« Hou... c'est... »
Dans la pièce faiblement éclairée, je poussai malgré moi un cri de surprise.
L'affaire de la princesse Considy, que le roi nain m'avait demandé de traiter, ne m'intéressait pas vraiment, pour être franc. Après tout, cela n'avait presque rien à voir avec la renaissance des terres agricoles, la préoccupation majeure de cette principauté.
Cependant, je décidai d'aller voir la situation, ne serait-ce que pour me rendre compte. Guidé par les lieux, j'arrivai dans la chambre de Considy.
L'intérieur de la pièce se résumait à un mot : somptueux. Des meubles d'un luxe extrême y étaient alignés. Peut-être les rideaux étaient-ils tirés, car la pièce était faiblement éclairée, mais même ainsi, on pouvait percevoir le prix et le faste de chaque objet s'y trouvant.
Tout comme la chambre qu'on m'avait attribuée, celle-ci semblait aussi être pourvue d'une salle de bain et de toilettes. Considy, apparemment, s'était cloîtrée dans sa propre chambre.
Sur un lit lui aussi des plus luxueux se trouvait Considy. Elle était assise en seiza, une épée à ses côtés. Ce qui me surprit par-dessus tout, c'est qu'un barrage entourait sa personne.
« La princesse reste ainsi en seiza toute la journée, et ne cherche jamais à sortir de son barrage. »
La chef des dames de compagnie me sussurra à l'air contrarié.
« Ce barrage est-il maintenu toute la journée ? Je pense qu'il consomme énormément de PM... »
« Non, elle l'érige quand quelqu'un tente d'entrer. Sinon... »
« Je vois. Donc quand elle dort... »
« Elle ferme la porte à clef et se repose. »
... Ce n'est pas de la résidence surveillée, ça. C'est juste du « repli sur soi ». Ridicule.
« Le roi souffre de voir la princesse dans un tel état. Par votre main, marquis, faites quelque chose pour elle... »
« Mais ça va très bien comme ça, non ? »
« Hein ? Qu'avez-vous dit ? »
« Je trouve que c'est très bien comme ça. Ça donne du piquant à la vie. Une existence aussi "funky", pourquoi pas ? »
« "Fanki" ? »
« Y a-t-il quelque chose qui ne va pas avec la princesse dans cet état ? »
« Le roi... »
« Non, tout est question de perspective. Puisqu'elle reste tout le temps dans sa chambre, sa sécurité est garantie. »
« C'est... »
« Si vous voulez la faire sortir, c'est simple. Faites-la surveiller par plein de vassaux. À force, ses PM s'épuiseront et elle s'évanouira. À ce moment-là, il suffira de la traîner hors de la pièce. »
« Ne vous moquez pas de moi ! »
Considy, son épée à la main, se dressa en position de combat sur le lit.
« Vous ne connaissez pas mes sentiments ! »
« Malheureusement, je ne les comprends pas. »
« ... »
Elle me dévisagea.
« Alors pourquoi faites-vous cela ? »
« ... Je dois subir ma punition. »
« Une punition ? »
« Je... n'ai pas su percer le complot du docteur, de Rekorunai et d'Utonika, et j'ai causé la mort de ma mère. Et sans discerner la volonté du Dieu-Cerf, j'ai tenté de le subir. Qui plus est, j'ai soufflé à Yuri que mon père n'avait pas les qualités d'un roi, et j'ai poussé le frère de Gart à émettre l'ordre de visiter le Dieu-Cerf. Par-dessus tout, j'ai mené à l'anéantissement tous les aventuriers qui me suivaient. Tout est de ma faute. Je dois subir ma punition. »
« En d'autres termes, vous assumez votre responsabilité en vous cloîtrant dans cette pièce et ce barrage. »
Lentement, Considy hocha la tête.
« Quand Considy-sama sortira-t-elle de cette pièce ? »
« Je ne sais pas. Si je pense être pardonnée, je sortirai ; si je ne le pense pas, je ne sortirai pas avant ma mort. »
« La pauvre princesse... »
La chef des dames de compagnie avait les larmes aux yeux.
« Minchi, c'est une punition que je m'inflige à moi-même. Tu n'as pas à être triste. »
« Princesse... »
« C'est exact, Madame la chef. Il n'y a pas de quoi être triste. »
« « Hein ? » »
Minchi me fixa intensément, tandis que Considy resta figée, à mi-chemin de s'asseoir.
« Sûrement qu'elle sortira quand elle aura faim. Bon, on rentre ? »
« Marquis ! »
« Considy-sama aussi, si vous voulez vous cloîtrer, faites-le jusqu'au bout. Parce que refaire le barrage à chaque visite, c'est pénible, non ? »
J'érigeai autour de Considy un barrage très puissant.
« Voilà. Maintenant, personne ne peut pénétrer dans le barrage de Considy-sama. Il fonctionne quasi sans limite. Ça vous évite la peine de le refaire à chaque fois. Bravo, bravo. »
« Qu'est-ce qui vous prend depuis tout à l'heure ! Vous vous moquez de moi ! Un barrage pareil ! »
Considy dégaina et frappa le barrage, mais son épée fut aisément repoussée. Elle continua de taillader frénétiquement, jusqu'à ce que sa lame se brise.
