Le corps tremble. C'est la première fois que je vois Ohiisama laisser éclater sa colère à ce point. Son aura d'intimidation n'a rien d'ordinaire.
La sueur jaillit en abondance.
« Qui t'a dit de relever la tête ? »
Une voix d'une douceur terrifiante. Tellement terrifiante qu'aucun son ne sort de ma gorge. Il faut que je dise quelque chose, mais mon esprit devient blanc, les mots ne viennent pas.
« Je t'ordonne de te prosterner ! »
Un cri strident résonne soudain, et je baisse la tête par réflexe. L'idée que je vais peut-être être tué me traverse l'esprit. Non, je ne peux pas mourir ici. Ma vie est pleine de regrets. Il reste tant de choses que je veux faire. Ça ou ça, ou encore ce genre de jeux….
« Tu penses à des choses viles ! Impudent ! »
Mince. J'avais oublié qu'en présence de cette personne, mes pensées sont lues comme dans un livre ouvert. Gon s'efforce de vider son esprit au maximum et maintient sa posture prosternée.
Un silence anormal s'installe. Ohiisama persiste dans son mutisme. Quand est-ce que ce moment va prendre fin ? Il n'a d'autre choix que d'attendre, tremblant.
« Quelles sont tes intentions ? »
Juste quand je pense qu'elle ouvre enfin la bouche, les mots qui parviennent à mes oreilles sont inattendus. Quelles intentions, quelles intentions pourrait-ce bien être ? Face à Gon confus, Ohiisama poursuit.
« Pas à moi, pourquoi as-tu apporté des offrandes à Chie et Sashi ? »
« C-c'est… »
« C'est ? »
« N-non, enfin…. T-tout d'un coup, si je les offrais directement à Ohiisama, eh bien… si elles n'étaient pas à votre goût, ssi elles n'étaient pas à votre goût, je pensais que ce serait un manque de respect. »
Je me trouve plutôt habile d'avoir sorti ça. Mais Ohiisama ne laisse pas passer.
« Ce n'est pas habile ! »
Je me prosterne en geignant « heee~ ». De toute façon, quoi que je dise, je vais me faire engueuler, alors je n'ai d'autre choix que de vider mon esprit et d'attendre que sa colère retombe.
« À partir d'aujourd'hui, tu es viré. »
« Haa ! »
« Je t'exclus de mes serviteurs. Retourne être un renard ordinaire. »
Attends un peu, je marmonne involontairement dans mon for intérieur. C'est parce que j'étais un serviteur d'Ohiisama que j'ai ma vie actuelle. Si je redeviens un renard ordinaire, je ne pourrai plus parler ni utiliser d'arts. Dans le cœur de Gon, on dirait entendre le bruit de quelque chose qui s'effondre avec un fracas.
« Euh, enfin… »
« D'ailleurs, ne pas m'apporter directement l'offrande de , quelle négligence. Si c'était quelqu'un qui vient d'intégrer mes serviteurs hier ou aujourd'hui, passe encore, mais après des années à me servir, cette maladresse est impardonnable. Et puis l'avoir fait exprès, je ne peux plus fermer les yeux. »
« Non, donc… »
« Nous aussi, nous sommes surprises ~ »
Chie intervient. Elle affiche un air des plus surpris et continue.
« Nous ne pensions pas que vous ne l'aviez pas offerte à Ohiisama. Nous croyions dur comme fer que vous l'aviez fait goûter à Ohiisama. Toutes les deux, Sashi-dono et moi, nous sommes surprises. »
Haha, j'ai compris, marmonne Gon dans son for intérieur. Ce gâteau avait une odeur sucrée. Ohiisama a dû la sentir. Évidemment, cette personne qui n'a pas d'yeux pour les sucreries a dû demander quelle était cette odeur. C'est là qu'elles l'ont dénoncé. Elles auraient pu l'envelopper dans du coton, noyer le poisson. Il maudit maintenant ces deux femmes de chambre au caractère pourri.
« Gon. »
« Ha, hai ! »
« Toi, tu veux continuer à être mon serviteur ? »
« B-bien sûr. Si je peux continuer à être le serviteur d'Ohiisama, je suis prêt à endurer n'importe quelle peine. »
« C'est ça. Alors je vais te donner une dernière chance. Si tu n'y arrives pas, je t'exclus de mes serviteurs. »
« Hai, n'hésitez pas. »
« Combien de sortes il y a. »
« Ha ? »
« Je te demande combien de sortes de gâteaux il y a. Ne me le fais pas répéter ! »
« O-oh, c'est terrifiant. Les s-sortes, pour l'instant, il y en a g-g-g-cinq, je crois…. »
« Apporte-moi tous les types. »
« Hai. »
C'est de la tarte. Je peux les apporter tout de suite. Au cas où, le maître a dit qu'il avait préparé tous les gâteaux. Comme on s'y attend du maître, je marmonne dans mon for intérieur.
