-il ? »
« C'est terminé. »
« Hein ? »
« Nous avons récupéré le gaz sans encombre. »
« Trop rapide ! »
…Cela ne fait sûrement pas dix secondes. En y regardant de plus près, ses deux mains tenaient fermement des sphères gonflées à bloc. Cidia échangea sa serviette contre celles-ci et réceptionna les ballons des mains de Mei.
Tout en séchant sa peau avec la serviette de bain, Mei afficha une pointe d'excitation. Ses joues étaient rougeoyantes d'un léger teint monté.
« Je n'ai constaté aucun changement interne notable. Toutefois, peut-être lié à la pression atmosphérique… L'atmosphère intérieure me paraissait légèrement plus dense. »
D'après son sens tactile, cela semblait être le cas. Cela signifiait-il que ce gaz était plus lourd que l'air ambiant ?
Pendant que je m'y penchais, Cidia entra de l'extérieur en portant une boîte noire et y glissa le sac rapporté par Mei. Selon elle, le risque d'explosion y était extrêmement élevé, d'où la nécessité de la conserver à l'intérieur. Précisons que ce contenant était en acier pesant plusieurs dizaines de kilos. Voir Cidia le porter avec difficulté en double saisie confirma que je ne pourrai soulever l'ensemble seul.
« Mei-chan, tes vêtements… »
Rappelée à l'ordre par la voix de Cidia, Mei réalisa sa situation et couvrit pudiquement son corps avec la serviette. Un demi-sourire aux lèvres face à cette attitude si assurée qu'elle arborait juste avant de sortir, je fis alors suivre mes épouses dehors.
En levant les yeux vers le ciel nocturne, j'aperçus un firmament étoilé à perte de vue. Peut-être parce que l'air s'y fait rare, le panorama céleste observé depuis ce jardin demeure toujours magnifique. …Le Roi-Dragon plane au-dessus de nous. Rico et les autres ne percevraient rien, mais moi oui. Il doit masquer sa présence magique au strict minimum pour rester indétectable à mes yeux, tout en fusionnant avec la teinte du ciel. Ce drôle de reptile possède la faculté de modifier la pigmentation de sa peau, apparemment pour répondre instantanément aux appels d'Ariilia. Stacker accompli en vrai. Et d'ailleurs, va au travail plutôt.
« …Je… Vous ai longuement fait attendre. »
Mei fit ensuite son apparition, correctement vêtue. Nous retournâmes dans la salle initiale. S'assurant que chacun était bien présent, Mei pris la parole face à moi, le visage grave.
« Alors, Maître, s'il vous plaît. »
…Bon. Vint le moment de montrer patte blanche.