« Mon épée... »
« Hein ? C'est costaud, non ? Vous pouvez vous cloîtrer l'esprit tranquille. »
« Marquis, qui êtes-vous au juste... »
Considy avait les yeux ronds de surprise.
« Allez, rentrons. ... Ah, j'oubliais. Ce barrage a un petit problème... On peut s'abstenir de manger, mais impossible d'aller aux toilettes. J'avais enfermé mon disciple autrefois, et il n'a pas pu se retenir, il a fait une bêtise. Devant tout le monde. Faites attention pour que ça ne vous arrive pas. Alors. »
J'incitai la chef des dames de compagnie à me suivre et sortis de la pièce.
« Attendez ! »
Une voix proche du hurlement me parvint dans le dos.
« Pourquoi faites-vous une chose pareille ! »
« Pourquoi ? Vous voulez vous punir vous-même ? Mais ce n'est pas une punition comme ça, alors je l'ai rendue telle. »
« Je n'ai pas à subir ça de votre part ! »
« Vous disiez que vous sortiriez quand vous vous estimeriez pardonnée, mais ça veut dire quoi ? Rien d'autre que l'autosatisfaction de la princesse ? Ne me faites pas perdre mon temps avec un mélodrame aussi minable. »
« I-impertinent ! »
« L'impertinente, c'est vous. On m'envoie sur ordre de Sa Majesté, et vous me sortez des inepties. Écoutez bien : ce sont les autres qui pardonnent les fautes. Pas vous. Si vous sentez que vos actes sont coupables, pourquoi ne les expiez-vous pas ? Pourquoi ne faites-vous pas en sorte que ceux que vous avez troublés soient satisfaits ? »
« C'est pour ça que je fais ça ! »
« Quelqu'un vous l'a ordonné ? A-t-on dit que si vous le faisiez, vos fautes seraient pardonnées ? »
« C'est... »
« Personne ne l'a dit. Bien sûr que non. Personne ne demande ça. »
« Pas... demandé ? »
« La mort de votre mère et l'affaire du Dieu-Cerf ne sont pas votre faute. Vous ne le saviez pas, c'est pas votre responsabilité. Les aventuriers, c'est dommage, mais de mon point de vue, les torts sont partagés. On ne peut pas porter la faute de soldats qui n'obéissent pas à leur commandant. Les aventuriers qui n'écoutent pas sont aussi en tort. »
« Mais je ne peux pas m'en tenir là ! »
« Je m'en fiche. Alors infligez-vous une punition sans déranger personne. Vous imaginez combien de gens vous causez du tracas avec vos lubies et votre comportement ? Si vous voulez expier, faites-le auprès de ceux que vous embêtez maintenant. »
Considy serra les lèvres et me dévisagea.
« Si vous tenez absolument à vous cloîtrer, faites-le dans la gêne totale. Revêtez des haillons, endurez chaud et froid. Nourriture au minimum. Restez assise sans bouger du lever au coucher. Ne dressez pas le barrage quand quelqu'un vient, maintenez-le jusqu'à vous effondrer. »
« Ça ne justifie pas de m'enfermer dans un barrage pareil, c'est de l'exagération ! »
« C'est ça que je dis : c'est trop doux. Vêtements doux pour la peau, lit confortable, nourriture abondante, attention de tous, dame de compagnie qui veille sur vous, Sa Majesté... C'est le confort absolu. L'expiation commence par se placer dans l'inconfort. Évidemment, un environnement que la plupart trouvent désagréable. C'est en l'endurant que naît la rédemption. C'est pour ça que j'ai mis ce barrage puissant. »
« ... »
« Princesse, si vous endurez jusqu'à faire vos besoins sur place dans cette privation, tout le monde acceptera. Si vous détestez ça, arrêtez de déranger les gens. Au contraire, faites des choses qui aident les autres. »
Considy pleurait. Je levai le barrage, laissai la chef des dames de compagnie gérer la situation, et quittai la pièce.
Quelques jours plus tard, je me tenais sur une vaste terre agricole vide, avec Mei et Gon. Devant nous, des nains, des aventuriers, et des seconds et troisièmes fils de nobles recrutés en supplément par l'Empire, se tenaient tous ensemble, au nombre de plusieurs centaines.
« Bon, on commence ! D'abord, abattez les arbres de cette montagne ! Puis transportez le bois coupé chez les nains ! Les nains le transformeront en poutres ! »
Les hommes se mirent à bouger en foule. Parmi eux, une femme naine brandissait une hache. C'était la princesse Considy. Elle venait ici chaque jour, se mêlant aux hommes pour aider à la renaissance des terres agricoles. Qui plus est, elle cachait son identité, et je lui avais mis un barrage pour qu'elle paraisse être quelqu'un d'autre. C'était, semble-t-il, la « rédemption sans déranger personne » à laquelle elle était parvenue après mûre réflexion. Le roi nain comme moi décidâmes de la surveiller sans rien dire. Elle grandirait encore, c'est certain, en échangeant avec toutes sortes de gens.
L'été était tout près.