« La taille de ceux que tu as apportés aujourd'hui ne suffit pas. Prépare-moi des gâteaux dix fois plus grands. »
« D-di, dix fois ? »
« Quoi, tu as des objections ? »
« N-non, rien de tel. Simplement… »
« Simplement, quoi ? »
« Si vous en mangez trop, vous allez regrossir… »
« Qu'as-tu dit ? »
« R-rien du tout. »
« Moi, je maigris ces temps-ci. Y a quelqu'un qui dit qu'il vaudrait mieux que je prenne un peu de volume. »
J'avale les mots « où ça ? ». Certes, comparé à avant, elle a maigri, mais son corps est encore rond. Si elle se met à faire bombance ici, elle va revenir à la case départ.
« Tu penses encore à des trucs impolis. Bon, bon, toi, à partir d'aujourd'hui… »
« J-je le fais ! T-tout de suite, je vais le dire au maître et je l'apporterai sous peu. Simplement… »
« Quoi. Arrête de tergiverser… »
« C'est… Sandylie-sama va…. encore faire la morale… »
« Ce n'est pas ton problème. Toi, tu exécutes fidèlement mes ordres, c'est tout. »
…Fais comme bon te semble, je ricane dans mon ventre. En résumé, il suffit de préparer les gâteaux, je me le dis.
Alors que je m'apprête à dire que je rentre tout de suite pour transmettre ça au maître, Ohiisama ouvre à nouveau la bouche.
« Il y a encore quelque chose. »
« Hai. »
« Ce gâteau, donc. Une autre sorte, fais-la pour moi. »
« Ha ? »
« Ce truc moelleux qui est dessus. Fais-en un sans mélanger de fruits, seulement avec du sucre caramélisé. Inutile de le dire, mais mets beaucoup de sucre. Fais-le de sorte qu'en le croquant, ça fasse un bruit craquant, jari-jari, avec la résistance du sucre. »
« C-c'est… »
« Ça ne peut qu'être délicieux. …Quelle tête tu tires. Tu as des objections ? »
« N-non…. Alors je rentre tout de suite au manoir… »
« Apporte-les vite. Apporte-m'en plein. »
« Hai. »
« Si tu m'apportes ça, je te permettrai de rester mon serviteur. »
« Euh… la promotion, est… »
« Promotion ? Impudent. Puisque tu ne sers à rien, ton rang reste bloqué à Shôhachi-ge. »
« Pas possible. »
« Je te dis de partir vite ! »
Sur ces mots, Ohiisama gifle le visage de Gon de sa patte avant, comme pour le chasser. Sans pouvoir pousser un seul cri, il disparaît de l'endroit.
Quand je reprends mes sens, je suis devant la porte du manoir d'Ohiisama. La partie giflée me fait encore mal. Avec le pouvoir de cette personne, elle aurait pu me transférer directement au manoir de la capitale impériale, mais m'avoir délibérément envoyé dehors du manoir, on peut dire qu'elle me déteste passablement.
Alors que je me relève pour retourner chez le maître, un vieux renard familier se tient là. Inutile de le présenter, c'est Sandylie. Lui aussi affiche une expression furieuse.
« Gon, t'es devenu bigre, toi. »
« Hai ? »
« Sans saluer moi qui ai la charge de directeur général de tous les serviteurs d'Ohiisama, tu vas saluer Chie et Sashi, c'est culotté. Depuis quand t'es plus haut placé que moi ? »
« N-non, c'est… »
« T'as eu une audience avec Ohiisama ? Vu ton état, on dirait bien. T'as pas été prié d'augmenter la quantité pour l'offrande, par hasard ? »
« Euh… »
« C'est ça. Malgré tout ce que je te dis…. Gon, n'écoute pas ce que dit Ohiisama. Désormais, j'irai la sermonner à ta place. »
« Heee ? Pas ça… »
« Dégage. »
Sur ces mots, Sandylie entre dans le manoir. Gon ne sait plus quoi faire dans cette situation. Il reste là, désemparé….